Les transes d’une mère

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Le quatorzième chapitre du livre « Telle mère, tels fils », issu de la vie de saint Jean Bosco, dont les pages sont consacrées à Mamma Margherita, s’intitule « les transes d’une mère ».

À NOTER : l’apparition miraculeuse de Il Grigio, le gros chien gris qui protégea, de manière surnaturelle, saint Jean Bosco.

« Telle mère, tels fils ». Chapitre XIV. Les transes d’une mère. Page 103 à 112

« Pendant près de quatre ans, de 1852 à 1856, la pauvre femme vécut de bien mauvais moments dans cette maison Pinardi que, du dehors, rien ne protégeait, ni murs, ni grille, ni haie. À la suite d’une courageuse campagne de presse, menée par son fils contre les protestants de Turin, dont la propagande effrénée faisait de nombreuses dupes, ceux-ci avaient juré la mort de Don Bosco. À plusieurs reprises il fut donc lâchement attaqué par des sicaires, armés par ces misérables, cachés dans l’ombre.

C’est ainsi qu’un dimanche soir, pendant que, dans la chapelle-hangar de son premier local, il expliquait à ses plus grands une leçon de catéchisme, un malandrin, soudoyé par ses ennemis, escalada sur les épaules d’un camarade le petit mur qui, à quelques mètres de là, entourait le logis et, par la fenêtre du sanctuaire, déchargea sa carabine sur l’homme de Dieu. Le coquin avait bien visé, puisque la balle passa entre les côtes et le bras levé de Don Bosco, pour aller s’aplatir sur le mur d’en face. Un cri d’effroi sortit de toutes les poitrines des jeunes auditeurs, suivi d’un silence tragique ; ces pauvres enfants n’en pouvaient croire leurs yeux, et ils restaient là, horrifiés devant l’attentat.

« Allons, dit Don Bosco, avec son meilleur sourire, continuons notre leçon. L’homme était mauvais musicien : ou plutôt la Sainte Vierge lui a fait manquer la mesure. L’ennuyeux, c’est que c’est ma plus belle soutane, et la voilà déchirée ! »

Une autre fois, à la nuit tombée, on vint le chercher sous prétexte d’administrer un moribond dans les environs. Avant de partir, par précaution, Don Bosco appela quatre de ses grands jeunes gens pour l’accompagner.

« Ne prenez pas cette peine, dirent les deux jeunes hommes venus le quérir : nous vous reconduirons nous-mêmes après.
– Oh ! Ce que j’en fais, dit Don Bosco, c’est pour permettre à ces braves garçons de prendre un peu d’air : ça leur dégourdira les jambes. Arrivés chez vous, ils m’attendront dehors. »

Au logis du prétendu moribond, Don Bosco tomba sur une bande de gais lurons qui buvaient des rasades et faisaient semblant de manger des châtaignes.

« Attendez une minute ici, au rez-de-chaussée, dit alors un des deux hommes, je vais préparer le malade.
– Quelques châtaignes, Monsieur l’Abbé ? demanda un des convives attablés.
– Merci ! Je ne prends rien entre mes repas.
– Alors un petit verre de vin : c’est de l’asti et du fameux !
– Non, n’insistez pas, je ne bois pas plus que je ne mange.
– Voyons, pour nous faire plaisir, pour nous tenir compagnie. »

Et, sans attendre la réponse, l’homme remplissait les verres. Il n’échappa pas à Don Bosco que la bouteille était terminée avec le dernier verre des hommes, et que pour remplir le sien on en entamait une seconde, rangée à part sur la cheminée.

« Allons, à votre santé, Monsieur l’Abbé !
– À la vôtre, mes amis, dit Don Bosco, en levant le verre, qu’il reposa de suite sur la table.
– Comment, vous ne buvez pas ?
– Je vous l’ai dit : rien entre les repas.
– Ah ! Vous ne nous ferez pas cet affront, dirent alors menaçant ces hommes qui sentaient l’occasion s’évanouir. Si vous ne le prenez pas de bon gré, ce verre, vous le prendrez de force. »

Et déjà, les gestes commençaient à traduire les paroles, quand Don Bosco, d’un bond, fut à la porte qu’il ouvrit. Ses quatre jeunes gens étaient derrière ; il les pria d’entrer. À la vue de ces solides gaillards, nos hommes se rassirent, l’air plutôt gêné.

« Tenez, dit Don Bosco, du ton le plus innocent du monde, voici un de mes jeunes gens qui ne va pas le refuser, votre excellent asti. »

Et, ce disant, il faisait le geste de reprendre le verre abandonné sur la table.

« Non, non, dirent ces misérables ; c’est vous qu’on a invité, ce n’est pas ces jeunes gens. »

La contre-épreuve était suffisamment éloquente. Don Bosco n’insista pas. Il demanda seulement à voir le moribond, car il était venu pour cela. On le conduisit alors à une chambre du second étage, où, enfoui sous un monceau de couvertures, gisait un des deux malandrins venus le chercher au Valdocco. Don Bosco feignit de n’avoir pas compris le jeu, mais l’homme ne put jouer son rôle jusqu’au bout ; il éclata de rire en disant :

« Je me confesserai une autre fois. »

Le Saint quitta alors le terrain, et, sous l’escorte de ses fils, regagna l’Oratoire bénissant Dieu d’avoir échappé à pareil péril.

Un dimanche soir de l’été de 1855, un attentat presque semblable vint de nouveau mettre en danger la vie du Serviteur de Dieu, et cette fois il ne s’en tira pas sans blessure. On était venu le prier d’accourir porter les derniers sacrements à une femme habitant la maison Sardi, dans le voisinage, rue Cottolengo.

La nuit était sombre et, comme le Père avait récemment échappé à un guet-apens, il résolut de prendre avec lui deux compagnons.

« Inutile, dit l’inconnu qui était venu appeler Don Bosco, inutile de déranger vos enfants, je vous accompagnerai moi-même. »

Ces paroles firent grandir les soupçons de Don Bosco et produisirent un effet opposé à celui qu’en attendait l’inconnu. Au lieu de prendre deux jeunes gens, Don Bosco en désigna quatre pour l’accompagner ; deux d’entre eux, Hyacinthe Arnaud et Jacques Cerruti, étaient solidement bâtis et de taille à assommer un bœuf.

La petite troupe arriva à une maison assez isolée. Deux des jeunes gens restent au bas de l’escalier ; les deux autres montent jusque sur le palier et s’arrêtent à la porte de la chambre, où Don Bosco pénètre seul.

À son entrée, quatre grands gaillards se lèvent et lui souhaitent le bonjour d’un air qu’ils cherchent à rendre gracieux ; mais Don Bosco remarque que leurs mines sont rébarbatives et, en outre, qu’ils sont tous munis de gourdins d’une dimension fort peu rassurante.

Il s’approche du lit où était la prétendue malade en proie à un accès d’asthme parfaitement joué. Pour une mourante, elle avait le teint bon et même singulièrement haut en couleur.

Don Bosco pria les assistants de s’éloigner quelque peu, afin qu’il pût parler commodément à la malade et la préparer à une bonne confession.

« Eh bien ! Ma bonne dame, êtes-vous disposée à vous réconcilier ?
– Certes, je le veux, répond l’autre d’une voix qui était loin d’être faible ; mais il faut d’abord que ce pendard, ce gueux, que vous voyez là, et qui est mon beau-frère, me demande pardon ; et elle se met à vomir un torrent d’injures.
– Veux-tu te taire, misérable vermine ! hurle un des assistants qui, d’un revers de main, jette à terre l’unique chandelle. »

Voilà la pièce dans une obscurité complète et, au même instant, Don Bosco reçoit un coup de bâton, qui l’aurait bien assommé s’il n’eût glissé sur l’épaule.

Sans perdre son sang-froid, il saisit tout aussitôt une chaise et s’en coiffe la tête. Les coups pleuvent dru comme grêle sur le casque improvisé qui lui protège le crâne. Il peut ainsi gagner la porte et, ayant mis la main sur le loquet, il lance sa chaise sur les assaillants, et se trouve au milieu des deux jeunes gens qui l’attendaient.

Tout cela avait été si prompt qu’ils étaient restés saisis et immobiles.

Une fois dans la rue, les enfants virent avec terreur que Don Bosco était couvert de sang. Il n’avait heureusement pas reçu de blessures graves ; seulement, pendant qu’il se protégeait la tête avec la chaise, un coup de bâton lui avait enlevé, jusqu’à l’os, les chairs du pouce gauche.

On doit comprendre aisément dans quelles transes vivait la pauvre maman. Quand le soir, à l’heure coutumière de son retour, l’abbé Jean n’était pas là, elle ne tenait plus en place. Elle dépêchait à sa rencontre les plus solides de ses élèves et ne respirait qu’en le voyant apparaître au seuil du logis. Ces quatre années d’angoisse, qui furent précisément les quatre dernières de sa vie, furent bien les plus dures qu’elle connut. Sans cesse elle priait le ciel d’écarter le malheur, tout au moins en faisant surgir à temps le secours nécessaire. Le bon Dieu exauça cette prière d’une mère douloureuse, de la plus admirable des façons. Pour protéger la vie si précieuse de son fils, il mit à ses côtés un molosse providentiel, nommé Il Grigio, le Gris, de la couleur de son poil, qui, en maintes circonstances, le tira des plus graves périls.

Comment avait-il fait sa connaissance ? Des dernières maisons habitées au logis de Don Bosco il y avait un bien mauvais endroit au-delà de la ville, en pleine campagne, au milieu de terrains vagues où, de loin en loin, se dressaient un corps d’habitation, ou une auberge louche. Sol tourmenté, que coupait la Doire, et où à chaque instant vous vous heurtiez à des buissons touffus, à des plantations de mûriers ou d’acacias. Ce terrain bosselé, ces frondaisons épaisses offraient aux malandrins le plus commode des abris pour y guetter leur victime. Un soir de l’automne 1852, Don Bosco, qui venait à peine de quitter l’Asile d’aliénés en bordure de la ville, vit se ranger à sa droite une bonne tête de chien. À première vue, il recula effrayé, mais quand il s’aperçut que la bête avait bon air et qu’elle acceptait les caresses, il continua paisiblement son chemin. À la porte du patronage, le chien fit demi-tour, et s’en retourna du même pas paisible. Et tous les soirs que Don Bosco rentrait tard et seul chez lui, le même fait se renouvelait, son compagnon l’attendait à un détour de rue où à un carrefour solitaire, et lui faisait la plus amicale des compagnies.

Elle ne fut pas toujours vaine, cette compagnie. Un soir d’hiver qu’il rentrait chez lui assez tard, il frôla sur le Cours Reine-Marguerite un individu qui, embusqué derrière un arbre, lui déchargea à brûle-pourpoint deux coups de pistolet. Heureusement la capsule seule partit. Alors, l’homme se jeta sur Don Bosco, pour en venir à bout, qui sait de quelle façon. Il l’eût certainement, en un clin d’œil, étranglé ou assommé, si à cette minute un hurlement effroyable n’avait retenti, et si une bête furieuse n’avait bondi sur le dos de l’agresseur. Le misérable n’eut que le temps de s’enfuir, pendant que Don Bosco, revenu de son émotion, caressait avec gratitude le poil du brave molosse.

Une autre fois, ce fut le « coup du Père François » que deux sicaires, payés par les Vaudois, tentèrent de lui faire dans une rue obscure avoisinant La Consolata. Devant lui cheminaient deux hommes à l’aspect louche qui, de toute évidence, réglaient leur pas sur le sien. « Mauvais ça ! » pensa Don Bosco ; et il rebroussa chemin pour rentrer en ville et se mettre à l’abri. Ce que voyant les deux gredins se précipitèrent sur lui et lui encapuchonnèrent la tête d’un sac. En se débattant, Don Bosco arriva à se débarrasser de cette mauvaise cagoule, mais alors le plus robuste d’entre eux le bâillonna si hermétiquement, qu’il lui fut impossible d’appeler au secours. Il allait tomber à leur complète merci, quand un terrible rugissement éclata à deux pas : c’était Grigio. En une seconde, il eut délivré son maître qui, dégagé de l’étreinte, aperçut un de ses agresseurs filer à toute vitesse, tandis que l’autre, couché à terre, était tenu en respect par les crocs de l’animal appliqués à sa gorge.

« Appelez votre chien, hurlait l’homme, il m’étrangle.
– Je le ferai, si tu me promets d’être sage.
– Tout ce que vous voulez », dit le malandrin qui n’en pouvait plus.

Alors Don Bosco parla à sa bonne bête, qui desserra l’étau, et l’homme s’enfuit de toute la vitesse de ses jambes.

Dans une autre circonstance, ce fut à toute une bande que le brave chien tint tête. Don Bosco venait d’enfiler l’avenue déserte qui, côtoyant les dernières maisons de la ville, le menait des Halles à son logis. La nuit était fort avancée. Soudain, d’un coin d’ombre, un individu fondit sur lui, le bâton levé. Don Bosco courait encore admirablement à cet âge-là, mais le coquin avait de meilleures jambes ; en un clin d’œil il l’eut rejoint. Passant alors résolument à l’offensive, Don Bosco décocha à l’homme un si formidable coup de poing au creux de la poitrine, qu’il tomba sur le sol en hurlant de douleur. À ce cri, de tous les buissons voisins surgirent des individus postés à l’affût pour prêter main-forte en cas de besoin. Don Bosco était perdu ; quelques secondes encore et il tombait assommé, quand l’aboiement féroce du « Gris » se fit entendre. En quelques bonds il était là. Il tournait et retournait autour de Don Bosco en grognant de façon éloquente, et en montrant des crocs impressionnants.

Un à un les malandrins s’égaillèrent dans la campagne proche.

Curieuse bête, dont les procédés variaient selon les circonstances. Un soir, au lieu de lui offrir son escorte, il empêcha carrément Don Bosco de sortir de chez lui. Il s’allongea au seuil de sa demeure, et rien ne put l’en déloger. Pour une fois, il se montrait hargneux envers son maître ; s’il l’eût fallu, il l’eût bousculé, refoulé de toute la force de son poitrail à l’intérieur du logis. Avant d’en venir à ce moyen suprême, il se contentait de rugir à gueule fermée.

« Si tu ne veux pas m’écouter, écoute au moins cette bête : elle a plus de raison que toi » dit à son fils Maman Marguerite, qui depuis une demi-heure s’opposait à sa sortie nocturne.

Don Bosco écouta la bête, et bien lui en prit, car moins d’un quart d’heure après un voisin accourut supplier Don Bosco de ne pas se montrer ce soir-là, car il avait surpris une conversation indiquant clairement qu’il se préparait un coup contre lui.

Grigio disparut enfin un jour, avec les persécutions sectaires qui allaient s’éteignant, par lassitude, et aussi par peur de ses terribles crocs. Il pouvait se retirer : les jours de l’apôtre n’étaient plus menacés. Sa mission était achevée. Mais, dans l’histoire des phénomènes surnaturels, il restera comme un bel exemple de ce que peut obtenir du cœur de Dieu une mère tremblant pour la vie de son fils. »

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