Guide de lecture

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Cher lecteur,

ATTENTION : À partir de l’année 2016, les articles seront publiés le dimanche, jour du Seigneur.

Blog participatif : Créations Chrétiennes

Blog sur l’histoire de France : La France Chrétienne

Nouveau blog sur saint François de Sales : Les amis de saint François de Sales

Avancer sur le chemin de la quête spirituelle Chrétienne est toujours délicat. Dans ces temps modernes, le Christianisme n’est plus enseigné comme il devrait l’être. Dieu n’est plus le premier servi depuis la moitié du XVIIe siècle. Ce blog peut vous aider, dans une certaine mesure, à progresser sur la voie de la vérité du Christ. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit !

Voici un petit guide de lecture afin de mettre en avant les articles qui devraient être lus en priorité :

La doctrine chrétienne sur Dieu et les hommes (Abbé de Broglié)

La prophétie hébraïque du Christianisme (Abbé de Broglié)

La sainte Église face aux coalitions hérétiques (Abbé de Broglié)

Dieu et le monothéisme primitif (Abbé de Broglié)

Sur les autels (La vie de saint Dominique Savio)

Dominique revient (La vie de saint Dominique Savio)

Les derniers jours (La vie de saint Dominique Savio)

Le terme approche (La vie de saint Dominique Savio)

La compagnie de l’immaculée conception (La vie de saint Dominique Savio)

Son esprit de prière, sa dévotion mariale (La vie de saint Dominique Savio)

Désir de sainteté (La vie de saint Dominique Savio)

Rencontre de don Bosco (La vie de saint Dominique Savio)

À l’école de Châteauneuf (La vie de saint Dominique Savio)

La vie de saint Dominique Savio (La vie de saint Dominique Savio)

Suivez-moi, mon joug est léger !

Une mort prédestinée (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Le cadet des trois frères (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Les transes d’une mère (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Dix ans de dévouement, de prière et de pauvreté (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Rajeunie de trente ans (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Fils dignes de leur mère (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

En collaboration (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Les origines douloureuses d’une grande oeuvre (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Le triomphe d’une vocation (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

La fin d’une épreuve (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Une vocation bien éprouvée (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Un songe prophétique (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Un trio de petites têtes peu commodes (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Une mère qui connaît son métier (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Les années se suivent et ne se ressemblent guère (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

Une vraie jeune fille chrétienne (Telle mère, tels fils – 1931 – St Jean Bosco)

La bonté de Théodose 1er

La miraculeuse victoire de Théodose 1er

La pénitence de Théodose le Grand

Éclaircissement sur les sacrifices

Le décalogue de la Nouvelle France (gloire de l’Olivier)

Les graves erreurs du XXIe siècle

Napoléon 1er, ennemi de l’Église

L’importance de la famille

Les véritables raisons de la mort de la France

Le catholicisme caricaturé par ses ennemis

Les 72 outils indispensables aux bonnes oeuvres

Cette liberté qui engendre la dictature

Les désastreuses conséquences de l’apostasie

Le procès et le martyre de sainte Cécile

Le martyre de Valérien et Tiburce

Jésus-Christ, Fils de Dieu

Le miracle de la légion Fulminante

Orphée, allégorie de Jésus-Christ

La beauté de la morale chrétienne

Le livre du Pasteur et l’allégorie de la tour

La naissance de l’Église

La chasteté, pierre angulaire du christianisme

Saint Pierre, fondateur de l’Église

Les origines de la gnose

La persécution des chrétiens sous l’empire romain

La divine origine de la chaire

L’abolition de la loi judaïque

Ode à la femme

Fuyons l’esprit du monde

Le mensonge de l’athéisme

L’homme sensé pèse ses mots

Les racines du mal

Dompter le lion qui rugit en soi

Les dangers de la société de droit

La prière miraculeuse

Les croyances qui mènent à la sainteté

De la déification de l’homme

La glorification de l’homme est un poison mortel

De la crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ

De l’exaltation de la Sainte Croix

La culture du bon sens est un précieux trésor

Comment relever la France après l’effondrement ?

Qu’ont-ils fait de la France ?

Communiqué du Lieutenant du Sacré-Cœur de Jésus

Marchons sur les pas de Jésus

Donne-moi la force d’aimer

Faut-il combattre l’injustice ?

Une mise au point s’impose

L’antisémite, idiot utile du système

La France a besoin de votre talent !

Adieu mes amis, je dois partir

RÉSISTANCE CHRÉTIENNE : Catéchisme de 1947

L’heure est grave. Cessons de tergiverser. Il est temps de nous réveiller.

CRIS DE COLÈRE !

Prophétie pour la France

Nous ne sommes pas Charlie

On ne peut pas être bon et mauvais à la fois

Celui qui ne s’indigne pas de la progression du mal est complice de ceux qui engendrent le chaos

Il est l’heure de faire un choix : Jésus-Christ ou La Bête

Découvrez qui veut anéantir les Chrétiens

Un modèle de société idéale pour la France

Les commandements du roi

Le prince fera lever au Ciel les regards éteints

Le secret du roi

Tous les chemins mènent à Jésus-Christ

Quel est l’ultime secret de cette civilisation ?

Cessons de dire « je ne peux rien changer »

Pour vaincre le mal, il n’y a qu’une seule solution

La seule échelle de valeur réaliste pour une société Juste

Pour en finir avec les mensonges contemporains

Les autres articles peuvent être lus indifféremment. Il est toutefois conseillé de partir des plus vieux aux plus récents : les anciens articles étant moins précis que les nouveaux.

Si vous êtes pressé, ne vous intéressez qu’aux nouveaux articles en remontant progressivement la file.

Ce que vous semez sur terre, vous le récolterez au Ciel. N’oubliez jamais que la Justice Divine est impartiale. Semez l’Amour, de votre vivant, et vous récolterez le Paradis lorsque le Seigneur vous aura rappelé à lui. Dieu vous bénisse pour votre soif spirituelle.

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La doctrine chrétienne sur Dieu et les hommes

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La notion d’un Dieu saint et infiniment miséricordieux n’existe que dans le christianisme. C’est ce que rappelle l’abbé Broglié grâce à son talent d’apologiste catholique. L’auteur rappelle également les socles fondamentaux du christianisme dans cet indispensable texte (notion de devoir vis-à-vis de Dieu, miséricorde, chasteté, indissolubilité du mariage, etc…).

« La doctrine chrétienne sur Dieu et l’homme » tiré de « Problèmes et conclusions de l’histoire des religions » de l’abbé de Broglié. Page 326 à 333.

« L’idée du Dieu créateur, personnel, source de la justice et vengeur de la morale, est une notion commune aux trois religions : juive, chrétienne et musulmane. Le paganisme n’a fait qu’entrevoir cette notion. Les païens en général unissaient la notion de la morale à celle de la divinité ; pour eux la morale venait d’en haut, du ciel ; mais la puissance céleste, qui était chargée de punir le vice et de récompenser la vertu, était une puissance impersonnelle ou du moins un être tellement inflexible qu’il ne différait guère d’une loi abstraite. Les dieux personnels proprement dits étaient en général indignes du rôle de gardiens de la morale ; car ils la violaient souvent eux-mêmes. Aussi, bien que les peuples polythéistes fussent très éloignés de ce qu’on nomme aujourd’hui la morale indépendante, bien que la sanction céleste fit partie de leur croyance, c’était plutôt à une sorte de fatalité impersonnelle qu’ils attribuaient cette sanction. Dans le polythéisme grec, Zeus, souverain du ciel, semble quelquefois soumis à la Moïra, à la fatalité vengeresse, et quand il semble indépendant, seul juge des hommes, il prend alors quelques-uns des attributs de cette fatalité, et ses décrets ont quelque chose de nécessaire et d’inflexible. II en est de même de la société des grands Dieux de l’Olympe, considérés collectivement comme le principe de la justice ; c’est un tribunal juste, mais inflexible. L’idée d’expiation pour le crime se rencontre dans doute dans les cultes païens ; mais cette expiation n’est pas en général le moyen d’obtenir le pardon d’un être personnel ; c’est un moyen de réparer les effets de la faute, de purifier l’âme par certains actes qui ont par eux-mêmes une vertu spéciale. En somme, la morale païenne, quoique venant d’en haut, a généralement un caractère impersonnel. Elle n’existe même qu’à cette condition, l’intervention personnelle des dieux païens introduisant soit une cruauté capricieuse, soit une indulgence sans motif à la place de la loi du devoir. La faute n’est pas l’offense contre un Dieu vivant : l’expiation n’est pas un pardon résultant de l’amour ou de la miséricorde.

Je parle ici d’une manière générale et d’après une vue d’ensemble du paganisme. Je reconnais qu’il y a certaines exceptions, que certains hymnes de l’Inde ancienne et certains psaumes a assyriens contiennent l’idée du pardon analogue à l’idée chrétienne. Ces fragments des traditions primitives, ces manifestations des instincts du cœur humain ne sont cependant qu’exceptionnels, et en général la morale païenne a un caractère impersonnel. Son principe est admirablement dépeint par Pindare :

« Reine de toutes choses mortelles et immortelles, la loi établit d’une main toute puissante la contrainte suprême de la justice. »

Chose étrange même, la morale la plus pure du paganisme, la morale bouddhique, est jointe à l’absence complète de la notion d’un Dieu personnel, et à l’idée d’une sanction absolument nécessaire et fatale.

Le Dieu unique, qui récompense les bonnes actions, qui hait le mal et qui le punit, mais qui pardonne au pécheur, n’est connu clairement que dans les religions monothéistes. C’est dans ces religions que la morale s’identifie avec la volonté du Créateur, et la faute avec l’offense envers un Être infiniment bon. Néanmoins cette idée du Dieu personnel, source de la morale, prend un caractère plus précis, plus clair et plus profond dans le christianisme par l’idée de la rédemption. Ici, je n’ai pas l’intention de traiter des mystères chrétiens eux-mêmes. Ces mystères sont les objets de la foi, et ne peuvent en être les preuves que d’une manière très indirecte. Sans doute la théologie des mystères chrétiens est une œuvre originale, distincte, quoi qu’on en dise, de toutes les idées analogues des religions et des philosophies étrangères, et son existence est à elle seule, aux yeux des croyants, un des traits distinctifs de la vraie religion. Mais ces doctrines, si belles et si touchantes pour ceux qui ont la foi, sont pleines d’obscurités et d’apparentes contradictions. Ce sont des lumières pour ceux qui croient, mais ces lumières éblouissent et effraient les yeux de ceux du dehors. Ce que je veux seulement indiquer ici, c’est une notion plus accessible à la raison. C’est le caractère particulier du Dieu chrétien que ces mystères sont destinés à manifester. Or il résulte du mystère de la Rédemption qu’il y a entre le Dieu personnel et la morale proprement dite, la morale tout entière, la morale individuelle et intime aussi bien que la règle extérieure du devoir, un lien extrêmement étroit. Le Dieu chrétien est l’ordre moral vivant, la sainteté personnifiée. L’ordre moral lui est tellement uni et tellement cher, qu’il sacrifie son Fils pour réparer la violation de cet ordre. Mais en même temps ce Dieu est l’amour même, l’amour vivant. Il aime ses créatures coupables au point de sacrifier l’objet unique de ses complaisances suprêmes pour pouvoir leur pardonner sans que sa justice soit blessée, sans que sa sainteté reçoive la plus légère atteinte, sans qu’il puisse être accusé de la plus légère connivence pour le mal. Le Dieu chrétien est donc à la fois la justice vivante et la miséricorde vivante, la sainteté immaculée et l’amour avide de sacrifice. Tous ces attributs, manifestés dans les mystères, sont conformes à la saine philosophie. Une fois qu’ils sont connus, ils s’accordent pleinement avec l’idée de la perfection absolue de l’Être suprême. Mais la philosophie n’a jamais découvert ces richesses cachées de la nature de l’Être infini : elle ne peut ni les inventer ni les démontrer. À plus forte raison est-elle incapable de les manifester d’une manière populaire et de leur faire exercer sur les âmes une action efficace.

L’islamisme qui a rejeté les mystères chrétiens, a par là même perdu cette admirable notion de Dieu absolument saint et infiniment miséricordieux. Le Dieu musulman e st sans doute appelé le Dieu saint ; il est considéré comme juste et comme chargé de punir le mal. II est appelé à tout instant dans le Koran le clément, le miséricordieux ; mais l’affirmation de ces attributs divins, écho de la tradition chrétienne, n’est dans l’islamisme qu’une formule sans vie dont le sens est tout différent de celui qu’ont les mêmes paroles dans les prophètes et dans l’Évangile. La conception populaire et pratique du Dieu de l’islamisme est tout autre que celle du Dieu chrétien. Allah ressemble à un grand calife très puissant qui tient avant tout à ce que son autorité exclusive soit respectée ; à ses yeux le plus grand crime, presque le seul inexpiable, est d’associer une créature au créateur. Puis il maintient un certain ordre entre ces créatures et les oblige à vivre en paix sans se faire tort. Enfin il est bon et généreux, mais il a ses favoris auxquels il distribue les biens de la terre. Quant à la sainteté intime personnelle, à la pureté du cœur, elle lui e st à peu près indifférente ; et il est d’une indulgence extrême, sans qu’il lui en coûte comme au Dieu chrétien ; le pardon lui est facile, parce qu’il ne se sent guère offensé :

Palgrave, dans son voyage en Arabie, raconte qu’il interrogea les musulmans wahabites sur la gravité relative des diverses fautes.
« Quel est, leur dit-il, le plus grand péché ?
– C’est d’associer une créature au Créateur.
– Et le second ?
– C’est de fumer.
– Et le vol, l’adultère, l’assassinat ?
– Dieu est miséricordieux » répondit l’Arabe.

L’idée du Dieu vraiment saint et miséricordieux sans que sa sainteté soit diminuée est donc une idée propre aux prophètes juifs et au christianisme.

À cette idée en correspond une autre du côté de l’homme. L’homme est libre, il peut et il doit faire le bien par sa volonté. Mais il a besoin d’un secours supérieur ; ce secours lui est offert et lui est toujours accordé quand il le demande. La doctrine de la grâce, se rattachant à celle de la rédemption, établit l’homme dans une dépendance très grande de Dieu au point de vue moral : elle lui laisse cependant la pleine responsabilité de ses actes et le pouvoir de disposer de sa destinée. Il est facile de comprendre quelle puissance ces croyances donnent aux mobiles élevés qui poussent l’homme vers le bien. Au nom d’un Dieu qui s’est sacrifié, on peut demander à l’homme les plu s grands sacrifices ; et si la force lui manque, au non du dogme de la grâce, on peut lui promettre cette force comme devant lui venir d’en haut, pourvu qu’il la demande.

Ce sont ces principes qui permettent à la morale chrétienne d’être plus élevée que toute autre morale et en même temps de rester pratique et à la portée de l’homme. C’est grâce à ces dogmes que l’on évite à la fois le stoïcisme, qui demande à l’homme plus qu’il ne peut faire et qui détruit les affections, et les doctrines indulgentes qui laissent se développer la nature en abaissant l’idéal au niveau de la vie vulgaire de la masse des hommes. Ce sont ces mêmes doctrines qui abaissent l’orgueil, en mettant toujours l’homme en présence de la perfection divine incarnée, et en l’obligeant à compter sur un secours supérieur. N’y a-t-il pas là un caractère unique et incomparable, un véritable trait de transcendance de la doctrine chrétienne ?

Les conséquences pratiques de cette idée ne sont pas moins frappantes. C’est en effet grâce à cette notion du Dieu saint et juste, mais plein d’amour, et de l’homme, libre, mais ayant besoin d’un secours divin et pouvant l’obtenir, que le christianisme a pu établir dans l’humanité certains préceptes de morale qui n’ont pu être proclamés ailleurs, si tant est qu’ils l’aient été, que comme un idéal irréalisable. Les deux plus notables de ces préceptes sont la loi de la continence et celle du pardon des injures. La loi rigoureuse de la chasteté sous ses deux formes, celle de la continence absolue et celle du mariage unique et indissoluble, est le principe des mœurs chrétiennes. Si cette loi n’est pas appliquée universellement, elle subsiste néanmoins partout où l’Évangile règne comme règle de mœurs, et en fait il y a toujours une partie des populations chrétiennes qui s’efforcent de la suivre. Or cette loi était à peu près inconnue dans le paganisme (Note personnelle du blog Saint Michel Archange : comme elle l’est en 2016, en France !). On trouvait sans doute la monogamie à Rome, mais avec une liberté complète de mœurs pour les hommes. On trouve l’éloge et le conseil du célibat chez certains peuples, mais c’est un célibat volontaire pour quelques-uns et non une loi universelle. En général, dans les pays païens et musulmans, outre la permission de la polygamie et du divorce, il y a en principe une complète tolérance pour les désordres de mœurs qui ne troublent pas l’ordre extérieur du foyer de famille. Le principe contraire ne prévaut que dans les pays chrétiens. On sait quels efforts il a fallu à l’Église catholique pour maintenir l’application de la loi de la monogamie aux souverains, en empêchant l’établissement légal en Europe des sérails qui sont la coutume universelle des pays non chrétiens.

La loi du pardon n’est pas moins difficile à pratiquer, à cause de son opposition apparente avec le sentiment de justice qui est si puissant sur le cœur de l’homme, surtout quand la justice s’unit à l’intérêt. C’est encore cependant un des principes rigoureux du christianisme. Le Bouddha semble avoir entrevu cette loi, mais il l’a proposée comme conseil et non comme précepte absolu.

L’ensemble de ces diverses idées et de ces divers préceptes constitue cet état moral distinct de tout autre, que l’on peut appeler l’esprit chrétien. Être chrétien, c’est croire en un Dieu à la fois juste et miséricordieux qui hait le mal et qui pardonne au pécheur ; être chrétien, c’est aimer ce Dieu d’un amour personnel, plus que ses parents et ses meilleurs amis ; être chrétien, c’est avoir horreur de toute violation de la loi de la continence, non par un sentiment d’orgueil, mais par un principe religieux, et par conséquent détester les fautes cachées aussi bien que celles qui font scandale. Être chrétien, c’est aimer tous les hommes, même ses ennemis, c’est renoncer à la vengeance, c’est conserver la paix dans son cœur avec tous, bien qu’on soit obligé de les combattre au dehors. Être chrétien, c’est sentir sa pleine dépendance de Dieu et lui rapporter la gloire de ses bonnes actions, et, en même temps, conserver la pleine responsabilité de ses actes, attendre la récompense méritée et craindre le juste châtiment. Or cet idéal chrétien ne se trouve nulle part dans les autres religions. En vain essaierait-on de le construire de pièces et de morceaux en réunissant quelques textes isolés de certains philosophes. On ne trouvera aucun pays en dehors de ceux qu’éclaire l’Évangile où cet idéal soit proposé et prêché universellement comme règle de morale, où il y ait des hommes qui cherchent à le réaliser et qui y parviennent avec une fidélité plus ou moins grande, mais réelle et sincère.

La conception des rapports moraux entre le Dieu unique personnel et sa créature, avec toutes ses conséquences morales, peut donc être considérée comme le trait distinctif du christianisme. Non seulement on ne trouve rien d’égal dans les autres cultes, mais on ne trouve rien d’analogue, et la ressemblance générale de toutes les religions, que nous avons constatée et expliquée, ne se manifeste plus ici. L’esprit chrétien n’appartient qu’à la vraie religion : il en est comme l’essence propre, originale et inimitable. »

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La prophétie hébraïque du Christianisme

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L’abbé Broglié explique avec brio que la transcendance du christianisme a été annoncée par les prophètes de l’Ancien Testament. Il étoffe une argumentation solide qui se base sur l’histoire et les annales de l’empire romain. Les innombrables ennemis de Notre Seigneur Jésus-Christ affirment de manière péremptoire qu’il n’existe nulle trace de la crucifixion du Christ, ce qui est un odieux mensonge (voir le texte « la persécution des chrétiens sous l’empire romain »). Enfin, ce texte de quelques pages rappelle la véracité du christianisme vis-à-vis des autres religions.

« Préparation prophétique du Christianisme » tiré de « Problèmes et conclusions de l’histoire des religions » de l’abbé de Broglié. Page 321 à 326

« La prophétie, l’un des caractères spéciaux de la religion juive, a pour analogue dans les religions païennes la divination et les oracles. Mais la distance entre la prophétie juive et ce qui lui ressemble dans les autres cultes est immense. Les oracles et les présages ont certainement joué un grand rôle dans les croyances et les préoccupations des païens. Nous ne pouvons savoir, à la distance où nous sommes, quelle a été la part de l’imposture chez les prêtres et celle de l’illusion chez les fidèles dans la croyance à ces moyens de découvrir l’avenir. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que cette croyance n’a jamais été confirmée d’une manière frappante par l’accord entre une prophétie authentique et un grand événement historique. Nous pouvons sur ce point mettre au défi les défenseurs de l’égalité de tous les cultes, de citer une seule prophétie païenne de quelque importance qui ait été vérifiée par l’événement. Les quelques exemples de prophéties qui nous sont cités par les auteurs païens sont si équivoques, qu’on ne sait s’il faut attribuer l’accord entre la prophétie et le fait au hasard ou à l’imagination.

L’ensemble majestueux des prophéties bibliques nous présente un tout autre spectacle. Là, c’est pour ainsi dire un peuple entier qui prophétise, et c’est le même peuple qui conserve et garantit l’authenticité de ses prédictions. Toute l’histoire d’Israël est dominée par une seule idée, celle du Messie. Un homme doit venir. Cet homme, né de la race de Juda, doit renouveler la face du monde, et établir le culte du Dieu d’Israël (Isaïe, 60 :2). Il doit y établir un royaume qui s’étendra d’une mer à l’autre, et qui ne sera jamais détruit (Psaume 71). Tous les rois de la terre doivent se prosterner devant lui, et toutes les nations doivent le servir. Considérée sous cette forme générale, l’idée messianique correspond exactement à la venue du Christ, à l’établissement du culte monothéiste dans l’univers connu des Juifs et à la fondation de l’Église. Elle pouvait aussi s’appliquer, il est vrai, à un royaume temporel, et on comprend que certains passages des prophéties aient été interprétés dans le sens d’une domination temporelle d’un roi juif sur l’univers, d’un empire juif semblable à ceux des Assyriens, des Perses et des Grecs, et surtout à l’empire de David et de Salomon dont la gloire vivait dans toutes les mémoires. Mais d’autres textes montrent qu’il s’agit d’un empire spirituel, d’une domination sur les consciences, d’une religion nouvelle, d’une alliance différente de celle qui avait été contractée entre Moïse et l’Israël des temps antiques (Jérémie, 31 :31-35), d’un sacerdoce auquel seraient appelés les étrangers (Isaïe, 66:21), de la conversion des païens au culte de Jéhovah, de la destruction des idoles (Isaïe, 2:18). Le Messie est un roi, mais il doit être plein de douceur (Isaïe, 17:3-4), il doit souffrir et mourir et être rejeté par son peuple (Isaïe, 53).

Sans doute, avant l’événement, ces prophéties étaient très infuses et sujettes à bien des interprétations, mais après l’événement leur sens est clair, et il est évident que la fondation du christianisme correspond très exactement à ces visions de l’avenir consignées dans les livres des prophètes.

N’est-ce pas une idée très singulière chez un peuple exclusif, ennemi des étrangers et attaché à son culte national, que celle d’une religion nouvelle, universelle, devant succéder au culte fondé par Moïse ? N’est-ce pas aussi une bien singulière ambition chez ce petit peuple, entouré de puissants empires où règnent des cultes majestueux, que cette conception d’une religion universelle dont Israël serait le centre ? On comprend que l’idée d’une religion universelle ait pu naître dans l’Inde. Séparés du reste de l’univers, les Aryas de l’Inde pouvaient croire qu’ils étaient la meilleure et la plus puissante partie du genre humain : leur cosmologie ne connaît en dehors de la terre sacrée arrosée par le Gange qu’une ceinture de régions barbares. Mais que des juifs aient conçu l’idée de ramener à un culte unique l’Égypte, l’Assyrie, la Phénicie, les Perses et les Grecs, cela est très singulier. Ce qui est plus singulier encore et contraire aux coutumes de tous les peuples, ce sont ces reproches si sévères et si multipliés adressés par les prophètes à leur nation, à ses chefs, aux princes comme au peuple ; c’est cette menace de réprobation contre le peuple d’Israël, constamment placée en face des brillantes promesses du règne du Messie. Lors donc que nous voyons cette prophétie d’une rénovation religieuse, dont un juif doit être l’auteur, s’accomplir avec la grandeur et l’éclat qui ont accompagné le triomphe du christianisme dans l’empire romain, lorsque nous voyons s’accomplir en même temps d’une manière terrible les menaces des prophètes contre le peuple choisi, ne devons-nous pas reconnaître que la conception de l’idée et son accomplissement se correspondent et doivent être attribués à une même cause ? Or, quelle est la cause qui embrasse les siècles dans sa pensée, et peut annoncer ce qu’elle accomplira dans mille ans, si ce n’est la puissance divine ?

Je ne m’arrête pas aux prophéties de détail, souvent très frappantes et dans lesquelles il est impossible de voir ce que l’on supposerait en toute autre circonstance, une interpolation postérieure à l’événement, puisque les livres des prophètes ont pour gardiens les Juifs, qui n’ont pas voulu reconnaître Jésus-Christ comme le Messie. Mais la prophétie générale suffit et nous pouvons demander où et chez quels peuples il existe une série de documents prophétiques dont l’accomplissement soit évident et dont l’authenticité soit garantie par ceux mêmes contre lesquels ils témoignent. L’accord entre les deux Testaments, l’accomplissement des prédictions des prophètes, est donc un fait hors de toute proportion avec ce que l’on trouve ailleurs, un vrai signe de la transcendance de la religion chrétienne. Toutes les analogies, toutes les ressemblances s’évanouissent devant la majesté d’un si grand fait.

Ce signe est d’ailleurs inimitable, car, grâce à cette union des deux Testaments, le christianisme, tout en étant une religion nouvelle, plonge profondément ses racines dans le passé. II apparaît dans l’histoire à une date connue, avec ses preuves spéciales appuyées sur des témoignages contemporains, et il remonte en même temps par Moïse et Abraham jusqu’à l’époque obscure où l’histoire se perd partout dans la légende ; et là même il nous fournit sur l’origine de l’humanité, à la place des cosmogonies insensées des autres peuples, un récit simple, que la vraie science ne dément en aucun point. Il peut donc légitimement prétendre remonter jusqu’aux premières origines, et en même temps il s’appuie sur des faits qui appartiennent à l’époque où règne la pleine lumière de l’histoire. Aucune autre religion ne réunit ces deux caractères ; celles qui sont antiques ont une origine fabuleuse, et celles qui sont récentes n’ont point d’ancêtres : les ancêtres qu’elles se forgent ne peuvent subsister devant l’histoire. Le christianisme au contraire nous montre sa généalogie, qu’aucun document historique contraire ne met en doute, et qui remonte jusqu’au premier homme. Il nous montre ses ancêtres plus rapprochés dans les juifs, qui subsistent sous nos yeux pour attester leur passé et conserver les prophéties. Il nous montre enfin sa propre naissance, attestée par les évangiles et confirmée par les annales de l’empire romain. Ici encore, nous pouvons demander qu’on nous présente quelque chose qui ressemble, même de loin, à une base historique si solide. »

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La sainte Église face aux coalitions hérétiques

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Voici un texte qui résume parfaitement le phénomène de l’apostasie que nous sommes en train de vivre. La Sainte Église de Jésus-Christ est le dernier bastion contre les forces ténébreuses qui tentent d’arracher la foi en Dieu. Il est nécessaire de comprendre ce phénomène pour être armé face aux événements qui vont bientôt survenir. Découvrons sans plus tarder le texte de l’abbé de Broglié.

« Progrès dans le Christianisme » tiré de « Problèmes et conclusions de l’histoire des religions » de l’abbé de Broglié. Page 309 à 319

« Mais cette œuvre étant vivante doit être progressive. Pour bien comprendre ce dernier caractère, essayons d’exposer la vue générale de l’histoire des religions qui résulte de ces études. Elle est très différente de la conception de cette même histoire que l’on trouve dans les écrivains de l’école traditionaliste. Cette école voulait voir partout le surnaturel, et ne reconnaissait de bon dans le paganisme que ce qui provenait de la révélation primitive. Pour elle la vérité et le bien ne se trouvaient que dans le passé. L’histoire du paganisme était celle d’une continuelle décadence. Les quelques réformes que l’on y aperçoit ne pouvaient, si elles étaient réelles, provenir que d’une nouvelle infusion d’éléments surnaturels. De là l’idée d’attribuer la plupart des nouvelles religions à une influence juive. Enfin, dans l’histoire même du christianisme, cette école aurait voulu ne voir qu’une décadence et ne reconnaître aucun progrès, Dieu étant le seul auteur du bien et de la vérité, et l’homme ne pouvant que gâter l’œuvre divine.

Toute autre est notre conception de la nature humaine et de l’histoire des religions. Tout en admettant, conformément à la Bible, confirmée par certaines vraisemblances historiques, que la religion a eu une origine céleste, et que les premiers hommes ont reçu de Dieu même une initiation primordiale, nous croyons que cette révélation primitive a pu être très simple et très élémentaire, ne pas contenir de nombreux dogmes ni une liturgie compliquée, que ces éléments primitifs étaient destinés à grandir et à se développer, et que le christianisme n’était contenu qu’en germe et très obscurément dans ces croyances primordiales. À partir de ce moment, il y a une double évolution : l’une constamment progressive, celle de la vraie religion soutenue et guidée par l’Esprit-Saint, l’autre ayant des alternatives de progrès et de décadence, mais la décadence finissant par prévaloir, celle du paganisme. Chez les peuples où la religion primitive s’est déformée, les instincts religieux ont créé d’une manière naturelle et spontanée des formes et des institutions adaptées aux besoins de l’humanité, satisfaisant imparfaitement à quelques aspirations élevées, et se prêtant aussi à la satisfaction des passions. De grands hommes ont paru qui, sentant l’insuffisance et la corruption des cultes existants, en ont créé de nouveaux, se servant pour cela des anciennes traditions, mais s’appuyant aussi sur la raison et la conscience de l’homme, et sur ses instincts religieux que leur génie avait devinés. Ces œuvres imparfaites ont toujours été plus ou moins mêlées d’impostures, la communication avec le ciel étant le seul moyen d’obtenir la confiance des hommes en matière religieuse. Elles ont contenu un mélange de bien et de mal. Quelquefois on y voit l’ébauche grossière de ce que Dieu devait faire plus tard ; mais ces éléments d’une vraie religion se trouvent isolés, dispersés, en opposition les uns avec les autres, impuissants pour le bien, sans force et sans stabilité. Les notions les plus sublimes se transforment tout d’un coup en grossières superstitions : l’idéal le plus élevé devient souvent, par une sorte de fermentation mystique, une doctrine basse et sensuelle.

Pendant ce temps la main de Dieu conservait comme dans un canal étroit et resserré, la doctrine pure du monothéisme. Cette doctrine semblait austère et froide ; elle se réduisait à l’origine à un dogme à peu près unique, la souveraineté du Créateur ; ce n’est que plus tard, vers l’époque de la captivité des Juifs à Babylone, que paraissent les grandes prophéties sur le Messie, sur le jugement dernier et les promesses relatives à la vie future et à la résurrection. Enfin, quand les temps fixés par la Providence sont accomplis, Dieu crée une œuvre nouvelle, une institution vivante. De la souche du monothéisme hébraïque sortent le dogme et la liturgie chrétienne ; cette œuvre adaptée à l’humanité tout entière, contient en germe tout ce que le cœur humain peut désirer. L’Évangile renferme le plan d’une immense société hiérarchique liée par les sacrements. Ce plan se développe dans le cours des âges, et la nouvelle religion, croissant comme le grain de sénevé de la parabole finit par couvrir la terre et par produire une série d’institutions et de formes qui correspondent aux mêmes besoins auxquels cherchaient à satisfaire les religions païennes, mais qui satisfont d’une manière plus parfaite aux sentiments moraux, nobles et élevés, et se refusent à toutes concessions envers les passions basses et grossières. Cette œuvre vivante se soutient par sa force interne. Bien qu’adaptée à tous les besoins nobles de l’humanité, elle est mal reçue par les hommes ; elle gêne leurs passions et les oblige à accepter un idéal sublime. Faite pour l’humanité entière, elle trouble les institutions locales et brise les barrières étroites des nations. Sans sa force interne elle ne résisterait pas à la conspiration qui se forme constamment contre elle.

Enfin, si nous regardons l’avenir, nous devons penser que cette œuvre, si elle est réellement divine, subsistera autant que l’humanité, malgré les attaques dirigées contre elle, et que les religions humaines au contraire périront au fur et à mesure que les progrès de la science et de l’histoire mettront en évidence la faiblesse de leur doctrine et les vices de leur origine. La vraie religion est donc dans l’avenir l’héritière naturelle de tout ce qu’il y a de bon et de vrai, de tout ce qu’il y a d’honnêteté, de croyance sincère et de religion véritable dans les religions humaines. Malheureusement il y a aussi dans l’homme le mal, l’amour de l’erreur, les passions qui ne veulent pas se laisser contenir, l’orgueil qui rejette toute autorité. La ruine des fausses religions, ruine qui peut être tardive, mais qui arrivera un jour, comme une invincible logique l’exige, doit donc produire, en face de la vraie religion qui en recueillera tout le bien, une puissance directement irréligieuse, toujours croissante et ennemie mortelle de la religion divine.

Telle est la vue générale de l’histoire des religions, qui résulte des idées que j’ai exposées. Cette vue est-elle exacte et conforme aux faits ?

En ce qui concerne le passé, l’exposé que nous avons fait dans cette série d’études de l’histoire des diverses religions est la justification de nos assertions. II est certain que tous les cultes païens qui n’ont pas disparu sont dans une profonde décadence, et ne peuvent pas soutenir le grand jour de la civilisation et de la science moderne. Il est certain que l’islamisme a un idéal moral trop bas et une base trop peu rationnelle pour être autre chose que la religion de peuples demi-barbares. II est certain que la religion catholique, bien que venue tardivement, contient ce qu’il y a de bon dans les autres religions.

En ce qui concerne le présent, nous pouvons affirmer, quoi qu’en disent les adversaires de l’Église et malgré les inquiétudes de quelques-uns de ses adhérents, qu’elle est encore pleine de force et de vie, et que ce que ses ennemis prennent pour des signes de décadence et de vieillesse, est bien plutôt l’indice d’une transformation dans ses rapports avec la société. Les anciennes relations de l’Église avec les nations, l’appui que les lois civiles apportaient à la religion, le caractère social et national du culte, tendent par diverses causes à diminuer dans la plupart des contrées du monde, et cette ruine de certains appuis extérieurs et de certains usages entraîne nécessairement la diminution du nombre des fidèles. Mais cette force de la tradition et de la coutume, très grande en elle-même et dont la perte est très regrettable, n’est pas la seule force de la vraie religion. Ce sont les cultes païens, incapables de faire appel à la raison et à la conscience, qui s’appuient ainsi exclusivement sur la coutume. Ce sont aussi les sectes séparées du tronc de l’Église qui, n’ayant plus de vie propre ni de principe doctrinal, étant par la même incapable de progrès, ne s’appuient que sur le passé et ne vivent que de traditions.

La vraie Église a des ressources que ne possèdent pas les autres cultes. Rien n’est ébranlé dans ses principes constituants. L’infaillibilité de son autorité doctrinale est plus respectée que jamais. Elle a resserré en ce siècle le lien de son unité. L’efficacité de ses sacrements est l’objet d »une confiance qui semble croître de génération en génération. La croyance au surnaturel, dont les rationalistes annoncent la ruine prochaine, se manifeste avec éclat dans les lieux de pèlerinages où la prière demande et obtient des faveurs célestes que la science incrédule s’efforce vainement d’expliquer de manière à n’y voir que l’effet des causes naturelles. Si la foi traditionnelle des masses semble diminuer, la foi individuelle et personnelle, dont la production est le vrai but d’une institution religieuse, se manifeste avec une vigueur plus grande, et son caractère surnaturel apparaît avec plus d’évidence, précisément à cause des obstacles qu’elle doit vaincre. L’Église, dans sa faiblesse, continue à soulager les misères de l’humanité : les grandes œuvres de charité, les congrégations destinées à venir en aide par des dévouements héroïques aux plus cruels des maux de cette vie, n’ont peut-être jamais été plus florissantes que de nos jours. Abandonnée par les puissances sociales dans les pays où elle régnait autrefois, l’Église n’a pas perdu de sa fécondité et conquiert de nouvelles contrées. L’Église d’Amérique, l’Église catholique renouvelée de l’Angleterre, ont paru pour la première fois dans le dernier concile œcuménique. Les missions lointaines ne se ralentissent pas et dans les contrées païennes le sang des martyrs continue d’être la semence de nouvelles chrétientés. L’Église attaquée de toutes parts est aux yeux même des hommes politiques une puissance avec laquelle il faut compter, et qui use à la longue les forces de ceux qui veulent la détruire. Sur le terrain de la science et de l’histoire, elle est encore en minorité, elle a contre elle le plus grand nombre des savants ; mais le nombre n’est rien dans une question de ce genre. Elle a de son côté ses propres savants, ses propres défenseurs, qui luttent contre ses adversaires et qui leur font face de toutes parts. La démonstration catholique forme un système puissant dont les incrédules eux-mêmes reconnaissent la force logique, qui cherche et qui trouve appui dans des faits incontestés, et ne craint pas les attaques de la critique historique. Rien dans tout ce rapide exposé n’indique une institution qui soit en décadence et sur le point de périr. Le présent comme le passé est donc conforme aux vues que nous venons d’exposer.

Quant à l’avenir, il y a des raisons de croire que nous marchons vers une séparation de plus en plus profonde entre une religion complète, conservant et résumant tout ce qu’il y a de bon dans les traditions religieuses du passé, et une complète et absolue irréligion. Les systèmes intermédiaires se dissolvent graduellement par la logique de leurs principes. Le protestantisme a longtemps prétendu être le véritable progrès religieux, et a voulu reléguer dans le passé le catholicisme, confondu avec le paganisme auquel il essayait de l’assimiler. C’était, disaient les protestants, vers un culte dégagé de toute forme et de toute autorité, mais pénétré de l’esprit et des dogmes de l’Évangile, que devait tendre l’histoire religieuse de l’humanité.

II serait difficile, à notre époque, de soutenir cette opinion. Les divisions croissantes du protestantisme, l’impossibilité dans laquelle se trouvent ceux des protestants qui veulent défendre les grands dogmes chrétiens, de formuler ces dogmes et de se séparer de ceux qui n’ont plus de chrétien que le nom, ont amené beaucoup d’esprits sérieux à reconnaître qu’on ne saurait voir dans le protestantisme une doctrine définitive, et qu’il ne saurait être qu’une transition entre la religion catholique et un rationalisme descendant graduellement jusqu’au déisme et même à l’athéisme. La critique biblique a porté un autre coup sensible à l’orthodoxie protestante. Le texte biblique, seule base de la foi selon cette doctrine, est maintenant attaqué et contesté dans beaucoup de ses parties. À défaut, pour défendre l’autorité de ce texte d’une autorité indépendante et appuyée sur une promesse divine, la foi à la parole révélée n’a d’autre appui et d’autre preuve qu’une discussion savante que les simples ne peuvent comprendre.

Le protestantisme ne pouvant avoir l’avenir pour lui, et se dissolvant par l’effet de ses propres principes, sera-ce le spiritualisme philosophique qui devra être sur les grands problèmes de notre destinée, la croyance définitive du genre humain ? On l’a soutenu également et on peut lire dans les Mélanges philosophiques de Jouffroy toute une théorie de l’histoire des religions d’après laquelle le christianisme devait succéder au polythéisme et le détruire, pour ensuite céder la place à la philosophie, qui devait régner définitivement sur l’humanité. Mais depuis le temps où Jouffroy exposait cette théorie, les idées ont marché et le spiritualisme philosophique, mis en présence du panthéisme et de l’athéisme, s’est trouvé dans l’impuissance pratique de leur résister et de constituer une croyance efficace, capable de conserver à l’humanité ses espérances et à la vertu sa sanction. Cette faiblesse pratique du spiritualisme, privé de l’idée de révélation, pouvait être prévue. Nous avons déjà indiqué les motifs de cette infériorité de la philosophie sur les religions positives, et nous n’avons pas besoin d’y revenir.

Par l’effet de ces éliminations successives, la religion catholique reste la seule institution qui ait dans ses principes une force suffisante pour conserver et défendre les grandes idées de Dieu et de la vie future, si nécessaires à l’humanité. On peut donc supposer avec une certaine vraisemblance qu’un jour elle sera seule en présence de la complète irréligion. Sans doute ce jour est bien loin d’être arrivé ; il y a encore, tant dans les cultes non chrétiens que dans les diverses sectes chrétiennes, une vitalité très grande ; il peut y avoir encore bien des vicissitudes, bien des changements, et même des sortes de résurrections de cultes qui semblaient frappés à mort.

Mais, au milieu des incertitudes de cet avenir, au sujet duquel les prophéties seraient imprudentes, il y a cependant une vérité certaine. C’est que les principes faux finissent par porter leurs fruits : c’est que les hommes éclairés ne peuvent pas rester attachés toujours à une religion dont les fondements sont aussi fragiles que celui de l’islamisme, ni à une forme de christianisme aussi peu stable en elle-même, aussi contradictoire et aussi différente du christianisme primitif que l’œuvre de Luther. Aussi, pendant que les religions qui ne reposent pas sur une hase historique et logique solide seront constamment à l’état de changement, obligées souvent, à défaut de preuves, de s’appuyer uniquement sur le sentiment, et sans défense suffisante contre les négations de la critique incrédule, l’Église conservera la solution essentielle des graves problèmes de notre destinée et la défendra contre tous ses adversaires : elle maintiendra dans le monde l’idée de Dieu, de la vie future et la grande idée de la rédemption et du pardon. Elle aura seule une force suffisante pour résister en face à l’irréligion ; sa ruine, si elle devait arriver, entraînerait celle de toute autorité doctrinale parlant au nom de Dieu, et par suite de toute croyance générale et efficace aux réalités invisibles. Elle sera donc dans tous les cas la dernière des grandes religions, comme elle est la plus parfaite. On ne peut pas supposer qu’elle périsse, sans que toutes les nobles croyances s’écroulent avec elle, ni qu’elle soit jamais remplacée par une autre institution religieuse.

Telle est donc la vue générale de l’histoire des religions qui nous semble la plus conforme aux faits historiques. À partir de l’origine de l’humanité, la vérité religieuse, conservée par un petit nombre d’hommes, se sépare des erreurs qui ne sont que les altérations de cette vérité. La vérité et l’erreur se développant toutes deux dans le cours des siècles, il existe une double évolution religieuse :

– L’une, celle de l’erreur, consistant dans des changements et des révolutions perpétuelles, dans des progrès et des ruines qui se succèdent alternativement, ou dans des états de décadence qui peuvent durer pendant des siècles nombreux sans qu’il y ait aucun retour vers le bien et l’idéal.

– L’autre, celle de la vraie religion, étant un progrès lent, mais continu et perpétuel, ou bien une série de renaissances et de résurrections, mais sans interruption complète du progrès. Le judaïsme des derniers siècles est un progrès sur la religion de Moïse, comme celle-ci sur la religion des patriarches. Le christianisme, nouvelle effusion de l’Esprit-Saint, est un progrès immense, et dans l’Église même il y a, de l’aveu des grands docteurs, un progrès dans la connaissance de la vérité ; il peut aussi y avoir, si les chrétiens le veulent, un progrès de l’amour, de la foi, et par suite une extension plus grande de l’action de la vérité dans l’univers. Ce progrès des effets de la religion est subordonné au bon usage de la liberté humaine. On se demande souvent pourquoi il y a encore tant de païens dans le monde dix-neuf siècles après l’Évangile.

Ne pouvons-nous pas dire que la faute en est aux chrétiens qui n’accomplissent pas leurs devoirs, ne vivent pas conformément à leur foi, et, au lieu de travailler à la gloire de Dieu, sont souvent cause que l’on blasphème son nom ? Le progrès aura lieu cependant, parce que Dieu est fidèle à ses promesses ; mais il sera plus lent et moins complet si les hommes ne coopèrent pas à l’œuvre divine. Chacun de nous a sa part dans la grande œuvre de la propagation de la vérité ; chacun a sa part de travail ; chacun aussi aura sa part de gloire dans la victoire définitive du bien. »

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Dieu et le monothéisme primitif

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Le monothéisme primitif est l’hypothèse la plus vraisemblable dans l’histoire de l’humanité. Dieu aurait communiqué son existence au tout commencement. Il est temps de découvrir la belle logique d’un texte du XIXe siècle magnifiquement inspiré de l’abbé de Broglié.

« III. – Monothéisme primitif. » tiré de « problèmes et conclusions de l’histoire des religions » par l’abbé de Broglié

« Ici se présente le troisième système que nous allons étudier, système qui, selon nous, résout la difficulté et qui montre clairement l’origine de l’incohérence et de la contradiction du paganisme le plus ancien. Ce système est bien simple : il consiste à supposer que l’origine de la religion dans l’espèce humaine a été semblable à la naissance de l’idée de Dieu dans chaque individu. Ici on nous permettra de quitter un instant le terrain de l’érudition, pour revenir aux réalités de la vie pratique, dont la connaissance peut nous être très utile, le cœur humain étant le même partout et nos aïeux étant des hommes semblables à nous.

Comment s’éveille l’idée de Dieu chez l’enfant ? II y a évidemment dans la formation de cette idée un élément subjectif. L’enfant a dans son âme des facultés, des aspirations, qui le préparent à comprendre et à accepter la notion d’un Père céleste. Sans cela ce serait en vain qu’on essayerait de la lui enseigner, les mots dont on se servirait ne seraient pas compris. Cette faculté religieuse est-elle bien définie par ces termes : intuition ou perception de l’infini ? N’est-ce pas une faculté plus complexe ? Ou plutôt l’âme de l’enfant ne touche-t-elle pas Dieu par plusieurs côtés, par plusieurs de ses facultés ? C’est la raison qui accepte et cherche une cause première ; c’est la conscience qui admet un législateur et un juge ; c’est le cœur qui se tourne vers le Père céleste et qui cherche un objet suprême d’amour. Quoi qu’il en soit, il y a dans l’âme tout un ensemble de dispositions qui la rendent religieuse, et la portent à recevoir l’idée de Dieu.

Mais ces dispositions ne se développent pas spontanément. Il leur faut, comme à toutes les facultés humaines, une excitation extérieure. D’où viendra cette initiation ? Est-ce de la nature physique ? À la rigueur cela pourrait avoir lieu. Il n’est pas impossible de supposer qu’un enfant à qui l’on n’apprendrait pas la religion serait excité par le spectacle de la nature à craindre et à invoquer une puissance suprême. Mais ce cas est très exceptionnel ; il est douteux qu’une idée claire de la divinité soit ainsi formée ; il est probable qu’une âme livrée à la seule influence de la nature n’éprouverait que des impressions vagues et des sentiments confus, et n’arriverait à aucune croyance déterminée. La véritable initiation à l’idée religieuse, l’initiation régulière, normale, naturelle, c’est la parole humaine, ou pour être plus exact, c’est la tradition. Sans doute, répétons-le encore, la parole serait vaine et sans écho, s’il n’y avait pas dans l’auditeur une faculté de percevoir, de sentir le divin, ou plutôt toute une série de puissances et d’aspirations qui ne peuvent être satisfaites que par l’idée de Dieu. Mais cette terre féconde de l’âme religieuse demande à être ensemencée par la parole. L’enfant pourra contempler longtemps l’océan, le soleil, l’orage ; il pourra sans doute être frappé d’admiration, il sera probablement saisi d’un sentiment de terreur superstitieuse, mais il ne croira pas en Dieu, il ne priera pas. Mais que sa mère s’approche de lui, qu’elle lui montre le ciel en lui nommant le Père céleste ; qu’elle lui apprenne à joindre ses mains et à ployer ses genoux, et tout aussitôt, l’idée religieuse, l’idée claire, simple, d’un protecteur céleste et d’un monde supérieur au monde visible se formera dans son esprit, et son cœur s’y attachera. C’est donc la tradition, c’est l’enseignement qui est la véritable initiation des âmes à l’idée religieuse. La religion que chaque génération humaine possède, lui vient en partie de son cœur, mais en partie aussi de la génération précédente. La foi se transmet de croyant en croyant, comme la vie de vivant en vivant. Ce qui prouve d’ailleurs cette vérité, c’est l’immense diversité des opinions religieuses dans le même pays, sous le même climat, en présence de la même nature, chez des peuples de la même race. Pourquoi, dans l’Inde, le musulman coudoie-t-il le brahmane ? Pourquoi, dans les vallées du Nil, les chrétiens d’Abyssinie se trouvent-ils au milieu de musulmans et de païens de même race ? C’est parce qu’ils ont reçu un enseignement différent, c’est parce que leur âme a été arrosée par une autre branche du fleuve de la tradition. S’il en est ainsi, il nous semble qu’on peut admettre, jusqu’à preuve du contraire, que ce qui a lieu pour l’homme a eu lieu pour l’espèce humaine, qu’elle aussi a reçu à ses débuts la religion par un enseignement provenant de quelque chose d’antérieur à elle.

Pour établir que la race humaine a reçu son initiation de la nature physique, tandis que l’individu la reçoit de l’enseignement traditionnel, il faudrait des preuves bien fortes ; il faudrait montrer que les premiers hommes n’ont pas pu être enseignés. Or, cette preuve n’est nullement fournie par les partisans du naturalisme primitif. Remarquons, en effet, que les défenseurs de cette doctrine ne disent pas que l’homme soit un animal perfectionné. Max Muller reconnaît dans l’homme une faculté religieuse spéciale, une perception de l’infini, que l’animal ne possède à aucun degré. Cela suffit à établir entre l’homme et l’animal un abîme, un intervalle brusque, qui n’est pas soumis à la loi de continuité. Cela étant, il y a eu des premiers hommes. Qu’ils aient été directement créés, ou qu’ils soient le résultat d’une transformation brusque ou d’une élévation faite d’un seul jet d’êtres inférieurs à la dignité humaine, il y a eu des premiers hommes. Dès lors, qui peut empêcher le Créateur d’avoir enseigné les premiers hommes, et, tout en leur conférant la faculté religieuse, d’avoir mis lui-même en mouvement cette faculté primordiale, par une impulsion du même ordre que l’initiation qui, dans le cours des générations postérieures, se fait par la parole des parents. Nous ne pouvons savoir de quelle espèce a été cette communication divine ; si elle a été la parole d’un être visible, ou une simple manifestation intellectuelle interne. L’état des premiers hommes qui n’ont pas eu de parents est absolument différent de tout autre et nous est inconnu (*).

Je ne puis comprendre par quel motif on déclarerait une telle communication impossible, et pourquoi on rejetterait la plus vraisemblable des hypothèses, celle que Dieu a servi de père au premier homme et qu’il a commencé lui-même cet enseignement qui devait se transmettre ensuite des parents aux enfants. Je comprends encore moins pourquoi l’on préférerait supposer que les premiers hommes aient été laissés en présence du terrible problème de l’invention de la religion, lorsque leurs descendants, qui ont de plus grandes ressources intellectuelles et morales, n’ont en règle générale qu’à la recevoir et à la conserver. J’ai encore plus de peine à admettre que, laissés ainsi à eux-mêmes, ou aidés seulement par le témoignage équivoque de la nature physique, nos premiers parents soient parvenus à découvrir ces vérités spiritualistes si élevées, que nous trouvons exprimées clairement et d’une manière unanime dans les antiques chants religieux de tous les peuples, et jusqu’à la hauteur desquelles il est rare que la philosophie des époques postérieures se soit élevée.

Nous pouvons donc admettre, ne fût-ce qu’à titre d’hypothèse, l’idée d’une révélation primitive. Or, cette hypothèse étant posée, il nous est facile de prouver qu’elle explique bien mieux que le naturalisme de Max Muller les idées religieuses étranges, bizarres et incohérentes des plus anciens peuples du globe. Si, en effet, c’est Dieu qui a instruit les premiers hommes, il a dû leur enseigner la vérité. La première idée de la divinité a donc dû être une idée vraie, celle de l’Être infini, parfait, tout-puissant, mais en même temps personnel et doué des attributs moraux de justice, de bonté, de miséricorde. Les premiers hommes ont dû également considérer ce Dieu comme la cause universelle de l’univers et comme supérieur à tout ce qui est visible. Sans doute, une telle idée contient une profonde philosophie, mais elle la contient sous une forme simple et familière, qui la rend accessible à des esprits non encore habitués aux subtilités de la pensée. L’expérience nous prouve que les enfants saisissent et acceptent aisément cette idée du vrai Dieu, du Dieu créateur.

Mais, dans la suite des âges, la communication primitive avec Dieu ayant cessé et ayant été remplacée par une tradition descendant des pères aux enfants, cette idée si haute a pu et a dû s’altérer. L’homme n’aime pas à adorer l’invisible ; comme le peuple juif au pied du Sinaï, quand son maître est caché dans les nuages, il cherche à se créer des dieux visibles qui marchent devant lui.

Il était naturel aussi que l’idée de création, si simple et si aisée à admettre, s’effaçât avec le temps et la réflexion. La création est un acte si différent de ceux que nous voyons habituellement, un acte dont le comment nous échappe si complètement, que nous sommes portés à lui substituer quelque idée plus familière à notre expérience. On conçoit donc aisément qu’une notion élevée, quoique simple, de la divinité, révélée à l’origine et conservée par tradition, ait pu s’altérer, avec le temps, et qu’un monothéisme primordial se soit transformé en cette notion plus vague que Max Muller a appelée l’hénothéisme, notion susceptible d’être transformée plus lard en polythéisme. Nous pouvons donc expliquer les faits de la même manière que M. Max Muller ; mais, au lieu de supposer que cette notion incohérente et contradictoire, qui s’applique à la fois à un dieu ou à plusieurs dieux, soit une notion primitive et spontanée, nous voyons en elle le résultat de la dégradation lente d’une notion simple primitivement révélée.

Quiconque lit avec attention les documents primitifs des vieilles religions est frappé de leur caractère contradictoire. C’est un dieu spirituel et élevé au-dessus du monde, puis ce sont des dieux matériels et visibles : le soleil, la lune, l’orage, les fleuves ; c’est un dieu unique, et ce sont des divinités multiples, c’est une divinité juste et vengeresse de la morale, et ce sont des dieux grossiers qui se repaissent de sacrifices ou dont on achète le secours. Dans notre hypothèse, cette contradiction s’explique ; le dieu unique, invisible, juste, le dieu de l’ordre moral, c’est le dieu de la tradition ; les dieux multiples et grossiers sont l’altération de la tradition, sous l’influence précisément de cette nature physique à laquelle l’école de Max Muller attribue la formation complète de la religion. Non, la nature physique ne crée pas la religion ; elle est, au contraire, bien souvent la cause de la corruption de l’idée religieuse. Sans doute, la nature bien interprétée raconte la gloire du Créateur, mais qu’il est facile de voir aussi en elle soit une force aveugle qui reste indifférente aux besoins de l’homme et qui ne s’inquiète pas du bien ni du mal, soit une multitude de principes en lutte les uns avec les autres. Les brillants phénomènes font naître l’idée de l’infini dans l’âme, mais ils attirent cette idée vers eux-mêmes, ils se revêtent des attributs de l’Être Suprême ; c’est un miroir qui reproduit la beauté divine, mais qui la multiplie et la déforme en la reflétant.

IV.

Ajoutons que cette idée d’un monothéisme primitif explique aussi bien l’origine de l’animisme que celle de l’hénothéisme, et que cet antécédent unique peut être considéré comme la source commune de ces deux formes si différentes du paganisme.

Ce qui, en effet, rend l’idée du Dieu créateur si difficile à conserver, c’est que cette idée dans son ensemble ne correspond à aucun type expérimental. C’est un être d’une nature toute différente de celle des autres êtres, qui n’est compris dans aucun genre.

La tendance de l’esprit humain doit donc être de rapprocher Dieu des êtres inférieurs, de le faire rentrer dans un genre.

Or cela peut avoir lieu de diverses manières.

On peut assimiler Dieu aux phénomènes visibles les plus éclatants, au soleil, aux autres astres, au ciel, aux montagnes, c’est alors prendre la figure et le signe pour la réalité. De cette tendance résultent le naturalisme et l’hénothéisme.

Mais à côté et au-delà du monde visible l’homme conçoit des régions obscures et inconnues. Ayant déjà l’idée de Dieu, sachant même par la tradition que Dieu est invisible, il peut transporter son adoration sur les causes inconnues de l’univers, sur des êtres invisibles et peu connus.

D’autre part, l’idée de génies, de démons, d’âmes parcourant l’univers, a pu exister, soit à l’état de tradition primitive, soit par une création spontanée de l’imagination.

Dès lors, assimiler l’Être invisible et le Créateur à l’un de ces Esprits, en faire l’Esprit suprême, le grand Esprit, l’Esprit du ciel, est une conséquence toute simple et toute naturelle des idées antérieures.

Par là l’Être infini s’étant abaissé, il devient possible de le multiplier ; à l’Esprit du ciel on peut opposer l’esprit des eaux, celui de la terre, celui des régions souterraines ; on peut leur donner le même caractère divin.

Ainsi se formera un polythéisme d’un autre genre, plus individuel et plus spirituel. Mais l’un comme l’autre sortiront de l’idée primitive du Dieu unique et infini combinée avec l’influence de la nature physique, avec les autres traditions primitives et avec les créations de l’imagination humaine.

Tous les faits historiques relatifs aux croyances les plus anciennes des peuples s’accordent donc avec l’idée du monothéisme primordial mieux qu’avec toute autre hypothèse.

II semble donc que d’attribuer à un enseignement primordial, fécondant les aspirations religieuses de l’homme, et conservé par tradition, l’idée première de la divinité suprême, et à la nature, jointe à l’imagination et aux passions de l’homme, la déformation de cette idée ; que de considérer comme provenant d’une source céleste le spiritualisme des anciens peuples, et d’imputer à l’action d’agents inférieurs et terrestres la gangue grossière qui enveloppe cet or pur, c’est interpréter les faits de la manière la plus simple, la plus logique et la plus vraisemblable.

Est-ce à dire qu’appuyés seulement sur des documents profanes et sans nous servir de la Bible, nous oserions déclarer certaine une telle origine de la religion ? Nullement, nous n’osons pas donner à notre théorie le caractère affirmatif que donnent si facilement à leurs opinions les défenseurs du fétichisme, de l’animisme et du naturalisme primitif. Nous convenons que ce n’est qu’une induction, que nous ne pouvons prouver par des faits certains que les choses se sont passées comme nous le supposons. Mais nous croyons que cette induction est très vraisemblable, s’adapte avec exactitude aux faits historiques et qu’elle est fondée sur une connaissance exacte de l’âme humaine et de ses facultés.

Il est vrai que notre conclusion ainsi posée se trouve en accord avec le texte de la Genèse. Moïse (Moyse dans le texte) nous enseigne que le Créateur a conversé avec les premiers hommes, et que la première religion qui a existé sur la terre est descendue du ciel. Nos adversaires nous accuseront sans doute d’avoir volontairement cherché cet accord avec le texte inspiré. Nous pouvons leur renvoyer un reproche semblable et demander si leur affirmation si hardie de l’origine naturelle de la religion ne serait pas fondée sur le dogme de l’exclusion du surnaturel ou sur le désir de rejeter la tradition biblique. Aux yeux des hommes impartiaux, ces accusations sont vaines et indignes d’une discussion sérieuse. Ce qui importe, c’est de savoir si une théorie est fondée sur des faits vrais et des raisonnements justes.

Or les faits que je viens d’exposer sont accordés par nos adversaires, ils sont tirés même en grande partie de leurs livres. Quant aux raisonnements, c’est au lecteur qu’il appartient d’en apprécier la valeur. Si, comme je l’espère, leur opinion est sur ce point conforme à la mienne ; s’ils admettent que la religion vient originairement du ciel, ils pourront poursuivre avec plus de courage et d’espérance la recherche de la vraie religion au milieu de la foule des cultes de l’univers. Si, en effet, la religion vient du ciel, c’est qu’il y a un Dieu qui a enseigné les premiers hommes, c’est que l’objet poursuivi par la religion est réel. En outre, s’il y a eu une communication primordiale entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’humanité, et si l’effet de cette communication n’a pas été suffisant pour empêcher la production d’une si grande diversité d’opinions, n’est-il pas vraisemblable que ces communications ont pu et ont dû se renouveler dans le cours des siècles, et que celui qui a instruit le genre humain à l’origine ne l’a pas complètement abandonné à son ignorance et à la faiblesse de la raison ?

Ce n’est encore, sans doute, qu’une hypothèse plausible : il reste à en chercher dans les faits historiques la vérification. C’est l’œuvre que nous entreprendrons en descendant le cours des temps à partir de ces origines mystérieuses que nous venons de sonder, et en cherchant quelles transformations a subies cette idée antique du Dieu rémunérateur que nous avons découverte, déjà partiellement altérée, mais encore très reconnaissable, dans les plus anciens monuments de la pensée religieuse de l’homme.

(*) Une initiation de ce genre n’est pas identique aux révélations postérieures, qui sont adressées à des hommes qui connaissent déjà le vrai Dieu. Ce n’est pas sur le témoignage de Dieu que les premiers hommes ont cru à son existence, c’est parce qu’il s’est manifesté à eux intérieurement ou extérieurement. Cette simple remarque répond à une objection de Max Muller qui dit que l’idée de Dieu ne peut venir par révélation, parce que la révélation suppose déjà la connaissance du Dieu révélateur. Cette argutie, que nous pouvons qualifier de sophistique, est le seul argument que Max Muller donne contre l’existence d’une révélation primitive. »

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Sur les autels

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Voici la quatrième et dernière partie du troisième chapitre de la vie de saint Dominique de Savio. La vie du jeune saint Dominique Savio fut vraiment extraordinaire. Notre jeunesse en est, hélas, bien éloignée à cause des illusions sataniques.

Chapitre 3

Le couronnement

10. Sur les autels

Ce n’est qu’en 1908 que fut ouvert à Turin le procès informatif sur la sainteté de Dominique Savio, sur l’héroïcité de ses vertus. On avait, en effet, peine à croire qu’un « enfant de 15 ans » non martyr pût être un saint authentique à proposer à la vénération des fidèles.

Mais la vérité s’imposa. En 1914, le dossier, positif, était transmis à Rome, où tout devait être réétudié : de ce fait, Dominique devenait « Serviteur de Dieu ». En 1933, jubilé de la Rédemption, Pie XI reconnaissait officiellement l’héroïcité de ses vertus et le proclamait « Vénérable ».

En 1950, Année Sainte, après la reconnaissance des deux miracles, Dominique était proclamé « Bienheureux » par le Pape Pie XII. Le ciel voulait de toute évidence hâter sa glorification totale : l’année même se produisaient les deux miracles insignes exigés à cet effet. C’est le 12 juin 1954, Année Mariale, quinze jours après le Pape Pie X, le Pape de la communion précoce et fréquente, que Dominique Savio était proclamé Saint par le Pape Pie XII.

Soulignons que Dominique peut être considéré comme le saint de l’Eucharistie et du sacrement de Pénitence. Sa première communion, à 7 ans, a été un point de départ vers la sainteté. L’Eucharistie fut vraiment le centre vital de toute sa vie. Son élan vers la sainteté a été entretenu et n’a cessé de s’intensifier grâce au sacrement de Pénitence. Il est tout particulièrement le saint de la très Sainte Vierge Marie, au Cœur Immaculé et Douloureux. C’est elle qui l’a vraiment pris par la main pour le hisser jusqu’aux plus hauts sommets. Que de fois elle s’est manifestée à lui dans des faits mystérieux, comme le jour où une Dame à l’aspect majestueux marcha à ses côtés tandis qu’il retournait à Mondonio et disparut subitement au terme du voyage (fait non mentionné par Don Bosco dans sa biographie), comme dans tant d’autres faits mentionnés dans ce livre.

Que de fois, elle se servit de lui comme messager auprès de Don Bosco et auprès du Pape aussi… C’est toujours vers la Sainte Vierge qu’il conduisit les compagnons qu’il voulait mener vers Jésus (Compagnie de l’Immaculée Conception).

Comme il est significatif qu’ayant pris son envol décisif vers la sainteté le 8 décembre 1854, une Année Mariale, le jour même où le Pape proclamait le dogme de l’Immaculée Conception, il a été proclamé saint en l’Année Mariale 1954, tandis que l’Église fêtait le centenaire de ce grand événement.

Dominique peut être considéré comme le Patron des enfants et des jeunes chrétiens. Il est le plus jeune saint non martyr dans l’Église. En le proclamant saint, Pie XII le leur proposait comme modèle, comme chef de file, comme entraîneur. Il peut être considéré aussi comme le Patron des mamans qui attendent une naissance. Un jour où sa maman attendait une naissance qui s’avérait devoir être très problématique, Dominique accourut à son chevet, l’embrassa, lui mit au cou le scapulaire de Notre-Dame et rentra à Turin.

Tout se passa au mieux. Il avait annoncé à Don Bosco que la Sainte Vierge voulait guérir sa maman (fait non relaté dans la biographie de Don Bosco). Bien des mamans témoignent avoir été manifestement assistées par Dominique Savio. Il existe à cet effet un scapulaire de Dominique Savio, destiné aux mamans.

11. La pensée des Papes

« L’Église a besoin de ce jeune qui mérite d’être donné comme chef de file à tous les jeunes chrétiens… » Pie X

« Par son entrain et sa pureté, il plaira aux jeunes : ils verront en lui un jeune, en tout semblable à eux… » Benoît XV

« Petit de taille, mais géant par l’épanouissement de la grâce dans son âme. Comme nous avons besoin de montrer bien haut à la jeunesse d’aujourd’hui un tel modèle de pureté, de piété, d’apostolat. » Pie XI

« L’Église met Dominique Savio sur les autels pour qu’il devienne le Patron et le modèle des jeunes dans l’Église… À un âge aussi tendre, on découvre avec stupeur les voies merveilleuses de la grâce divine. » Pie XII

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Dominique revient

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Voici la troisième partie du troisième chapitre de la vie de saint Dominique de Savio.

Chapitre 3

Le couronnement

7. Dominique revient

Un mois après sa mort, Dominique Savio apparaît à son père. Celui-ci ne peut en croire ses yeux :

« Je rêve sans doute. »

Dominique, le visage inondé de joie, lui répond :

« Non, tu ne rêves pas : c’est bien moi, Dominique.
Dominique. Où es-tu ? Es-tu déjà au Paradis ?
Oui, père, je suis au ciel ; je suis au comble de la joie. On ne pourrait rien ajouter à mon bonheur.
Oh alors, prie pour nous tous pour que nous y soyons tous réunis un jour.
Je prierai. »

Et il disparaît.

La nuit du 6 décembre 1876, Dominique visita en songe Don Bosco (ce ne fut pas la seule fois). Les « songes » de Don Bosco sont célèbres. Il en eut par centaines. On peut les considérer comme de véritables visions, que le ciel lui envoyait pendant son sommeil. Elles lui apportèrent toute sa vie de précieuses leçons concernant la manière de diriger enfants et jeunes gens. Souvent, elles lui traçaient son chemin, lui apportaient des assurances réconfortantes ou encore des annonces prophétiques : tout se réalisa toujours à la lettre. C’est sur l’ordre formel du Pape Pie IX que Don Bosco en écrivit lui-même un certain nombre.

Nous résumons ici le récit de Don Bosco concernant le songe du 6 décembre 1876, tout en laissant tout de même la parole à Don Bosco lui-même.

Il me semblait être sur une petite hauteur, à proximité d’une immense plaine vaste comme l’océan. Cette plaine était bleue comme une mer parfaitement calme. Elle était divisée par de larges et gigantesques boulevards en vastes jardins où l’on voyait des parterres de fleurs aux couleurs variées et des bosquets de toutes sortes. Tout cela était d’une beauté ineffable, vraiment céleste… Les feuilles des arbres étaient d’or, le tronc et les branches de diamant. Je voyais des palais sans nombre disséminés à travers ces jardins, mais si bien alignés et si beaux que je me disais :

« Si nos jeunes gens avaient un seul de ces palais, comme ils seraient heureux de l’habiter ! »

Et je pensais à la beauté intérieure de ces palais qui devait être beaucoup plus grande encore. Tandis que j’admirais ces magnificences, j’entendis tout à coup une musique d’une harmonie incomparable. Il y avait des milliers d’instruments qui, tous, donnaient un son différent l’un de l’autre. Une multitude de personnes se tenaient dans ces jardins. Les unes jouaient d’un instrument, les autres chantaient ; et l’on entendait simultanément tous les sons de la gamme musicale du plus bas au plus élevé dans un accord parfait. Ils chantaient :

« Salut, honneur, gloire à Dieu le Père tout-puissant. Auteur du monde, qui était, qui est, et qui viendra juger les vivants et les morts dans les siècles des siècles. »

J’écoutais extasié, lorsque je vis venir à moi une foule innombrable de jeunes gens, de prêtres et d’abbés. J’en reconnus beaucoup qui avaient fréquenté l’Oratoire et d’autres collèges, mais le plus grand nombre m’étaient complètement inconnus. À leur tête s’avançait Dominique Savio. Je battais des mains pour m’assurer si je rêvais ou si j’étais éveillé. Cette foule s’arrêta à huit ou dix pas de moi. Alors je vis briller un éclair, la musique cessa, et un grand silence se fit. Tous ces jeunes gens paraissaient remplis d’une joie extrême qui brillait dans leurs yeux et sur leurs visages. Dominique s’avança seul de quelques pas. J’aurais pu le toucher de la main. Il se taisait et me regardait en souriant. Qu’il était beau ! Rien de merveilleux comme ses vêtements. Une tunique plus blanche que la neige et toute parsemée de diamants lui descendait jusqu’aux pieds. Autour des reins une large ceinture rouge ornée de perles ; au cou, un collier de fleurs exotiques brillant d’un éclat merveilleux dont la lumière se reflétait sur son visage frais et vermeil. Sur la tête une couronne de rosés. Sa chevelure ondoyante descendait sur ses épaules et lui donnait un aspect si beau, si aimable, si attrayant qu’il ressemblait vraiment à un ange. Ses compagnons, tout resplendissants de lumière, portaient des costumes différents, mais tous superbes ; tous avaient la ceinture de pourpre. Hors de moi et tremblant, je continuais à regarder, ne sachant pas où je me trouvais. Enfin Dominique rompit le silence :

« Eh quoi, me dit-il, n’êtes-vous donc plus cet homme intrépide qui ne craignait ni la calomnie ni la persécution ? Pourquoi me paraissez-vous troublé et ne me parlez-vous pas ?
Je ne sais vraiment quoi te dire. Tu es donc bien Dominique Savio ? Comment te trouves-tu ici ? »

Et Dominique Savio me répondit d’un ton affectueux :

« Je suis venu vous parler. Nous nous sommes parlé tant de fois sur la terre !… Ne vous ai-je pas donné toute ma confiance ? Pourquoi donc avez-vous peur ?
Je suis tout effrayé, lui dis-je, parce que je ne sais pas où je me trouve.
Vous êtes dans le séjour de la béatitude.
C’est donc ici que Dieu récompense les justes ?
Ici nous ne goûtons pas les biens éternels mais seulement des biens temporels. Ce n’est pas le Paradis. Aucun œil mortel ne peut voir l’éternelle Beauté. Et cette lumière extraordinaire n’est qu’une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu… Le moindre rayon de lumière surnaturelle suffirait pour faire mourir un homme à l’instant.
Et ne pourrait-on pas voir une lumière naturelle encore plus belle que celle-ci ?
Si, évidemment. Regardez. »

Alors apparut subitement dans le lointain un petit rayon de lumière tellement vive que je fermai les yeux et lançai un grand cri. Cette lumière était cent millions de fois plus éclatante que celle du soleil et son éclat suffisait pour éclairer tout l’univers. Après quelques instants, je rouvris les yeux et je dis à Savio :

« Qu’est-ce que cette lumière ? N’est-ce pas la lumière divine ?
Non, c’est une lumière naturelle multipliée par la puissance de Dieu, mais, quand bien même un cercle immense de cette lumière envelopperait le monde, elle ne donnerait pas encore une idée de la splendeur du Paradis.
Mais quel est donc votre bonheur en Paradis ?
Vous le dire est impossible. Il faut avoir quitté la vie pour le savoir. Nous jouissons de Dieu, c’est tout dire. »

Alors, pleinement revenu à moi-même, je contemplai avec admiration la beauté de Dominique Savio et de ses compagnons. Je lui dis :

« Pourquoi as-tu une robe si blanche et si brillante ? »

Le chœur répondit, accompagné de tous les instruments :

« Ils ceignirent leurs reins et blanchirent leur robe dans le sang de l’Agneau.
Pourquoi portes-tu autour des reins cette ceinture de pourpre ? »

Don Alassonati, prêtre ayant secondé Don Bosco, se mit à chanter :

« Ils sont vierges et accompagnent l’Agneau partout où il va. »

Je compris que cette ceinture était le symbole des sacrifices que Dominique avait faits pour garder la chasteté, sacrifices si grands qu’on peut les comparer au martyre. Cependant, voyant la foule de jeunes gens derrière Dominique :

« Et ceux-ci, demandai-je, qui sont-ils ? »

Ils se mirent tous à chanter :

« Ils sont comme les anges de Dieu dans le ciel. »

Or, Savio avait évidemment la prééminence sur tous les autres. Je lui dis :

« Comment se fait-il que toi, le plus jeune de ceux qui moururent dans nos maisons, tu es le premier ? Pourquoi parles-tu tandis qu’ils se taisent ?
C’est que je suis le plus âgé de tous ceux-ci… Et puis, je m’acquitte d’une ambassade de la part de Dieu.
Eh bien ! dis-je résolument, parle-moi du passé, du présent et de l’avenir de notre Oratoire. Dis-moi quelque chose de mes chers fils, parle-moi de la Congrégation salésienne.
Sur tous ces points j’aurais beaucoup de choses à vous révéler.
Dis-moi donc ce que tu sais : parle-moi du passé.
Dans le passé, la Congrégation a fait beaucoup de bien. Voyez-vous cette foule innombrable de jeunes gens ?… Regardez l’inscription qui se trouve sur la porte de ce jardin : « Jardin Salésien ». Eh bien ! Ceux que vous voyez là sont tous Salésiens ou sauvés grâce aux Salésiens. Comptez-les si vous pouvez. Or, il y en aurait cent millions de fois plus si vous aviez eu plus de foi et de confiance dans le Seigneur. »

Je soupirai profondément en entendant ce reproche, et je me promis d’avoir plus de foi à l’avenir.

« Et le présent » demandai-je.

Savio me montra alors un magnifique bouquet qu’il tenait à la main. Il était fait de violettes, de roses, de tournesols, de gentianes, de lis et d’immortelles avec, çà et là, quelques épis de blé. Il me le présenta en disant :

« Ce bouquet, présentez-le à vos fils ; faites en sorte que tous l’aient et que personne ne le leur enlève. Il fera leur bonheur… Ces fleurs symbolisent les vertus qui plaisent le plus au Seigneur.
Et quelles sont ces vertus ?
La rose est le symbole de la charité, la violette de l’humilité, le tournesol de l’obéissance, la gentiane de la pénitence et de la mortification, les épis de blé, de la communion fréquente et les lis, de cette belle vertu dont il est écrit : « Ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel » ; enfin l’immortelle signifie que ces vertus doivent durer toujours, elle est le symbole de la persévérance.
Eh bien ! Mon cher Dominique, toi qui as pratiqué toutes ces vertus, dis-moi ce qui t’a le plus consolé à l’heure de la mort ?
Et vous, qu’en pensez-vous ? me dit Savio.
C’est peut-être d’avoir conservé sans tache la vertu de pureté…, ou la paix d’une bonne conscience…, ou l’espérance du Paradis… ou le trésor de tes bonnes œuvres ?
Non, non. Il y a mieux… Ce fut l’assistance de l’aimable et puissante Mère de Dieu. Et cela, dites-le à vos fils, afin qu’ils ne cessent de la prier jusqu’à la fin de leur vie.
Parlons donc de l’avenir.
L’année prochaine (1877), vous éprouverez une grande douleur. Six de vos plus chers fils seront appelés par Dieu dans l’éternité. Mais Dieu vous aidera et vous enverra d’autres fils également vertueux.
Et pour ce qui regarde la Congrégation ?
L’année prochaine lui réserve une aurore si brillante, qu’elle illuminera comme un soleil les quatre coins du globe. Si vos prêtres se montrent dignes de leur haute mission, l’avenir sera magnifique et apportera le salut à un grand nombre d’âmes, à condition cependant que vos fils soient fidèles à la dévotion à Marie et qu’ils gardent la chasteté, cette vertu si belle aux yeux de Dieu.
Voudrais-tu me dire maintenant quelque chose de l’Église, de Pie IX ?
Pie IX n’a plus désormais que quelques batailles à soutenir et il sera couronné. Quant à l’Église, elle est inébranlable.
Et pour ce qui me concerne ?
Oh ! Si vous saviez quelles luttes vous avez encore à soutenir ! Mais hâtez-vous, car je n’ai plus guère de temps à vous consacrer. »

Alors j’étendis le bras pour saisir ce cher fils mais, comme si ses mains eussent été d’air, je ne saisis rien. Dominique expliqua :

« Par la volonté divine, l’âme, séparée du corps, en conserve les apparences quoiqu’elle ne lui soit plus unie. Voilà pourquoi il vous semble que j’ai des mains et une tête, mais vous ne pouvez me saisir parce que je suis un pur esprit. C’est cette forme extérieure qui me fait reconnaître.
Encore une question. Mes jeunes gens sont-ils dans la voie du salut ?
On peut les distribuer en trois classes. Voyez-vous ces trois billets ?… Regardez. »

J’ouvris le premier billet et je vis écrit invulnerati (sans blessure). Il contenait le nom de ceux qui avaient conservé sans tache leur innocence. Ils étaient nombreux et je les vis tous. J’en connaissais un grand nombre. Ils marchaient le corps droit malgré les flèches lancées contre eux.

Dominique me donna le second billet sur lequel je lus le mot vulnerati (blessés). Il contenait les noms de ceux qui avaient perdu la grâce de Dieu, mais qui avaient été guéris par le repentir et la confession. Ils étaient plus nombreux que les précédents. Je lus le billet et je vis tous ces jeunes gens.

Savio tenait encore le troisième billet ; on y lisait lassati in via iniquitatis (ceux qui ont persévéré dans la voie de l’iniquité). Là devaient figurer les noms de tous ceux qui vivaient dans le péché mortel. J’étais impatient de les connaître.

Mais Savio me dit avec une certaine vivacité :

« Attendez un moment. Quand vous ouvrirez ce billet, il en sortira une puanteur que vous ne pourrez supporter. Les anges et l’Esprit-Saint lui-même sentent la puanteur du péché et l’ont en horreur. »

Il me donna le troisième billet et me dit :

« Prenez-le et sachez en profiter pour vos jeunes gens ; mais n’oubliez pas le bouquet que je vous ai montré. Ayez soin que tous l’aient et le conservent. »

J’ouvris le billet. Il ne portait aucun nom, mais à l’instant je vis tous ceux qui s’y trouvaient comme s’ils eussent été présents sous mes yeux. Je les vis avec une grande amertume de cœur, car j’en reconnus la plus grande partie. J’en vis beaucoup qui passaient pour bons ou étaient même considérés comme des meilleurs. À peine eus-je ouvert le billet qu’il s’en exhala une puanteur tellement insupportable que je crus en mourir. L’air s’obscurcit et la merveilleuse vision disparut. J’entendis un grand coup de tonnerre et je m’éveillai rempli d’épouvante. Cette puanteur pénétra jusqu’aux murailles et s’attacha si bien à mes vêtements que, longtemps après, je croyais encore la sentir. Même aujourd’hui, rien qu’en y pensant, j’ai des nausées et j’éprouve une envie de vomir. Dans mes entretiens avec beaucoup d’intéressés, j’ai constaté que les indications du songe étaient tout à fait exactes.

8. Les reliques de Dominique Savio

Dominique fut enterré au cimetière de Mondonio, où ses restes furent entourés de plus en plus de précautions et de respect. On en fit déjà plusieurs reconnaissances. Lorsque fut ouvert le procès en vue de la béatification (1908), on jugea qu’il convenait de les transférer dans la Basilique de Marie-Auxiliatrice, à Turin, auprès de ceux de Don Bosco.

En 1950, une dernière reconnaissance eut lieu en présence de l’Archevêque de Turin. Aux regards émus des assistants apparut, en parfait état de conservation, ce qui restait du jeune saint : le crâne, les vertèbres, une omoplate, les os principaux des bras et des jambes. Ces ossements étaient contenus dans une précieuse châsse exposée à la vénération des pèlerins.

Dans la nuit du 19 au 20 février 1971, un sacrilège fut perpétré à l’égard de ces reliques. La châsse fut profanée, saccagée. Certains ossements avaient été parsemés dans la basilique. D’autres avaient disparu.

Près de dix ans plus tard, le Père Supérieur des Salésiens français recevait un paquet qui fit l’effet d’une bombe. Il contenait les reliques de Dominique Savio qui avaient disparu depuis 1971. Elles ont été officiellement identifiées et ont regagné leur place dans l’urne sous l’autel du jeune saint. Une lettre anonyme accompagnait le paquet : elle disait la joie de la restitution et demandait une messe en l’honneur de Dominique Savio pour le voleur. Des questions restées sans réponse : Qui est le voleur ? Ses intentions lors du vol et lors de la restitution ?

9. Miracles

Dans les causes de béatification et de canonisation, l’Église tient grand compte des miracles réalisés par l’intercession des Serviteurs de Dieu et dans lesquels elle trouve une confirmation définitive de leur sainteté par Dieu lui-même. Elle en exige en principe deux irréfutables pour la béatification et deux pour la canonisation. Dominique Savio avait à peine quitté cette terre que déjà les faveurs temporelles et spirituelles attribuées à son intercession se multipliaient avec une étonnante rapidité. Relevons seulement les quatre miracles retenus pour le procès et dont l’authenticité a été officiellement reconnue par la Sacrée Congrégation des Rites.

En vue de la béatification, deux miracles en faveur de jeunes. En 1927, Albano Sabatino, âgé de 7 ans, de Siano (Saleme-Italie), souffre de divers maux très graves (septicémie, bronchopneumonie, néphrite aiguë, hémorragie, méningite). Le médecin ne laisse aucun espoir. La maman prie Dominique avec toute l’ardeur de sa foi. Le lendemain, Albano se lève complètement guéri. En 1935, à Barcelone, une fille du Patronage des Filles de Marie-Auxiliatrice, Maria Consuelo Adelantado, âgée de 16 ans, fit une chute malencontreuse : double fracture du coude gauche avec dislocation des fragments osseux. Dans un songe, le Cardinal Cagliero l’invite à faire avec foi une neuvaine à Dominique Savio et lui promet par ce moyen sa guérison pour un jour tout proche. Elle fit la neuvaine et le jour indiqué, elle était guérie.

En vue de la canonisation, deux miracles en faveur de mamans de famille nombreuse. Madame Micelli, de Lecce (Italie) était atteinte d’une sinusite maxillaire et frontale. L’état général était alarmant, l’opération s’avérait délicate. Un fait banal lui rappela le souvenir de Dominique Savio. Elle le pria. Le lendemain, elle était guérie : c’était le 9 mars 1950, jour anniversaire de la mort du saint. En 1950 encore, Madame Procelli était atteinte d’une anémie aiguë causée par une hémorragie interne. La famille s’opposa à une opération immédiate à laquelle la malade ne pouvait normalement que succomber. Pensant aux six petits enfants, le médecin, tout ému, se mit à prier Dominique Savio, y invitant aussi la famille. La nuit suivante, la patiente était hors de danger et bientôt la guérison se révéla complète. Dans la suite, le médecin se recommanda régulièrement à Dominique Savio qui, selon son témoignage, l’éclaira et l’aida beaucoup dans ses diagnostics.

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