La sainte Église face aux coalitions hérétiques

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Voici un texte qui résume parfaitement le phénomène de l’apostasie que nous sommes en train de vivre. La Sainte Église de Jésus-Christ est le dernier bastion contre les forces ténébreuses qui tentent d’arracher la foi en Dieu. Il est nécessaire de comprendre ce phénomène pour être armé face aux événements qui vont bientôt survenir. Découvrons sans plus tarder le texte de l’abbé de Broglié.

« Progrès dans le Christianisme » tiré de « Problèmes et conclusions de l’histoire des religions » de l’abbé de Broglié. Page 309 à 319

« Mais cette œuvre étant vivante doit être progressive. Pour bien comprendre ce dernier caractère, essayons d’exposer la vue générale de l’histoire des religions qui résulte de ces études. Elle est très différente de la conception de cette même histoire que l’on trouve dans les écrivains de l’école traditionaliste. Cette école voulait voir partout le surnaturel, et ne reconnaissait de bon dans le paganisme que ce qui provenait de la révélation primitive. Pour elle la vérité et le bien ne se trouvaient que dans le passé. L’histoire du paganisme était celle d’une continuelle décadence. Les quelques réformes que l’on y aperçoit ne pouvaient, si elles étaient réelles, provenir que d’une nouvelle infusion d’éléments surnaturels. De là l’idée d’attribuer la plupart des nouvelles religions à une influence juive. Enfin, dans l’histoire même du christianisme, cette école aurait voulu ne voir qu’une décadence et ne reconnaître aucun progrès, Dieu étant le seul auteur du bien et de la vérité, et l’homme ne pouvant que gâter l’œuvre divine.

Toute autre est notre conception de la nature humaine et de l’histoire des religions. Tout en admettant, conformément à la Bible, confirmée par certaines vraisemblances historiques, que la religion a eu une origine céleste, et que les premiers hommes ont reçu de Dieu même une initiation primordiale, nous croyons que cette révélation primitive a pu être très simple et très élémentaire, ne pas contenir de nombreux dogmes ni une liturgie compliquée, que ces éléments primitifs étaient destinés à grandir et à se développer, et que le christianisme n’était contenu qu’en germe et très obscurément dans ces croyances primordiales. À partir de ce moment, il y a une double évolution : l’une constamment progressive, celle de la vraie religion soutenue et guidée par l’Esprit-Saint, l’autre ayant des alternatives de progrès et de décadence, mais la décadence finissant par prévaloir, celle du paganisme. Chez les peuples où la religion primitive s’est déformée, les instincts religieux ont créé d’une manière naturelle et spontanée des formes et des institutions adaptées aux besoins de l’humanité, satisfaisant imparfaitement à quelques aspirations élevées, et se prêtant aussi à la satisfaction des passions. De grands hommes ont paru qui, sentant l’insuffisance et la corruption des cultes existants, en ont créé de nouveaux, se servant pour cela des anciennes traditions, mais s’appuyant aussi sur la raison et la conscience de l’homme, et sur ses instincts religieux que leur génie avait devinés. Ces œuvres imparfaites ont toujours été plus ou moins mêlées d’impostures, la communication avec le ciel étant le seul moyen d’obtenir la confiance des hommes en matière religieuse. Elles ont contenu un mélange de bien et de mal. Quelquefois on y voit l’ébauche grossière de ce que Dieu devait faire plus tard ; mais ces éléments d’une vraie religion se trouvent isolés, dispersés, en opposition les uns avec les autres, impuissants pour le bien, sans force et sans stabilité. Les notions les plus sublimes se transforment tout d’un coup en grossières superstitions : l’idéal le plus élevé devient souvent, par une sorte de fermentation mystique, une doctrine basse et sensuelle.

Pendant ce temps la main de Dieu conservait comme dans un canal étroit et resserré, la doctrine pure du monothéisme. Cette doctrine semblait austère et froide ; elle se réduisait à l’origine à un dogme à peu près unique, la souveraineté du Créateur ; ce n’est que plus tard, vers l’époque de la captivité des Juifs à Babylone, que paraissent les grandes prophéties sur le Messie, sur le jugement dernier et les promesses relatives à la vie future et à la résurrection. Enfin, quand les temps fixés par la Providence sont accomplis, Dieu crée une œuvre nouvelle, une institution vivante. De la souche du monothéisme hébraïque sortent le dogme et la liturgie chrétienne ; cette œuvre adaptée à l’humanité tout entière, contient en germe tout ce que le cœur humain peut désirer. L’Évangile renferme le plan d’une immense société hiérarchique liée par les sacrements. Ce plan se développe dans le cours des âges, et la nouvelle religion, croissant comme le grain de sénevé de la parabole finit par couvrir la terre et par produire une série d’institutions et de formes qui correspondent aux mêmes besoins auxquels cherchaient à satisfaire les religions païennes, mais qui satisfont d’une manière plus parfaite aux sentiments moraux, nobles et élevés, et se refusent à toutes concessions envers les passions basses et grossières. Cette œuvre vivante se soutient par sa force interne. Bien qu’adaptée à tous les besoins nobles de l’humanité, elle est mal reçue par les hommes ; elle gêne leurs passions et les oblige à accepter un idéal sublime. Faite pour l’humanité entière, elle trouble les institutions locales et brise les barrières étroites des nations. Sans sa force interne elle ne résisterait pas à la conspiration qui se forme constamment contre elle.

Enfin, si nous regardons l’avenir, nous devons penser que cette œuvre, si elle est réellement divine, subsistera autant que l’humanité, malgré les attaques dirigées contre elle, et que les religions humaines au contraire périront au fur et à mesure que les progrès de la science et de l’histoire mettront en évidence la faiblesse de leur doctrine et les vices de leur origine. La vraie religion est donc dans l’avenir l’héritière naturelle de tout ce qu’il y a de bon et de vrai, de tout ce qu’il y a d’honnêteté, de croyance sincère et de religion véritable dans les religions humaines. Malheureusement il y a aussi dans l’homme le mal, l’amour de l’erreur, les passions qui ne veulent pas se laisser contenir, l’orgueil qui rejette toute autorité. La ruine des fausses religions, ruine qui peut être tardive, mais qui arrivera un jour, comme une invincible logique l’exige, doit donc produire, en face de la vraie religion qui en recueillera tout le bien, une puissance directement irréligieuse, toujours croissante et ennemie mortelle de la religion divine.

Telle est la vue générale de l’histoire des religions, qui résulte des idées que j’ai exposées. Cette vue est-elle exacte et conforme aux faits ?

En ce qui concerne le passé, l’exposé que nous avons fait dans cette série d’études de l’histoire des diverses religions est la justification de nos assertions. II est certain que tous les cultes païens qui n’ont pas disparu sont dans une profonde décadence, et ne peuvent pas soutenir le grand jour de la civilisation et de la science moderne. Il est certain que l’islamisme a un idéal moral trop bas et une base trop peu rationnelle pour être autre chose que la religion de peuples demi-barbares. II est certain que la religion catholique, bien que venue tardivement, contient ce qu’il y a de bon dans les autres religions.

En ce qui concerne le présent, nous pouvons affirmer, quoi qu’en disent les adversaires de l’Église et malgré les inquiétudes de quelques-uns de ses adhérents, qu’elle est encore pleine de force et de vie, et que ce que ses ennemis prennent pour des signes de décadence et de vieillesse, est bien plutôt l’indice d’une transformation dans ses rapports avec la société. Les anciennes relations de l’Église avec les nations, l’appui que les lois civiles apportaient à la religion, le caractère social et national du culte, tendent par diverses causes à diminuer dans la plupart des contrées du monde, et cette ruine de certains appuis extérieurs et de certains usages entraîne nécessairement la diminution du nombre des fidèles. Mais cette force de la tradition et de la coutume, très grande en elle-même et dont la perte est très regrettable, n’est pas la seule force de la vraie religion. Ce sont les cultes païens, incapables de faire appel à la raison et à la conscience, qui s’appuient ainsi exclusivement sur la coutume. Ce sont aussi les sectes séparées du tronc de l’Église qui, n’ayant plus de vie propre ni de principe doctrinal, étant par la même incapable de progrès, ne s’appuient que sur le passé et ne vivent que de traditions.

La vraie Église a des ressources que ne possèdent pas les autres cultes. Rien n’est ébranlé dans ses principes constituants. L’infaillibilité de son autorité doctrinale est plus respectée que jamais. Elle a resserré en ce siècle le lien de son unité. L’efficacité de ses sacrements est l’objet d »une confiance qui semble croître de génération en génération. La croyance au surnaturel, dont les rationalistes annoncent la ruine prochaine, se manifeste avec éclat dans les lieux de pèlerinages où la prière demande et obtient des faveurs célestes que la science incrédule s’efforce vainement d’expliquer de manière à n’y voir que l’effet des causes naturelles. Si la foi traditionnelle des masses semble diminuer, la foi individuelle et personnelle, dont la production est le vrai but d’une institution religieuse, se manifeste avec une vigueur plus grande, et son caractère surnaturel apparaît avec plus d’évidence, précisément à cause des obstacles qu’elle doit vaincre. L’Église, dans sa faiblesse, continue à soulager les misères de l’humanité : les grandes œuvres de charité, les congrégations destinées à venir en aide par des dévouements héroïques aux plus cruels des maux de cette vie, n’ont peut-être jamais été plus florissantes que de nos jours. Abandonnée par les puissances sociales dans les pays où elle régnait autrefois, l’Église n’a pas perdu de sa fécondité et conquiert de nouvelles contrées. L’Église d’Amérique, l’Église catholique renouvelée de l’Angleterre, ont paru pour la première fois dans le dernier concile œcuménique. Les missions lointaines ne se ralentissent pas et dans les contrées païennes le sang des martyrs continue d’être la semence de nouvelles chrétientés. L’Église attaquée de toutes parts est aux yeux même des hommes politiques une puissance avec laquelle il faut compter, et qui use à la longue les forces de ceux qui veulent la détruire. Sur le terrain de la science et de l’histoire, elle est encore en minorité, elle a contre elle le plus grand nombre des savants ; mais le nombre n’est rien dans une question de ce genre. Elle a de son côté ses propres savants, ses propres défenseurs, qui luttent contre ses adversaires et qui leur font face de toutes parts. La démonstration catholique forme un système puissant dont les incrédules eux-mêmes reconnaissent la force logique, qui cherche et qui trouve appui dans des faits incontestés, et ne craint pas les attaques de la critique historique. Rien dans tout ce rapide exposé n’indique une institution qui soit en décadence et sur le point de périr. Le présent comme le passé est donc conforme aux vues que nous venons d’exposer.

Quant à l’avenir, il y a des raisons de croire que nous marchons vers une séparation de plus en plus profonde entre une religion complète, conservant et résumant tout ce qu’il y a de bon dans les traditions religieuses du passé, et une complète et absolue irréligion. Les systèmes intermédiaires se dissolvent graduellement par la logique de leurs principes. Le protestantisme a longtemps prétendu être le véritable progrès religieux, et a voulu reléguer dans le passé le catholicisme, confondu avec le paganisme auquel il essayait de l’assimiler. C’était, disaient les protestants, vers un culte dégagé de toute forme et de toute autorité, mais pénétré de l’esprit et des dogmes de l’Évangile, que devait tendre l’histoire religieuse de l’humanité.

II serait difficile, à notre époque, de soutenir cette opinion. Les divisions croissantes du protestantisme, l’impossibilité dans laquelle se trouvent ceux des protestants qui veulent défendre les grands dogmes chrétiens, de formuler ces dogmes et de se séparer de ceux qui n’ont plus de chrétien que le nom, ont amené beaucoup d’esprits sérieux à reconnaître qu’on ne saurait voir dans le protestantisme une doctrine définitive, et qu’il ne saurait être qu’une transition entre la religion catholique et un rationalisme descendant graduellement jusqu’au déisme et même à l’athéisme. La critique biblique a porté un autre coup sensible à l’orthodoxie protestante. Le texte biblique, seule base de la foi selon cette doctrine, est maintenant attaqué et contesté dans beaucoup de ses parties. À défaut, pour défendre l’autorité de ce texte d’une autorité indépendante et appuyée sur une promesse divine, la foi à la parole révélée n’a d’autre appui et d’autre preuve qu’une discussion savante que les simples ne peuvent comprendre.

Le protestantisme ne pouvant avoir l’avenir pour lui, et se dissolvant par l’effet de ses propres principes, sera-ce le spiritualisme philosophique qui devra être sur les grands problèmes de notre destinée, la croyance définitive du genre humain ? On l’a soutenu également et on peut lire dans les Mélanges philosophiques de Jouffroy toute une théorie de l’histoire des religions d’après laquelle le christianisme devait succéder au polythéisme et le détruire, pour ensuite céder la place à la philosophie, qui devait régner définitivement sur l’humanité. Mais depuis le temps où Jouffroy exposait cette théorie, les idées ont marché et le spiritualisme philosophique, mis en présence du panthéisme et de l’athéisme, s’est trouvé dans l’impuissance pratique de leur résister et de constituer une croyance efficace, capable de conserver à l’humanité ses espérances et à la vertu sa sanction. Cette faiblesse pratique du spiritualisme, privé de l’idée de révélation, pouvait être prévue. Nous avons déjà indiqué les motifs de cette infériorité de la philosophie sur les religions positives, et nous n’avons pas besoin d’y revenir.

Par l’effet de ces éliminations successives, la religion catholique reste la seule institution qui ait dans ses principes une force suffisante pour conserver et défendre les grandes idées de Dieu et de la vie future, si nécessaires à l’humanité. On peut donc supposer avec une certaine vraisemblance qu’un jour elle sera seule en présence de la complète irréligion. Sans doute ce jour est bien loin d’être arrivé ; il y a encore, tant dans les cultes non chrétiens que dans les diverses sectes chrétiennes, une vitalité très grande ; il peut y avoir encore bien des vicissitudes, bien des changements, et même des sortes de résurrections de cultes qui semblaient frappés à mort.

Mais, au milieu des incertitudes de cet avenir, au sujet duquel les prophéties seraient imprudentes, il y a cependant une vérité certaine. C’est que les principes faux finissent par porter leurs fruits : c’est que les hommes éclairés ne peuvent pas rester attachés toujours à une religion dont les fondements sont aussi fragiles que celui de l’islamisme, ni à une forme de christianisme aussi peu stable en elle-même, aussi contradictoire et aussi différente du christianisme primitif que l’œuvre de Luther. Aussi, pendant que les religions qui ne reposent pas sur une hase historique et logique solide seront constamment à l’état de changement, obligées souvent, à défaut de preuves, de s’appuyer uniquement sur le sentiment, et sans défense suffisante contre les négations de la critique incrédule, l’Église conservera la solution essentielle des graves problèmes de notre destinée et la défendra contre tous ses adversaires : elle maintiendra dans le monde l’idée de Dieu, de la vie future et la grande idée de la rédemption et du pardon. Elle aura seule une force suffisante pour résister en face à l’irréligion ; sa ruine, si elle devait arriver, entraînerait celle de toute autorité doctrinale parlant au nom de Dieu, et par suite de toute croyance générale et efficace aux réalités invisibles. Elle sera donc dans tous les cas la dernière des grandes religions, comme elle est la plus parfaite. On ne peut pas supposer qu’elle périsse, sans que toutes les nobles croyances s’écroulent avec elle, ni qu’elle soit jamais remplacée par une autre institution religieuse.

Telle est donc la vue générale de l’histoire des religions qui nous semble la plus conforme aux faits historiques. À partir de l’origine de l’humanité, la vérité religieuse, conservée par un petit nombre d’hommes, se sépare des erreurs qui ne sont que les altérations de cette vérité. La vérité et l’erreur se développant toutes deux dans le cours des siècles, il existe une double évolution religieuse :

– L’une, celle de l’erreur, consistant dans des changements et des révolutions perpétuelles, dans des progrès et des ruines qui se succèdent alternativement, ou dans des états de décadence qui peuvent durer pendant des siècles nombreux sans qu’il y ait aucun retour vers le bien et l’idéal.

– L’autre, celle de la vraie religion, étant un progrès lent, mais continu et perpétuel, ou bien une série de renaissances et de résurrections, mais sans interruption complète du progrès. Le judaïsme des derniers siècles est un progrès sur la religion de Moïse, comme celle-ci sur la religion des patriarches. Le christianisme, nouvelle effusion de l’Esprit-Saint, est un progrès immense, et dans l’Église même il y a, de l’aveu des grands docteurs, un progrès dans la connaissance de la vérité ; il peut aussi y avoir, si les chrétiens le veulent, un progrès de l’amour, de la foi, et par suite une extension plus grande de l’action de la vérité dans l’univers. Ce progrès des effets de la religion est subordonné au bon usage de la liberté humaine. On se demande souvent pourquoi il y a encore tant de païens dans le monde dix-neuf siècles après l’Évangile.

Ne pouvons-nous pas dire que la faute en est aux chrétiens qui n’accomplissent pas leurs devoirs, ne vivent pas conformément à leur foi, et, au lieu de travailler à la gloire de Dieu, sont souvent cause que l’on blasphème son nom ? Le progrès aura lieu cependant, parce que Dieu est fidèle à ses promesses ; mais il sera plus lent et moins complet si les hommes ne coopèrent pas à l’œuvre divine. Chacun de nous a sa part dans la grande œuvre de la propagation de la vérité ; chacun a sa part de travail ; chacun aussi aura sa part de gloire dans la victoire définitive du bien. »

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