Une mort prédestinée

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Le seizième chapitre du livre « Telle mère, tels fils », issu de la vie de saint Jean Bosco, dont les pages sont consacrées à Mamma Margherita, s’intitule « une mort prédestinée ».

« Telle mère, tels fils ». Chapitre XVI. Une mort prédestinée. Page 118 à 123

« Sous la bénédiction de Dieu, l’œuvre du fils et de la mère avait fait, depuis 1846, des bonds prodigieux. Au début, ce n’était qu’un groupe d’enfants, à qui l’on apprenait le catéchisme ; ce groupe, rapidement, se transforma en patronage, et ce patronage grossit, grossit. Pendant près d’un an il se chercha un nid ; mais, à peine trouvé, tous ses rouages se mirent en branle, spécialement ces cours du soir qui attiraient à Don Bosco et maintenaient sous son influence une jeunesse toujours plus intéressée. Mais, parmi cette clientèle, il y avait des infortunés que la misère ou le péril harcelaient : il fallait les abriter, et voilà qu’en marge du patronage s’ouvre un embryon d’internat. Au début, il ne sera pas complet, car Don Bosco n’avait pas de travail pour ces bras, comme il n’avait pas de maîtres pour l’élite de ces petits qu’il aiguillait vers les études secondaires. Mais, dès qu’il disposera de locaux, les ateliers s’installeront ; dès qu’il aura des professeurs, les classes s’ouvriront. Pour construire les uns, pour former les autres, il lui fallut environ cinq ans.

À la place de l’humble chapelle aménagée sous le hangar de la Maison Pinardi, Don Bosco avait, dès 1852, construit une jolie petite église, dédiée à Saint-François-de-Sales et capable d’accueillir près de six cents enfants ; et enfin la Maison Pinardi elle-même avait disparu devant un magnifique corps de bâtiment à deux étages, où plus de cent cinquante enfants, logés aux frais de Don Bosco, s’appliquaient aux études ou au travail professionnel.

Il semblait que son aide de toutes les minutes, sa vieille et chère maman, devenue celle de tout ce petit monde, n’eût attendu que cet établissement définitif de l’Œuvre pour quitter cette vie où elle avait tant peiné. Désormais on pouvait se passer d’elle ; la maison était achevée ; des sympathies accouraient de toutes parts à ses fils ; entraîné par son exemple, un groupe de vaillantes chrétiennes avait fondé un ouvroir qui veillait sur la lingerie de ces cent cinquante petits ; un seul point noir toujours persistant, la misère. Mais bah ! La Providence était là pour solder les différences. Alors qu’avait-elle encore à faire en ce bas monde ? Sa tâche était achevée, bien achevée. Le Ciel le pensa ainsi, qui permit qu’une pneumonie double la conduisit en quelques jours aux portes de la mort. C’était à la fin de novembre 1856. Sa complexion de robuste piémontaise lutta plus d’une semaine contre le mal, mais à la fin, il triompha. Le 24 novembre, le bon abbé Borel, son confesseur, lui administra le viatique : Joseph et Jean, ses deux fils, étaient là, écrasés de douleur. Toute la maison priait ; un flot de tristesse noyait ces cœurs d’enfants, qui avaient retrouvé en elle une tendresse que la mort leur avait ravie. De ce dévouement qui s’étendait à l’héritage de misère de son fils, on pouvait répéter le vers célèbre :

Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier.

Elle était l’œil vigilant de la demeure, la sollicitude toujours en éveil, la fatigue jamais lasse, elle était la mère : c’est tout dire. Et maintenant elle allait les quitter. Cette pensée accablait tous ces pauvres mioches et tous ces grands garçons : et ils s’obstinaient à croire que le Ciel ferait le miracle attendu par leurs prières.

Il jugea bon de ne pas le faire.

Quand l’admirable femme comprit que tout espoir était perdu, elle appela ses deux fils et leur exprima ses désirs suprêmes.

« Je vais partir, dit-elle à Jean, et je vais laisser les soucis matériels de la maison en d’autres mains. Le changement sera dur, mais la Sainte Vierge ne manquera pas de vous aider. Écoute mes conseils : dans les entreprises ne recherche jamais l’éclat, la splendeur ; au sommet, la gloire de Dieu ; à la base, la pauvreté de fait. Beaucoup aiment la pauvreté, mais chez les autres. N’oublie pas que l’enseignement le plus efficace consiste à faire d’abord soi-même ce qu’on demande à son prochain. Je me recommande aux prières de tous. Dès que je serai admise au sein de la miséricorde divine, je ne cesserai de prier pour l’Œuvre. »

« Quant à toi, Joseph, veille attentivement à maintenir les enfants dans la condition où Dieu les a placés, excepté s’ils veulent se destiner à l’état sacerdotal ou religieux. Paysans ils sont, paysans ils doivent rester. L’important est qu’ils gagnent honnêtement leur pain. S’ils changeaient d’état, ils ne feraient que gaspiller le peu de bien que vos sueurs ont acquis. Continue à faire pour le Patronage tout ce que tu peux. La Sainte Vierge te revaudra cela en jours heureux. »

Quelques instants avant de recevoir le Viatique et l’Extrême-Onction, elle murmura :

« Jadis, c’était moi, Jean, qui t’aidais à recevoir les sacrements de l’Église ; maintenant, c’est toi qui aides ta vieille maman à recevoir les derniers sacrements du chrétien. Dans la récitation des prières des agonisants, tu m’accompagneras… Tu vois, je respire difficilement : prononce-les à haute voix, je les répéterai au moins de cœur. »

Enfin le dernier soir de sa vie arriva. Elle en eut comme le pressentiment ; aussi sa tendresse, à cette heure suprême, se fit-elle plus forte :

« Dieu sait comme je t’ai aimé au cours de ta vie, Jean, lui dit-elle à un certain moment. Mais j’espère que, de là-haut, je t’aimerai encore bien mieux. Je pars le cœur tranquille. Je crois avoir fait mon possible. Parfois j’ai pu te sembler un peu sévère, mais c’était l’ordre du devoir qui s’exprimait par mes lèvres. Dis à nos chers enfants que j’ai travaillé pour eux et que je les aime tous d’une tendresse de mère. Qu’ils fassent à mon âme la charité d’une fervente communion ! »

Ces recommandations avaient épuisé son souffle très court. Elle s’arrêta un temps, puis reprit :

« Adieu, Jean ! Rappelle-toi que cette vie est toute souffrance. Les vrais bonheurs sont au-delà. Et maintenant retire-toi dans ta chambre à prier pour moi. Adieu pour la dernière fois ! »

Le fils hésitait à obéir à cet ordre cruel ; mais la mourante leva les yeux au ciel comme pour lui dire :

« Tu souffres et tu me fais souffrir. Retire-toi donc. Nous nous retrouverons là-haut. »

Il s’éloigna, mais pour revenir une heure après.

À un certain moment, sa mère découvrit sa présence et elle le supplia :

« Fais-moi ce plaisir, je t’en prie, le dernier que je te demande. Je souffre doublement de te voir souffrir. Laisse-moi, va prier pour moi. Adieu, Jean ! »

Cette fois le fils obéit.

À trois heures du matin, il entendit le pas de Joseph se diriger vers sa chambre. Il comprit et ouvrit la porte. Les deux frères se regardèrent en silence, pour éclater de suite dans un sanglot qui faisait mal à ceux qui l’entendaient.

Deux heures plus tard, Don Bosco sortait du patronage, accompagné d’un de ses anciens : il allait à La Consolata, l’église préférée de sa mère, dire une messe pour le repos de l’âme de l’humble chrétienne, dont l’obscur dévouement l’avait déchargé de tant de soucis.

« Et maintenant, dit-il à la Vierge Consolatrice, avant de quitter son sanctuaire, il vous faut prendre la place vide. Une mère, dans ma grande famille, c’est indispensable. Qui le sera, sinon vous ? Tous mes enfants, je vous les confie. Veillez sur leur vie et sur leur âme, maintenant et toujours ! »

Jamais, on peut le dire, acte d’abandon ne fut aussi pleinement ratifié au ciel. Pendant trente-deux ans, jusqu’au terme des jours du Serviteur de Dieu, la Reine des cieux sembla descendre du ciel pour collaborer avec lui au salut de la jeunesse, en lieu et place de Marguerite Occhiéna, dite « Maman Marguerite », émigrée au Paradis. »

Lien vers le fichier PDF : https://saintmichelarchange.files.wordpress.com/2017/08/une_mort_predestinee.pdf

 

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