L’abolition de la loi judaïque

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Comment parler d’un sujet si délicat sans l’aide d’un support fiable ? Cette question est résolue grâce au formidable ouvrage « sainte Cécile et la société romaine » du moine bénédictin Dom Guéranger. Ce livre aujourd’hui pratiquement introuvable est un véritable trésor qui nous permet de retracer très justement la vie de saint Pierre et de saint Paul lors des premiers siècles du Christianisme. Le noble Dom Guéranger nous livre les secrets de la montée en puissance du Christianisme grâce au travail inspiré des deux apôtres du Christ. Je me contenterai de reproduire telles quelles les pages qui racontent l’abolition de la loi judaïque. Je reconnais m’être fourvoyé durant l’année 2015 sur un article traitant du judaïsme. À l’époque, il me manquait une pièce majeure du puzzle. J’espère que le lecteur me pardonnera cette faute que je reconnais bien volontiers.

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« sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 66 à 78

« De Chypre, Paul se rend successivement en Cilicie, dans la Pamphylie, dans la Pisidie, dans la Lycaonie. Partout il évangélise, et partout il fonde des chrétientés. Il revient ensuite à Antioche, en l’année 47, et il trouve l’Église de cette ville dans l’agitation. Un parti de Juifs sortis des rangs du pharisaïsme consentait à l’admission des gentils dans l’Église, mais seulement à la condition qu’ils seraient assujettis aux pratiques mosaïques, c’est-à-dire à la circoncision, à la distinction des viandes, etc. Les chrétiens sortis de la gentilité répugnaient à cette servitude à laquelle Pierre ne les avait pas astreints, et la controverse devint si vive que Paul jugea nécessaire d’entreprendre le voyage de Jérusalem, où Pierre fugitif de Rome venait d’arriver. Il partit donc avec Barnabé, apportant la question à résoudre aux représentants de la loi nouvelle réunis dans la ville de David. Outre Jacques qui résidait habituellement à Jérusalem comme évêque, Pierre, ainsi que nous l’avons dit, et Jean, y représentèrent en cette circonstance tout le collège apostolique.

La question à trancher était de la plus haute portée. Le christianisme se contenterait-il de faire, à la manière des juifs, de simples prosélytes courbés sous le joug de deux lois à la fois, ou appellerait-il ses néophytes à une entière liberté à l’égard des préceptes transitoires que Dieu avait jadis imposés à son peuple dans le désert ? La cause était déjà décidée par le fait. En conférant le baptême à Cornélius, Pierre n’avait exigé de lui aucun servage à l’égard du mosaïsme. Néanmoins, à cette époque, où un grand nombre d’églises avaient eu pour premiers membres des juifs sortis de la Synagogue, il devenait nécessaire de terminer par une décision solennelle la controverse qui s’était élevée à Antioche, et pouvait, en s’étendant, compromettre le repos de la famille chrétienne.

Une assemblée se réunit, présidée par Pierre. Jacques et Jean y prirent séance, Paul et Barnabé siégèrent après eux. On y appela les prêtres de l’église de Jérusalem, et les fidèles de cette église furent admis à entendre les résolutions qui allaient être portées. Tous étant présents, Pierre prit la parole :

« Mes frères, dit-il, vous savez comment Dieu m’a choisi, il y a déjà longtemps, pour faire entendre par ma bouche la parole de l’Evangile aux gentils et les amener à croire ; comment il leur a donné son Esprit ainsi qu’à nous-mêmes, ne faisant entre eux et nous aucune différence, et purifiant leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tenter Dieu, en imposant à de tels disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? Par la grâce du Seigneur Jésus-Christ, nous croyons être dans la voie du salut, comme ils y sont eux-mêmes. »

Saint Luc rapporte que cette solennelle déclaration de Pierre fut accueillie par l’assistance avec le silence d’un profond respect. Paul et Barnabé prirent ensuite la parole, et racontèrent les merveilles que Dieu avait opérées dans leurs récentes prédications au milieu des gentils, Jacques, relevant la sentence de Pierre, la justifia en citant les oracles prophétiques sur la vocation des gentils, et l’on finit par formuler un décret en forme de lettre adressée aux fidèles d’Antioche, mais destinée à faire droit dans l’Église entière. Toute exigence à l’égard des gentils relativement aux rites judaïques y était interdite, et cette disposition était prise au nom et sous l’influence de l’Esprit-Saint.

Ce fut dans cette réunion de Jérusalem que Paul, qui, dans son Épître aux Galates, complète le récit des Actes, atteste qu’il fut accueilli par les trois grands apôtres comme devant exercer spécialement l’apostolat des gentils, de même que celui des juifs continuerait d’être l’apanage de saint Pierre. II a fallu toute l’audace germanique pour bâtir sur ces paroles l’étrange système en vertu duquel saint Pierre aurait été l’adversaire des gentils, et saint Paul le partisan enthousiaste de leur admission dans l’Église. Deux faits réfutent, sans réplique, cet odieux roman et se déduisent l’un et l’autre du récit des Actes et du texte des Épîtres des deux apôtres. D’un côté, Pierre nous apparaît comme le tuteur dévoué de la gentilité par l’adoption qu’il fait de Cornélius à Césarée, par le choix qu’il fait de Rome pour y établir sa Chaire, par son énergique langage dans l’assemblée de Jérusalem, et par mille autres traits ; d’autre part, nous voyons Paul, si dévoué aux gentils, s’adonner constamment à la conversion des juifs, au point de commencer toujours par eux son évangélisation dans toutes les villes où ils avaient une synagogue.

Quel but se proposait Paul en sollicitant des trois apôtres cette déclaration d’un apostolat spécial reconnu en sa personne ? Lui-même nous le fait connaître. Il voulait, dit-il, s’assurer qu’en s’adressant avec tant d’ardeur aux gentils, « il n’avait pas couru en vain ». (Gal., II.) Il désirait, de la part de ceux qu’il appelle « les colonnes », une confirmation de cet apostolat surajouté à celui des douze ; il voulait que ce ministère extraordinaire, qui surgissait au moment même où la moisson des gentils était ouverte, fût reconnu comme divinement destiné à seconder l’œuvre de la miséricorde céleste en faveur de ceux qui avaient été appelés les derniers. Les trois apôtres n’avaient qu’à s’incliner devant la volonté évidente du ciel ; mais il restait toujours vrai que si Pierre avait eu l’honneur d’ouvrir aux juifs la porte de l’Église au jour de la Pentecôte, sa main aussi l’avait ouverte aux gentils, lorsqu’il en reçut l’ordre d’en haut.

Un incident qui nous révèle le caractère intime de Pierre et de Paul se passa peu de temps après à Antioche, où Pierre s’était rendu de Jérusalem. Il était arrivé de cette dernière ville plusieurs juifs chrétiens dont l’apôtre croyait avoir besoin de ménager la susceptibilité. L’assemblée de Jérusalem, en prescrivant de ne pas astreindre aux rites mosaïques les convertis de la gentilité, n’avait point prétendu interdire l’usage de ces rites aux chrétiens sortis du judaïsme. Pierre, qui s’asseyait volontiers à la table des chrétiens gentils, usant sans répugnance des aliments proscrits par la loi de Moïse, craignit que cette liberté ne fût une épreuve trop forte pour les nouveaux venus. Usant donc du droit qu’avaient encore ces derniers, il les fit manger avec lui, et l’on observa dans le repas l’ancienne distinction des viandes. La chose fut connue dans l’Église d’Antioche, et les chrétiens juifs en prenaient occasion de retourner aux usages mosaïques dans leurs repas : Barnabé lui-même se laissait entraîner à leur exemple dans un but de pacification.

Paul ne put supporter une telle condescendance, et, dans son inquiétude pour les résultats qu’elle pouvait entraîner, il alla droit à Pierre, et osa l’interpeller en public : « Comment ! lui dit-il, toi juif, d’ordinaire tu vis comme les gentils et non plus à la manière juive ; et voici que maintenant tu contrains les gentils à judaïser ! » C’était reconnaître la haute autorité de Pierre, dont l’exemple aurait suffi pour amener à sa pratique personnelle toute l’Église d’Antioche. Pierre n’avait agi que d’une manière privée, dans un désir de ménagement, et Paul voyait déjà tout l’effet du décret de l’assemblée de Jérusalem compromis dans cette grande ville. Peut-être s’exagérait-il la portée d’un fait transitoire ; mais Pierre, dont les vues étaient pures et paternelles, dut profiter de cet éclat pour amener insensiblement les chrétiens juifs à ne plus craindre autant de profiter du privilège des gentils.

Nous devions insister sur ces faits, dans lesquels se dessine si énergiquement l’antagonisme des deux capitales. Souvenons-nous qu’à ce moment Jérusalem est encore debout, que les victimes sont toujours offertes dans son temple selon le rituel de Moïse, que ses solennités attirent dans ses murs un nombre immense d’israélites accourus des synagogues du monde entier. En même temps, voyons l’Église chrétienne dans son essor, ayant occupé déjà Antioche, établie dans Rome, et, par la mission de Marc, prenant possession d’Alexandrie. La gentilité se précipite en foule dans son sein depuis que les barrières sont tombées ; il importe donc que les dernières traces du judaïsme, qu’il faut ménager encore, n’offusquent pas les gentils, et que tous ces hommes de tous les rangs, qui accourent vers Jésus, ne soient plus obligés de passer par Moïse. Ainsi l’entendirent les deux apôtres de Rome : Pierre d’abord et Paul ensuite, quoi qu’aient osé en écrire les docteurs d’outre-Rhin.

Paul ne demeura pas longtemps à Antioche, et, s’étant séparé de Barnabé, il reprit le cours de ses excursions apostoliques à travers les provinces qu’il avait déjà évangélisées, afin d’y confirmer les églises. De là, traversant la Phrygie, il vit la Macédoine, s’arrêta un moment à Athènes, d’où il se rendit à Corinthe, où il séjourna un an et demi. Ce fut là qu’il rencontra Aquila et Priscille, récemment arrivés d’Italie. Il trouva chez eux cette même hospitalité qu’ils avaient offerte à Pierre dans le Transtévère. Paul apprit par eux en détail les progrès de la foi chrétienne dans Rome, et son cœur d’apôtre put tressaillir au récit de tant de conquêtes que la parole divine y avait déjà opérées.

On était en l’année 48. Aquila avait repris sa profession à Corinthe, et continuait à se livrer à la fabrication des tentes. Afin de n’être à charge à personne dans son apostolat, Paul, comme il nous l’apprend lui-même, partageait à ses moments libres les travaux de l’atelier. On sait que, dans sa jeunesse, il s’était employé à l’industrie des tentes. Sa prédication eut à Corinthe un grand succès, et lorsqu’il quitta cette ville, il y laissa une Église florissante. Mais ses succès n’avaient pas été sans exciter la fureur des juifs contre lui. Un jour ils le traînèrent devant le proconsul Gallion, qui était le frère de Sénèque, se plaignant à grands cris de ce que l’apôtre enseignait une manière d’honorer Dieu qui n’était pas conforme à leur loi ; mais le proconsul, après avoir déclaré qu’il n’entendait pas se mêler de questions de cette nature, donna ordre de les éconduire.

De Corinthe, Paul se rendit à Ephèse. Aquila et Priscille l’y suivirent, et restèrent quelque temps auprès de lui. Ephèse retint Paul plus de deux ans. Sans négliger les juifs, il obtint dans cette ville un tel succès auprès des gentils, que le culte de Diane en éprouva un affaiblissement sensible. Une émeute violente s’ensuivit, et Paul jugea que le moment était venu de sortir d’Ephèse. Durant son séjour dans cette ville, il révéla à ses disciples la pensée qui l’occupait déjà depuis longtemps : « Il faut, leur dit-il, que je voie Rome. » La capitale de la gentilité appelait l’apôtre des gentils.

Au commencement de l’année 53, Paul voulut revoir Corinthe ; mais il n’y trouva plus Aquila ni Priscille. Soit qu’ils eussent appris que l’édit de bannissement rendu par Claude contre les juifs n’était pas appliqué avec rigueur, soit grâce à l’intervention de protecteurs puissants, ils avaient trouvé moyen de rentrer dans Rome. Leur arrivée dut réjouir la noble famille à laquelle les attachaient le lien des bienfaits et la fraternité dans la loi. Peut-être doit-on retarder jusqu’à cette époque le séjour des deux époux dans la maison du mont Aventin, à laquelle nous savons que se rattache le souvenir des Cornelii. Après les agitations du Transtévère qui avaient amené l’expulsion des juifs, il n’eût pas été prudent pour Aquila et Priscille de se placer trop en vue. Ils trouvaient au contraire asile et sécurité dans cette région tranquille de l’Aventin, où ils auront attendu le moment du retour de Pierre et de l’arrivée de Paul dans Rome.

L’accroissement rapide du christianisme dans la capitale de l’Empire avait mis en présence, d’une manière plus frappante qu’ailleurs, les deux éléments hétérogènes dont l’Église d’alors était formée. L’unité d’une même foi réunissait dans le même bercail les anciens juifs et les anciens païens. Il s’en rencontra quelques-uns dans chacune de ces deux races qui, oubliant trop promptement la gratuité de leur commune vocation, se laissèrent aller au mépris de leurs frères, les réputant moins dignes qu’eux-mêmes du baptême qui les avait tous faits égaux dans le Christ. Certains juifs dédaignaient les gentils, se rappelant le polythéisme qui avait souillé leur vie passée de tous les vices qu’il entraînait à sa suite. Certains gentils méprisaient les juifs, comme issus d’un peuple ingrat et aveugle, qui, abusant des secours que Dieu lui avait prodigués, n’avait su que crucifier le Messie.

Paul, qui fut à même de connaître ces débats par ses relations avec Aquila et Priscille, profita de son second séjour à Corinthe pour écrire aux fidèles de l’Église romaine la célèbre Epître dans laquelle il s’attache à établir la gratuité du don de la foi, juifs et gentils étant indignes de l’adoption divine et n’ayant été appelés que par une pure miséricorde. Sa qualité d’apôtre reconnue donnait à Paul le droit d’intervenir en cette manière, au sein même d’une chrétienté qu’il n’avait pas fondée. Au reste, son intervention ne fut pas seulement salutaire aux fidèles de Rome, entre lesquels elle répandit la concorde ; la lettre se répandit et porta ses fruits en d’autres églises.

Dès le début de cette lettre, qui fut écrite en l’an 53, Paul atteste que la foi des Romains est déjà célèbre « dans le monde entier », et il témoigne de l’ardent désir qu’il éprouve de visiter une si noble chrétienté. Nous ne le suivrons pas dans l’exposé de sa doctrine sur la vocation de l’homme à la foi, où il fait ressortir avec éloquence l’indignité des gentils à l’égard d’un don si précieux, et aussi l’obstacle que lui opposaient les vues terrestres et l’orgueil des juifs. Il montre comment la grâce divine a seule triomphé des uns et des autres. S’adressant au Romain régénéré dans le baptême, Paul, pour le ramener à l’humilité, lui adresse ces paroles énergiques, que les docteurs d’outre-Rhin auront peine à concilier avec le prétendu hellénisme de l’apôtre :

« J’en conviens, leur dit-il, des branches sont tombées à terre ; mais toi, olivier sauvage, tu as eu la faveur d’être enté sur celles qui étaient demeurées ; c’est ainsi que tu as été rendu participant du tronc et de la sève de l’olivier franc. Tu n’as donc pas le droit de te glorifier aux dépens des rameaux. Songe que ce n’est pas toi qui portes le tronc, mais que c’est le tronc qui te porte. Diras-tu : Ces branches ont été rompues afin que je fusse enté à leur place ? Oui, leur incrédulité les a brisées ; c’est à toi maintenant de demeurer ferme par la foi. Garde-toi donc de t’élever, mais tiens-toi dans la crainte ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, sois assuré qu’il ne t’épargnerait pas non plus. » (Rom., XI.)

C’est ainsi que Paul, en face de l’élément romain, rendait hommage à la dignité de l’Israélite, à la paternité universelle d’Abraham ; mais il ne poursuivait pas avec moins de rigueur l’orgueil judaïque qui prétendait encore, même après le baptême, se glorifier dans sa loi abolie pour jamais. Cette loi mosaïque qui devait s’éclipser devant l’Evangile, l’apôtre la montre impuissante, grossière, transitoire, n’ayant en elle-même aucune valeur, frappée de stérilité, puisqu’elle n’a amené aux pieds du Christ qu’un si petit nombre de fidèles. La question était donc désormais terminée ; juifs et gentils, oubliant leur passé, n’avaient qu’à s’embrasser dans la fraternité d’une même foi, et à témoigner leur reconnaissance à Dieu, qui les avait appelés par sa grâce les uns et les autres.

Dans cette lettre adressée aux chrétiens de la capitale de l’Empire, Paul juge à propos d’aborder la question politique qui devait surgir tôt ou tard, comme résultat de l’accroissement indéfini de l’Église chrétienne. Les règles de conduite qu’il leur assigne sont les mêmes que Pierre avait déjà intimées. Il faut que tout chrétien sache qu’à ce moment, ce n’est pas un parti politique qui se forme, c’est la véritable religion qui s’élève. La victoire viendra plus tard à l’Église ; mais il faut auparavant qu’elle ait transformé le monde. Pour cela, trois siècles d’oppression et de souffrance seront nécessaires ; mais le triomphe qui en sera la suite demeurera jusqu’à la fin des siècles l’invisible argument de la divinité du christianisme. »

« sainte Cécile et la société Romaine ». Tome I. Page 124 et 125

« L’apôtre qui présida dans cette Chaire exerçait sa sollicitude non seulement sur Rome, mais sur l’Église entière. Pasteur des brebis et des agneaux de l’immense bergerie qu’il avait ouverte au jour de la Pentecôte à Jérusalem, c’était à lui de pourvoir par les règlements nécessaires à la bonne administration du troupeau. Un de ces règlements eut pour objet la célébration de la Pâque, question de la plus haute importance pour l’entière émancipation de la gentilité à l’égard des coutumes juives. Il était aisé de reconnaître que, dans Rome principalement, l’élément israélite, qui avait été d’abord comme le noyau de la population chrétienne, s’effaçait de plus en plus par l’accession continue des gentils au baptême. Ce ne fut, au reste, que la faible minorité chez les juifs, tant à Jérusalem que dans les provinces de l’Empire, qui consentit à reconnaître en Jésus le Messie promis et attendu. Pierre jugea donc que le moment était arrivé de proclamer la scission profonde qui séparait pour jamais l’Église de la Synagogue.

Une fête, la plus solennelle des fêtes, était commune aux juifs et aux chrétiens ; mais l’objet en était tout différent ; car, en ce jour, les juifs célébraient la sortie d’Israël de l’Egypte, tandis que les chrétiens fêtaient le triomphe du Christ sur la mort. Le même nom désignait cette solennité dans les deux religions, et jusque-là le même jour avait réuni juifs et chrétiens dans la célébration des deux anniversaires, dont le premier ne rappelait qu’un événement de l’histoire d’un peuple isolé, tandis que le second intéressait la race humaine tout entière.

Pierre, selon le témoignage de Bède (Hist. eccl. Anglor., lib. III, cap. XXV), statua que l’église de Rome célébrerait désormais la Pâque le dimanche, et que ce dimanche serait toujours celui qui suivrait le quatorzième jour de la lune de mars. Les juifs au contraire avaient et ont toujours leur Pâque le propre jour du quatorze de cette lune, conformément aux prescriptions mosaïques. Jusqu’alors leur pratique avait régné dans le christianisme naissant, et le règlement, sanctionné par Pierre avec une souveraine prudence, fut observé de suite dans tout l’Occident. Il fut même accepté de bonne heure dans la plus grande partie des églises de l’Orient ; mais il rencontra de vives résistances en quelques autres, au sein desquelles un reste d’esprit judaïque vivait encore. »

« sainte Cécile et la société Romaine ». Tome II. Page 22 à 25

« La foi chrétienne est désormais établie sur le fondement des miracles. Les apôtres reçoivent la mission d’enseigner toutes les nations : que va devenir le judaïsme ? Après avoir recruté d’une faible partie de ses membres la nouvelle société, il s’irrite de voir les gentils admis à l’alliance de Dieu. Par son dépit inhumain contre le christianisme, il renouvelle la jalousie de Jonas contre Ninive pénitente. Il fallait que ce trait tînt bien fortement à cœur aux premiers chrétiens pour qu’ils l’aient reproduit si souvent, non seulement sur leurs fresques murales, mais jusque sur les bas-reliefs de leurs sarcophages. La fureur des juifs contre la loi nouvelle, le bonheur, chez les gentils convertis, de se sentir héritiers des promesses, et d’avoir éprouvé les miséricordes de Dieu, nous donnent la raison de cette insistance. Le livre sacré nous apprend que Jonas, après avoir dénoncé aux Ninivites l’arrêt divin qui condamnait leur ville à une destruction violente dans le terme de quarante jours, s’irrita de voir Dieu pardonner à cette ville infortunée, qui l’avait désarmé par la prière et par l’expiation. Dans son dépit d’avoir proféré une menace que la bonté divine avait daigné retirer, il alla se placer sur une montagne située à l’orient de Ninive, et de là il considérait avec indignation la ville qui venait de faire l’épreuve de la miséricorde céleste. Le soleil était ardent au ciel, et dardait vivement ses rayons sur le prophète. Une des fresques du cimetière de Domitille nous le représente dans l’accablement physique et moral qu’il éprouvait. (Bosio, 243, V.)

Il se leva cependant, et chercha à se construire un abri en ce lieu où sa colère le retenait. Dieu, qui lui ménageait une leçon, fit croître à l’instant sur l’appentis une plante grimpante aux larges feuilles que l’ancienne Vulgate appelle cucurbita, ce qui a donné lieu aux premiers chrétiens d’en mêler les fruits au-dessus de la tête du prophète. Sous cet ombrage, Jonas put goûter le repos de ses membres, garanti qu’il était des ardeurs du soleil. Les fresques du même cimetière, avec leur allure classique, nous le représentent dans cette attitude. (Bosio, 225, III.)

Mais Dieu, qui voulait donner aux juifs une leçon d’humanité, envoya dès le matin un ver qui coupa la racine du bienfaisant arbrisseau ; les feuilles séchèrent tout à coup et tombèrent, et les premiers feux du soleil dont l’ardeur montait toujours vinrent donner d’aplomb sur la tête de Jonas. Le courage l’abandonna, et, dans sa déception, il en vint jusqu’à souhaiter la mort. Le peintre chrétien du deuxième siècle l’a représenté dans cette situation. (Bosio, 226, III.)

Dieu se fit entendre alors à son prophète infidèle :
« As-tu raison de t’irriter contre cet arbrisseau qui te refuse service ?
– Oui, répondit le prophète ; je suis irrité à en mourir. »
Et le Seigneur lui dit : « Tu te fâches au sujet d’une plante que tu n’as pas fait pousser. Née dans la nuit, elle a disparu dans une nuit, et moi je n’aurais pas le droit de pardonner à Ninive, cette immense cité, où plus de cent vingt mille hommes ne savent pas discerner leur main droite de leur main gauche ? » (Jonas, IV.)

Saint Augustin explique ce type de Jonas si populaire dans les premiers siècles, et si inintelligible pour les chrétiens qui ne lisent plus la Bible. « Jonas, dit-il, figurait le peuple charnel d’Israël. Ce peuple était triste du salut des Ninivites, c’est-à-dire de la rédemption et de la délivrance des gentils. Pourtant, le Christ est venu appeler, non les justes, mais les pécheurs à la pénitence. Cette ombre de la cucurbite, qui s’étendait sur la tête du prophète, signifiait les promesses du Vieux Testament qui ne garantissaient, pour récompense, que l’exemption des maux temporels, et dont les bienfaits, dans la terre de promission, n’étaient qu’une ombre des récompenses futures. Ce ver qui, dès le matin, vient ronger la racine de la cucurbite, est le Christ qui, par sa parole, par la prédication de l’Evangile, a desséché ce feuillage temporel, à l’ombre duquel l’Israélite avait cru trouver un repos sans fin. Maintenant ce peuple expulsé de Jérusalem, privé de sa royauté, de son sacerdoce, de son sacrifice, toutes choses qui n’étaient que l’ombre des biens futurs, est esclave et dispersé ; il est brûlé, comme Jonas, des ardeurs de la tribulation. » (Epist. ad Deogratias.) »

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2016/02/07/l-abolition-de-la-loi-judaique/

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4 commentaires pour L’abolition de la loi judaïque

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  2. louischiren dit :

    « J’en conviens, leur dit-il, des branches sont tombées à terre ; mais toi, olivier sauvage, tu as eu la faveur d’être enté sur celles qui étaient demeurées ; c’est ainsi que tu as été rendu participant du tronc et de la sève de l’olivier franc. Tu n’as donc pas le droit de te glorifier aux dépens des rameaux. Songe que ce n’est pas toi qui portes le tronc, mais que c’est le tronc qui te porte. Diras-tu : Ces branches ont été rompues afin que je fusse enté à leur place ? Oui, leur incrédulité les a brisées ; c’est à toi maintenant de demeurer ferme par la foi. Garde-toi donc de t’élever, mais tiens-toi dans la crainte ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, sois assuré qu’il ne t’épargnerait pas non plus. »

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  3. MA Guillermont dit :

    Les Juifs devaient accomplir les oeuvres de la loi .
    Ils avaient toutes sortes de pratiques à observer , mais ces oeuvres ne peuvent pas nous sauver .
    La Bible nous dit que nous ne pouvons être sauvés ni par la loi , ni par les oeuvres .
    Ce qu’il faut à chacun , c’est la foi , il faut la foi pour parvenir au salut , la foi c’est croire en Celui qui s’est donné pour le salut de l’humanité .
    Nous ne pouvons nous justifier par nous-mêmes …
    Par sa Passion et par la Croix Jésus s’est offert en oblation au Père pour notre salut .
    Il est le Seul qui puisse enlever nos péchés .
    En le reconnaissant comme notre Rédempteur , nous devons suivre son exemple , observez les commandements , et faire de bonnes oeuvres .
    Jésus-Christ , Fils de Dieu est venu montrer à tous Juifs et non-juifs le chemin du Ciel .

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  4. yvesdegrelle dit :

    Jesus a aboli le judaisme et son message est clair :tout les peuples sont egaux et il n’y a plus de peuple superieurs ou de peuple elu !
    grace a Jesus ,l’humanité entiere du wiking de suede au noir d’afrique en passant par l’asiatique et l’ameridien ,tout les peuples sont egaux

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