Saint Thomas d’Aquin. Je crois en un seul Dieu

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Saint Thomas d’Aquin, religieux de l’ordre dominicain, est né en 1225 et décédé, dans sa quarante-neuvième année, en l’an 1274. Il est considéré comme l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique. Il a été canonisé le 18 juillet 1323 avant d’être proclamé docteur de l’Église par Pie V, en 1567, puis, patron des universités, écoles et académies catholiques par Léon XIII, en 1880.

Nous nous intéresserons, dans cet article, aux plus belles pages de saint Thomas d’Aquin grâce à l’ouvrage du même nom publié en 1929 par Antonin-Dalmace Sertillanges et Auguste-Bernard Boulanger.

Cet ouvrage de moyenne envergure est un outil indispensable aux chrétiens du XXIe siècle parce qu’il s’agit d’un précis théologique qui établit, par la raison et la foi, la preuve de l’existence de Dieu. Les négationnistes de ce siècle, c’est-à-dire les athées, gnostiques et autres révoltés, excités par la civilisation anti-christique, sont en train de transformer notre civilisation en un gigantesque champ de bataille soumis à la folie humaine. L’humanité retourne à la barbarie primitive sous couvert de « modernisme ». Ceux qui nient ouvertement l’existence de Dieu sont de plus en plus nombreux et de moins en moins tolérants. Par conséquent, la violence satanique est en train de couver, comme la lave d’un volcan sous-marin, sous le sol de notre civilisation. Elle finira, d’ici peu, par faire exploser les fondements de notre civilisation chrétienne. Il n’y a qu’un seul remède pour étouffer Satan. Il faut enseigner la vérité et cette Vérité est celle de l’existence de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ.

Surtout, ce n’est pas parce que la masse contemporaine méconnaît Dieu qu’elle a raison. Si nous jetions une personne saine d’esprit dans un asile de fous, nous ne saurions proclamer que celle-ci a perdu l’esprit. Ainsi, les plus grands penseurs des siècles passés ne sauraient être ridiculisés par un grand nombre d’individus incapables de raisonner correctement. La civilisation moderne vit dans l’erreur et cela engendrera prochainement des catastrophes incommensurables. L’athéisme et les hérésies sont voués à périr lorsque la méchanceté humaine aura déclenché de terribles guerres. Les hommes lèveront de nouveau la tête vers Dieu lorsqu’ils auront baigné dans le sang de leur propre fureur. Le XXIe siècle est celui de l’hérésie, et, en cela, en toute logique élémentaire, l’humanité le payera très cher, même si celle-ci refuse de voir la réalité en face.

Sans plus attendre, je vous invite à redécouvrir le grand saint Thomas d’Aquin. Les extraits ci-dessous sont tirés de l’ouvrage « les plus belles pages de Saint Thomas d’Aquin ». Vous noterez que les commentaires personnels, afin d’éclairer le sens de certaines phrases ou d’en élargir la portée, sont placés entre [crochets et en italiques].

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Table des matières

Je crois en un seul Dieu
Dieu est-il doué de connaissance ? Se connaît-il lui-même ?
Comment Dieu connaît l’avenir
La Providence
L’Amour en Dieu
Comment Dieu est la fin de toute créature intelligente
De la considération des créatures
Nécessité d’un enseignement qui dépasse la raison
De l’Islam
De la révélation des vérités rationnelles relatives à Dieu
Le miracle
Le Christ : l’incarnation était-elle nécessaire au salut du genre humain ?
Pour continuer la lecture de l’œuvre du grand saint Thomas d’Aquin

Je crois en un seul Dieu

Il faut croire que Dieu est ; il faut croire en outre qu’il est unique, et l’on en peut donner trois preuves. Tout d’abord, en partant de sa simplicité. En effet, il est manifeste que ce qui caractérise un être singulier pris comme tel, n’est en aucune façon communicable à plusieurs. Par exemple, ce qui fait que Socrate est homme peut se communiquer à beaucoup d’autres êtres ; mais ce qui fait qu’il est tel homme n’appartient qu’à lui seul. Si donc Socrate était homme en raison de cela même qui fait de lui tel homme, il s’ensuivrait qu’il ne pourrait pas plus y avoir plusieurs hommes qu’il n’y a plusieurs Socrates. Or, c’est ce qui arrive pour Dieu ; car Dieu est identique à sa propre nature, Dieu même est sa nature, ainsi qu’on l’a fait voir, et c’est donc la même chose qui le fait être Dieu et ce dieu-là. Il ne saurait donc y avoir plusieurs dieux.

La seconde preuve se tire de l’infinie perfection de Dieu. On a montré plus haut que Dieu contient en soi toute perfection de l’être. Or, s’il y avait plusieurs dieux, il faudrait bien qu’ils fussent différents en quelque chose : donc, quelque chose conviendrait à l’un qui ne conviendrait pas à l’autre, et s’il en était ainsi, une certaine perfection d’être manquerait à tel d’entre eux, et celui qu’affecterait cette privation ne serait pas absolument parfait. Il est donc impossible qu’il y ait plusieurs dieux. Et c’est pourquoi les philosophes anciens eux-mêmes, comme contraints, par la vérité, en même temps qu’ils reconnaissaient un premier Principe infini, ont proclamé son unité.

La troisième preuve part de l’unité organique du monde. Tout ce qui est se fait voir obéissant à un ordre, telles créatures servant à telles autres. Or, des choses diverses ne concourraient pas à un ordre unique, si elles n’étaient réunies par quelque chose d’un. En effet, l’unité de l’ordre se réalise mieux par l’un que par le multiple ; car c’est l’un, qui, de soi, est la cause de l’un ; le multiple n’est cause de l’un qu’accidentellement, selon que lui-même est un d’une certaine manière. Comme donc ce qui est premier est absolument parfait, et parfait par lui-même, non par accident, il est nécessaire que ce qui réduit toutes choses à l’unité de l’ordre soit un seulement, et c’est là ce que nous appelons Dieu. (Somme Théologique, Ia, Q. xi, art. 3.)

Dieu est-il doué de connaissance ? Se connaît-il lui-même ?

Dire de quelqu’un qu’il se connaît lui-même, c’est affirmer l’unité, en lui, du sujet qui connaît et de l’objet qui est connu. Peut-on le dire de Dieu, nous ne le saurons qu’après avoir étudié et la nature du sujet et celle de l’objet.

La première perfection dont une chose soit susceptible est celle que lui donne sa nature et qui la fait ce qu’elle est. Mais parce que les natures sont différentes, il manque à chacune d’elles, pour qu’elle réalise la perfection absolue, tout ce que possèdent les autres. Si bien que tel caractère, qui est perfection dans une nature prise isolément, devient une infériorité si on le compare à l’ensemble, qui est fait, lui, de l’union et de l’harmonie de toutes les perfections particulières.

Mais la nature n’a pas voulu que cette lacune fût sans remède, et elle a établi que certains êtres puissent s’enrichir même des perfections que leurs voisins possèdent en propre. Cette faculté n’est autre que le pouvoir de connaître. Qu’est ce que connaître, en effet, sinon avoir en soi, d’une certaine manière, l’être que l’on connaît ? Aussi Aristote déclare-t-il que l’âme est pour ainsi dire toutes choses, parce qu’elle est capable de tout connaître. De ce fait, un seul être suffit à contenir en soi toute la perfection du monde, et l’on comprend que les anciens philosophes aient considéré cette sorte d’inscription du monde en elle comme la souveraine perfection de l’âme. Cette même perfection se retrouve pour nous, chrétiens, dans la vision de l’essence divine ; car ainsi que le dit saint Grégoire : « Que ne verront-ils pas, ceux qui voient Celui qui voit tout ? »

Cependant, les perfections d’une chose ne peuvent devenir la propriété d’une autre en conservant l’être déterminé qu’elles possèdent dans cette chose. Si donc on envisage la chose sous ce rapport, en tant que connaissable, on doit la considérer comme dépouillée de ce qui la fixe ainsi dans son propre cas. Comme, par ailleurs, cette détermination propre et incommunicable est le résultat de la matière, qui concrète et singularise les formes abstraites et universelles qui la viennent perfectionner, il s’ensuit qu’une chose est connaissable dans la mesure où elle est dégagée de la matière. Il s’ensuit, en outre, que le sujet qui va recevoir en soi cette perfection étrangère doit être de son côté pareillement immatériel. Matériel, en effet, il ne pourrait accueillir la perfection nouvelle qu’en lui imposant cette détermination que donne la matière [un être soumis à la matière est limité par sa capacité spirituelle, par exemple, une pierre ou une plante ne peuvent pas réfléchir] ; il ne la recevrait donc pas suivant qu’elle est connaissable, c’est-à-dire suivant l’aptitude qu’elle possède de devenir la perfection du sujet tout en restant celle de l’objet.

Ils étaient donc dans l’erreur, ces anciens pour qui le semblable seul pouvait connaître le semblable. D’après eux, si l’âme est capable de tout connaître, c’est qu’elle est un composé de tous les éléments : de ce qu’elle est terre, elle peut connaître la terre ; de ce qu’elle est eau, elle peut connaître l’eau, etc. Ils avaient le tort de croire que les perfections que nous connaissons doivent garder dans notre intelligence le mode propre qu’elles ont dans l’objet qu’elles affectent. Les formes, dit au contraire Aristote, ne peuvent être reçues de la même façon dans la matière première et dans l’intellect, puisqu’il est indispensable que, dans celui-ci, elles soient immatérielles. C’est d’ailleurs un fait d’expérience que les êtres sont doués de connaissance pour autant qu’ils sont dégagés de la matière : les plantes et les êtres inférieurs n’en possèdent aucune sorte, parce qu’ils sont inaptes à toute perception immatérielle ; les sens des animaux reçoivent des images déjà abstraites ; mais soumis qu’ils sont encore aux conditions organiques, leur connaissance reste imparfaite. Seule l’intelligence reçoit des représentations complètement dématérialisées et les connaît sans aucune activité organique : aussi est-elle au sommet des puissances de connaître.

Or, cette hiérarchie des sujets, nous la retrouvons dans les objets. Les réalités matérielles ne sont intelligibles qu’en puissance, et pour qu’elles le deviennent en fait, notre intervention est nécessaire. De même que les couleurs ne sont visibles qu’éclairées par le soleil, ainsi les réalités matérielles doivent-elles subir l’action de l’intellect agent qui les illumine et les spiritualise. Celles au contraire qui sont pures de toute matière sont, par elles-mêmes, intelligibles, et il s’ensuit qu’elles sont par nature plus connaissables, bien que plus mystérieuses pour nous.

Pour ce qui est de Dieu, sa nature, dégagée de toute potentialité, réalise le cas extrême de l’immatériel ; elle est, de ce fait, tout à la fois, éminemment cognitive et éminemment connaissable. Et c’est à sa nature même, dans son être réel, qu’appartient ce caractère d’être connaissable. De sorte que, comme c’est aussi en raison de cette nature-là que Dieu est Dieu, il se trouve qu’il connaît selon que sa nature est aussi souverainement cognitive. Ce qui fait dire à Avicenne : « il se connaît, il se saisit lui-même, parce que sa nature, dégagée de toute matière, est cette chose même qui est Lui. »

(De la Vérité, Quest. II, art. 2)

Comment Dieu connaît l’avenir

Sur cette question, diverses furent les erreurs des philosophes. Certains, se bornant à juger de la science divine d’après la nôtre, ont prétendu que Dieu, tout comme nous, ignorait les futurs contingents [la contingence correspond à ce qui doit arriver mais qui n’arrivera pas nécessairement]. Mais alors, comment gouvernerait-il, sans les connaître, les affaires humaines qui, toutes, sont contingentes ? D’autres ont concédé à Dieu une science universelle ; mais, pour lui éviter le risque d’être pris en défaut, ils ont ajouté que rien n’arrive dans le monde qui ne soit nécessaire : opinion aussi inadmissible que la première, parce qu’elle ruine le libre arbitre, rend inutiles toutes nos délibérations, et entraîne logiquement après elle l’injustice des châtiments aussi bien que des récompenses [affirmer que ce qui se produit dans le monde est la volonté de Dieu entraîne une fatalité fallacieuse qui ôte toute liberté à l’homme. Par exemple, la voyance est fataliste par essence].

La vérité nous oblige donc à maintenir ces deux propositions : Dieu connaît les futurs, et néanmoins certains futurs sont purement contingents [certains futurs ne se produisent pas nécessairement].

Pour comprendre cette doctrine, remarquons d’abord que, de nos moyens de connaissances, les uns, comme les sens, la science proprement dite, l’intelligence des premiers principes [l’intelligence des premiers principes est le fruit direct du pur regard de l’intelligence sur son objet propre], ne supportent pas l’erreur, tandis que d’autres, par exemple l’imagination, l’estimation, etc., peuvent être atteints par elle [l’imagination, par exemple, se limite à une perception sensorielle, et, par conséquent, peut déformer la réalité de la perception]. Et comme l’erreur est la dissemblance entre la réalité et ce que nous appréhendons, une faculté n’est pas susceptible de se tromper, dont l’appréhension est toujours conforme à l’objet où elle la puise [ce sont les lois du réel lui-même que l’intelligence perçoit dans l’idée puisée au réel].

Que l’objet soit nécessaire, et rien, avant qu’il ne soit réalisé, n’est capable de l’arrêter dans sa marche vers l’existence, puisqu’il dépend de causes immuablement ordonnées à sa production. Il suffira donc pour le connaître avec certitude, même lorsqu’il n’est que futur, que se portent sur ses causes ceux de nos moyens de connaissance qui sont rebelles à l’erreur : ainsi, par la science, sommes-nous assurés que telle éclipse aura lieu, ou que demain le soleil se lèvera [tout comme nous pouvons être persuadés qu’une entreprise subira de lourdes pertes si elle s’entête à fabriquer de mauvais produits].

Mais il n’en est plus de même lorsque l’objet est contingent. Parce que les causes dont il dépend peuvent, sur leur chemin, se heurter à un obstacle, aussi longtemps qu’il n’est pas, il risque de ne pas être, et c’est seulement une fois au jour, que rien ne peut empêcher qu’il soit [par exemple, un accident de voiture peut ne pas se produire si la cause qui aurait dû être à l’origine de l’accident n’existe plus]. Il peut alors, mais non auparavant, être l’objet d’une connaissance infaillible, comme lorsque nos yeux constatent que Socrate est assis au moment où, de fait, il est assis. D’où il suit que, à Dieu qui ne se trompe ni ne se peut tromper, est refusée la science des futurs contingents considérés comme futurs.

Mais quand donc une chose est-elle connue comme future, sinon lorsque le moment où on la connaît et celui où elle est réalisée sont entre eux comme passé et futur ? Or, semblable rapport est inconcevable quand c’est Dieu qui connaît, puisqu’il est présent à tout et que tout lui est présent. Supposons que, durant une demi-heure, je regarde une foule qui suit le même chemin ; chacun des instants marquera le passage devant moi de certains individus, de telle sorte que, le défilé achevé, tous m’auront été présents, mais non tous à la fois, parce que ma vision aura été successive et non pas simultanée. Mais que j’aie pu, d’un seul regard, embrasser la foule entière, – comme du haut d’une tour ou d’une montagne –, alors j’aurai vu tous les individus en même temps, malgré que soit resté successif leur passage. Ainsi voit Dieu. Mesurée par l’éternité, sa connaissance est toute réalisée à la fois, et embrasse néanmoins l’entière succession des temps, sans en laisser échapper la plus petite parcelle. Les événements qui se déroulent, ce n’est pas comme futurs que Dieu les voit, mais comme présents ; futurs par rapport à ceux à qui ils succèdent, ils sont présents pour la vision divine qui est comme Dieu – avec qui elle se confond – absolument étrangère aux limites du temps. Nous, au contraire, de qui la connaissance est temporelle, nous connaissons le futur dans sa condition de futur. Car ceux-là voient tout autrement les passants, dont l’un, étant à leur niveau, ne peut atteindre que ceux qui défilent devant lui, tandis que l’autre, en dehors et au-dessus d’eux, les embrasse tous d’un seul regard.

Cependant, nous avons dit que notre connaissance est infaillible que l’objet connu nous est présent, et que cette infaillibilité, si ledit objet est contingent, ne lui impose pas la moindre nécessité. Il en est de même dans le cas de Dieu. Infailliblement, Dieu voit tout le contingent, puisque le moment de la réalisation, qu’il nous soit à nous passé, présent ou futur, est présent à ses yeux, et la vision qu’Il en a, pas plus que la nôtre, ne modifie la contingence. Toute la difficulté, pour nous, vient de ce que nous sommes incapables d’exprimer la connaissance de Dieu autrement que la nôtre, et qu’ainsi nous y marquons des différences temporelles. Si nous la décrivions telle qu’elle est, nous ne dirions plus que Dieu connaît ce qui sera, mais qu’Il connaît ce qui est, puisque à son regard, il n’y a point de futur, mais seulement le présent éternel.

(De la Vérité, Quest. II, art. 12.)

La Providence

La question de la Providence a passionné presque tous les philosophes. Il importe donc d’examiner leurs opinions, afin qu’évitant les erreurs dans lesquelles ils sont tombés, nous suivions fidèlement le chemin de la vérité. Certains n’ont traité de la Providence que pour la nier absolument. Le hasard seul, d’après eux, dirige le monde [c’est le cas des matérialistes contemporains qui nient Dieu dans un entêtement qui confine à l’acharnement déraisonnable]. Ainsi pensaient, avec Démocrite, tous ces anciens philosophes de la nature, qui allaient jusqu’à rejeter les causes efficientes [les causes créatrices], pour n’admettre que les causes matérielles [tout comme au XXIe siècle, finalement]. Cette opinion a été réfutée assez victorieusement pour qu’il soit inutile de s’y arrêter.

D’autres, moins exclusifs, ne concèdent pourtant à la Providence qu’un champ d’action très limité. Il en est qui ne lui donnent à régir que les espèces des êtres et les individus soumis à la nécessité. D’autres acceptent d’étendre son influence, parmi les êtres singuliers [être n’appartenant à aucun autre en dehors de lui-même] et contingents, jusqu’aux personnes humaines et à leurs actes, mêmes particuliers.

Les premiers, persuadés que rien de défectible ne peut être régi par la Providence, lui soustraient tout ce qui est sujet à la génération et à la corruption et qui, de fait, s’écarte fréquemment de sa voie.

Est-ce l’opinion d’Aristote, on ne le peut conclure expressément de ses paroles ; mais cette opinion, son commentateur arabe l’a formellement enseignée. D’après Averroès, il ne convient pas que la bonté divine ait soin des êtres singuliers autrement que par rapport à leurs genres et à leurs espèces. Telle ou telle araignée ne saurait intéresser Dieu, mais seulement que l’araignée en général sache faire sa toile. Il est facile de voir qu’une telle opinion soustrait à Dieu tout jugement sur les actes humains.

Aussi, frappé sans doute de cette conséquence, Rabbi Moïse étend-il l’action providentielle jusqu’à chacun de nos actes, tout en maintenant le même principe. Une personne humaine, pour lui, n’est pas seulement individu ; par sa nature intellectuelle, elle a valeur d’espèce, ayant, de ce fait, la capacité de recevoir en soi une forme spécifique comme telle. L’intelligence, en effet, revêt l’objet qu’elle saisit d’une universalité qu’il ne possède point en dehors d’elle. Le cheval, comme espèce, est dans l’esprit et n’est que dans l’esprit.

Ainsi, puisque, d’après le Commentateur, les espèces méritent à cause de leur incorruptibilité les attentions de la Providence, les individus humains doivent en avoir leur part, vu que, par le meilleur d’eux-mêmes, leur intelligence, ils rejoignent ces substances incorruptibles qui, même individuellement, sont objet direct du gouvernement divin.

Cette concession ne suffit pas ; ce sont tous les êtres singuliers qui relèvent de la Providence. Dieu, en effet, ne doit-il pas connaître les individus aussi parfaitement que les espèces [Dieu connaît personnellement chaque minéral, végétal, insecte, animal et être humain], Lui, cause de chaque chose et de tout ce qui est en elle. Comme cause, il revient manifestement à sa bonté souveraine d’ordonner chacun des êtres à une fin qui corresponde à la nature dont il l’a doté. Du reste, nous avons du Christ l’assurance que nul passereau ne tombe à terre sans la permission du Père Céleste. (Matthieu, x, 29.)

***

Mais de ce que nous devons admettre que la Providence est universelle, n’allons pas conclure qu’elle a pour tout ce qui lui est soumis la même sollicitude. Une semblable créance a engendré trois erreurs. Persuadés que la Providence concerne le mal au même titre que le bien, et comprenant par ailleurs que le mal et le bien ne peuvent être le fruit d’une même cause, les Manichéens ont admis l’existence d’un double principe, un principe bon et un principe mauvais [à ce titre, la théosophie qui inspire les gnoses contemporaines s’inspire du dualisme Manichéen]. Contre eux, les saints et les philosophes ont solidement établi que le mal, qui, comme tel, n’est pas un être, ne peut se rattacher à une cause efficiente ni comme effet produit, ni comme but recherché.

Une autre erreur, découlant de la même source, est l’opinion de ceux qui mettent sur un pied d’égalité, au regard de la Providence, le nécessaire [ce qui se produit n’est pas toujours nécessaire comme l’a expliqué saint Thomas] et le contingent, de telle sorte qu’ils aboutissent à la négation de la contingence et du libre arbitre, au profit de la nécessité universelle [c’est le cas des philosophies contemporaines qui rejettent les enseignements du christianisme]. Enfin, si l’on croit à un traitement égal des êtres raisonnables et de ceux qui ne le sont pas, on est amené à conclure, avec certains hérétiques d’aujourd’hui, que le mal est chez les animaux un châtiment ou un moyen de mérite, et que leur mise à mort est un péché aussi grave que l’homicide [les lois qui sont en train de sortir protégeront davantage les animaux que les êtres humains, cf l’affaire du lion Cecil datant de 2015].

À l’encontre de toutes ces opinions, inconciliables avec la foi chrétienne, nous devons affirmer que tous les êtres sont soumis à la Providence, mais chacun à sa manière. Avant que n’entre en jeu l’action de la Providence, en effet, les créatures sont ordonnées déjà les unes aux autres en une hiérarchie fondée sur leur nature ; comme le rôle de la Providence n’est pas de bouleverser l’ordre, mais d’y appuyer son gouvernement, c’est donc suivant leurs propriétés naturelles que toutes choses seront dirigées et conduites à leur fin.

Or, suivant leurs propriétés, les créatures se divisent en deux groupes : en bas, celles qui, dépourvues de raison, n’ont d’autre principe d’action que leur nature [la faune et la flore] ; et plus haut, celles qui sont, en outre, douées d’une libre volonté [l’être humain et certains mammifères]. De plus, même les créatures de la première catégorie sont de perfection différente. Les plus dignes ne peuvent être entravées dans la poursuite de leur fin : ce sont les corps célestes, où rien n’arrive qui ne soit imputable à leur imperfection et que Dieu n’ait pas directement voulu. D’autres sont engendrables et corruptibles et, par conséquent, susceptibles de défaillir. Quoique assurément inférieures, ces dernières sont bonnes cependant ; et si, pour quelles fussent meilleures, Dieu les eût dotées, comme les astres, de l’indéfectibilité, il eût privé l’ensemble du monde de cette perfection que nous révèlent la diversité et l’harmonie [l’imperfection offre la diversité et l’harmonie, si le monde eût été parfait, celui-ci n’aurait eu aucune raison d’exister. Par conséquent, comme l’a dit, à juste titre, saint François de Sales, le monde se dirige vers la révélation de l’Amour].

Les défaillances des êtres défectibles, Dieu les a donc prévues. Mais loin de les rechercher pour elles-mêmes, il a eu soin d’ordonner au bien le mal dont elles sont cause [l’imperfection engendre le mal puisqu’elle est source d’erreur. Cela se révèle d’autant plus vrai au XXIe siècle pour notre civilisation nihiliste].

Ainsi, la corruption d’un être donne naissance à un autre ; le mal que subissent les animaux trouve sa compensation, non dans un bien moral, récompense d’un mérite dont ils sont incapables, mais dans le bien de la nature : la vie de l’araignée, par exemple, compense la mort de la mouche.

Quant aux créatures supérieures, elles sont, avons-nous dit, riches d’un principe d’action autre que la nature : la volonté libre, et une volonté d’autant plus dégagée de la nécessité qui enchaîne les causes naturelles, que sont plus proches de Dieu les créatures qui en sont douées. Par cette faculté, elles sont capables aussi bien de s’écarter de leur route [faire le mal correspond à s’écarter de la route qui conduit à l’Amour de Dieu] que de la suivre [faire le bien], et la Providence ne saurait, sans changer leur nature, leur imposer une marche inflexible. La volonté est donc, comme les créatures corruptibles, sujette aux défaillances ; mais tandis que les inférieures sont en cela victimes, la volonté est maîtresse, et il lui appartient entièrement de marcher droit ou de dévier. Au surplus, les écarts, pas plus que les autres, Dieu ne les veut pour eux-mêmes, mais il les a aussi prévus ; et, mieux que des autres encore, il sait en tirer parti [le mal absolu engendre, par un effet de cause à effet, la charité absolue, c’est-à-dire la perfection dégagée de la matière] ; car ce n’est pas à un bien naturel seulement qu’il les ordonne, mais à un bien moral, comme à l’accomplissement de la justice, à l’amélioration de ceux qui constatent ou subissent les effets du mal, au progrès en mérite et en gloire de ceux que persécutent les méchants, et de mille autres manières que ne peut embrasser notre raison impuissante.

En résumé, le bien et le mal sont, l’un et l’autre, sous l’empire de la Providence ; mais le bien est expressément et directement voulu, tandis que le mal est seulement prévu et utilisé [par conséquent, le mal qui se répand comme une peste au XXIe siècle annonce une ère de paix équivalente dans sa teneur]. De plus, ce bien que la Providence veut, arrivera nécessairement s’il est nécessaire, avec contingence s’il est contingent [Dieu fait ce qui lui plaît malgré le refus des hommes mauvais]. Enfin, parmi les effets contingents, s’il s’agit d’une action volontaire, elle s’épanouira en une récompense ou aboutira à un châtiment suivant qu’elle aura été bonne ou mauvaise ; et s’il s’agit d’une action purement naturelle, c’est dans un bien de nature qu’elle s’achèvera, soit le bien de l’individu qui, par elle, atteint sa fin, soit, si elle lui est préjudiciable, le bien de l’espèce ou celui d’une autre nature [ainsi, les méchants peuvent être détruits par la volonté de Dieu. Cette destruction pourrait impacter l’humanité dans son ensemble si Dieu estimait qu’elle était entièrement corrompue].

(Sentences, L. I Dist. 39. Q. II, art. 1.)

***

On objectera sans doute : si le rôle de la Providence est d’établir dans l’ordre des créatures, comment prétendre qu’elle gouverne cet univers où abonde les désordres de toutes sortes, où des étés sont trop pluvieux et des hivers trop secs, où les justes sont victimes de méchants qui sont, eux, au comble de la prospérité ? [le fait qu’une partie des mauvais soient au comble de la prospérité est devenu une réalité au XXIe siècle] – Voici la réponse. Rien dans le monde qui ne soit ordonné ; mais de quelle manière, cela nous échappe souvent, surtout dans la vie morale, surtout quant à la répartition des biens et des maux entre les justes et les pécheurs. Mais ce que nous ignorons, Dieu le connaît, comme le médecin sait la raison qui, au grand étonnement des ignorants, la détermine à soigner ce malade-ci par la chaleur et cet autre par le froid [nous devons accepter la volonté de Dieu car elle pourvoit à tout].

Pourtant, si nous y prenons garde, nous verrons que même l’apparence du désordre est exclue des fins propres aux actions humaines, de ces fins qui constituent pour l’homme son vrai bien ou son vrai mal. Si elle est bonne, toute action entraîne avec soi sa récompense : récompense humaine d’abord, à savoir la perfection de l’âme, par la vertu que produisent les actes, et plus tard récompense surhumaine, chacun de nos actes bons nous rapprochant d’un pas de la céleste béatitude [c’est pourquoi Jésus a dit que les justes verront Dieu]. Si l’action est mauvaise, ses conséquences ne sont pas moins rigoureuses, quoique en sens inverse [autrement dit, un homme mauvais se condamne lui-même à l’enfer].

Mais quand il s’agit des biens qui nous sont étrangers, ou de ceux que nous ne possédons pas en tant qu’hommes, les partageant avec les animaux (tels sont les biens du corps), il est vrai que les apparences permettent de croire au désordre. Cependant, là non plus, rien qui ne soit ordonné à notre bien humain : la grâce et la gloire, ou encore à la manifestation de la justice divine [celle qui doit se produire au XXIe siècle], la prospérité temporelle des impies devant, au dernier jour, rendre plus éclatante leur sentence [au Jugement dernier, les hommes qui auront été mauvais seront sanctionnés de manière équitable, il s’agit de la justice universelle, c’est-à-dire de la Justice Divine].

(Ibid. 5e réponse.)

L’Amour en Dieu

Tout être, à sa manière, veut et désire son propre bien, et la nature de l’amour porte celui qui aime à vouloir et à désirer le bien de ce qu’il aime. Il s’ensuit que l’être aimant est à l’être aimé ce qu’on est à l’égard de ce qui ne fait qu’un avec vous-même. Il semble donc que le propre de l’amour soit en ceci que l’affection de l’un tend vers l’autre comme lui étant d’une certaine manière identique. C’est ce qui fait dire à Denys que l’amour est une force unifiante. Mais alors, plus fort sera le lien qui fait ainsi l’unité, plus l’amour doit croître : aussi aimons-nous ceux qui sont nés du même sein ou qui mènent avec nous la vie commune, plus que nos simples frères en la race humaine. En outre, quand le lien qui établit l’unité est plus intime à l’être aimant, l’amour est plus ferme ; c’est ainsi qu’on voit bien des amours de passion être plus ardents qu’un amour de nature ou de choix ; mais ils sont moins durables. Or, ce qui unit tout à Dieu, c’est la divine bonté [c’est-à-dire la Charité], que toute chose imite, où toute chose trouve son exemplaire, et cette divine bonté est à la fois souverainement grande et souverainement intime, à l’égard du Dieu qui est sa bonté même. En Dieu donc il y a non seulement un amour vrai, mais un amour souverainement parfait et souverainement ferme.

Ajoutez qu’il appartient à l’amour de rapprocher ceux qui s’aiment, ainsi que Denys l’observe ; car lorsqu’une ressemblance ou une convenance mutuelle a amené l’union des cœurs, le désir naît d’une union plus parfaite, c’est-à-dire que ce qui est commencé par l’affection, on désire l’achever par une union effective. C’est pourquoi l’amitié se réjouit de la mutuelle présence, de l’union des vies et de l’échange des discours comme de prérogatives qui lui appartiennent. Or, Dieu n’attire-t-il pas ainsi à lui toutes choses ? Dans la mesure où il donne l’être, dans la mesure où il leur communique d’autres perfections, il se les unit autant qu’il est possible. C’est donc que Dieu aime et soi et tous les autres êtres.

(Contre les Gentils, I. ch. 91.)

Du reste, si Dieu n’aimait point, pourquoi aurait-il créé ? Dieu crée en vue de son propre bien ; mais non pas en ce sens qu’il veuille se procurer du bien, comme nous quand nous nous livrons à une heureuse activité à l’égard des êtres ; ce qu’il veut, c’est de faire largesse de son bien. Aussi, la libéralité est-elle pour lui une sorte de propriété exclusive, ainsi que le dit Avicenne ; car son action ne tend pas à acquérir pour soi, elle tend à répandre sa bonté, ce qui fait dire encore à saint Augustin que « Dieu se sert de nous en vue de sa bonté, qui se trouve elle-même dans notre utilité. »

(Sentences, L. I, Dist. 45, art. 2)

Comment Dieu est la fin de toute créature intelligente

Toutes les créatures, même celles qui ne sont pas douées d’intelligence, ont Dieu pour fin dernière et tendent vers Lui dans la mesure où, par leur perfection, elles participent à sa ressemblance. Mais les natures intellectuelles ont un moyen tout spécial de l’atteindre, grâce à l’opération qui les caractérise : la connaissance. C’est donc à connaître Dieu que doit aboutir l’intellection, et, avec elle, la créature qui en est capable [nous sommes bien loin de la pensée fallacieuse du XXIe siècle qui stipule que l’homme a pour seul but le plaisir terrestre. Cela prouve, pour ceux qui sont encore capables de raisonner correctement, que le modernisme est une voie de perdition, heureusement, contrôlée par la Providence]. En effet, si Dieu est la fin universelle de toute créature, ainsi que nous l’avons fait voir, toute créature doit chercher à réaliser avec lui une union aussi intime que possible. Or, il est évident que l’union avec Dieu est plus intime, si l’on atteint d’une certaine manière à la réalité même de Dieu en concevant quelque chose touchant sa substance, que si l’on ne fait qu’accéder passivement à sa ressemblance. Et comme ce contact étroit, c’est la connaissance intellectuelle qui le réalise, il est nécessaire que les créatures intelligentes aspirent, comme à leur fin dernière, à la connaissance de Dieu. [par conséquent, chez toute créature intelligente, la foi s’atteint par une bonne compréhension, sans quoi, le risque est grand de tomber dans le piège des hérésies.]

En outre, c’est dans l’exercice de leur opération propre, qui est leur perfection dynamique, leur « perfection seconde », que tous les êtres trouvent leur fin ; aussi qualifie-t-on vertueux et bon tout ce qui, en eux, s’harmonise avec cette opération propre ; c’est donc la connaissance qui leur est fin. Et ce qu’il y a de plus parfait dans cette opération, c’est cela qui est la suprême fin, surtout lorsqu’il s’agit d’opérations qui, comme sentir et connaître, ne visent pas une réalisation extérieure, mais sont la perfection du sujet lui-même [chaque être humain est voué à la sainteté, s’il suit la voie du bien]. De plus, de telles opérations étant caractérisées par leurs objets, qui seuls nous les révèlent, elles seront d’autant plus parfaites que leur objet sera lui-même plus parfait ; si bien qu’atteindre au plus haut objet intelligible, qui est Dieu, c’est la plus parfaite des connaissances et, par conséquent, la fin dernière de toute nature intellectuelle [l’athéisme contemporain a renversé la situation en faisant croire que Dieu était mauvais. Ainsi, les athées se dirigent eux-mêmes vers leur propre perdition en choisissant de suivre la voie de Satan].

Oui, nous dira-t-on, la fin dernière d’une intelligence est de connaître son plus haut objet ; mais pourquoi n’importe quelle intelligence devrait-elle tendre à l’objet qui, de tous, est le plus haut ? Pourquoi la perfection des objets ne correspondrait-elle pas à celle des natures ? La plus parfaite intelligence aurait ainsi sa fin et sa béatitude dans la connaissance du plus parfait objet, de Dieu, tandis que suffiraient aux intelligences inférieures des objets de moindre rang, qui resteraient cependant les plus élevés de ceux qu’elles peuvent atteindre. Ces observations semblent particulièrement fondées quand il s’agit de l’intelligence humaine, si débile que [si faible et volage], devant le pur intelligible, elle est comme l’œil de la chouette en face du soleil [ainsi, l’homme mauvais est incapable de contempler la sainteté sans grimacer d’effroi et de colère parce qu’il est confronté à sa propre imperfection].

Malgré l’objection, notre conclusion reste ferme : toute intelligence, même la plus imparfaite, a Dieu pour fin dernière. Nous avons dit en effet que Dieu est la fin de toutes les créatures sans exception. D’autre part, l’intelligence humaine, au dernier rang, c’est vrai, de la hiérarchie spirituelle, n’en domine pas moins tout ce qui est incapable de connaître. Il est donc impossible que lui soit assignée une fin moins noble que celle que poursuivent les êtres qui lui sont inférieurs, et qu’elle soit écartée de ce Dieu vers qui tend la création entière. Mais ne venons-nous pas de démontrer que c’est en connaissant, que toute intelligence atteint sa fin dernière ? [une précision important. La gnose fait croire que la Connaissance correspond à un savoir inatteignable afin de tromper ceux qui cherchent à la suivre, contrairement au Christianisme qui offre gratuitement la Vérité.] Dès lors, comment ne serait-ce pas en Le connaissant, Lui, que l’âme devrait atteindre Dieu ?

En outre, ce que l’on désire en vue d’autre chose est, en définitive, ordonné à un objet que l’on désire pour lui-même : un vouloir qui se porterait sur des objets ordonnés les uns aux autres à l’infini serait un désir irréalisable, car l’infini ne saurait être traversé. Ainsi ne procède pas la nature. Or, toutes les sciences pratiques, tous les arts réalisateurs, toutes les puissances d’exécution, dont le but est de produire, ne sont voulues que pour l’œuvre, et non point pour elles-mêmes. Les sciences spéculatives, au contraire, sont recherchées pour elles-mêmes, parce que leur fin est non de produire, mais de connaître, la seule des actions humaines qui ne tend à aucune autre. Si bien que les jeux eux-mêmes, apparemment sans raison d’être, sont ordonnés cependant à la connaissance spéculative, par l’allègement qu’ils procurent à l’esprit et à l’aptitude plus grande qu’ils lui donnent pour l’étude… Toute pratique est donc ordonnée à la spéculation et, plus généralement, toute activité humaine est orientée vers la vie intellectuelle.

Mais dans la hiérarchie des connaissances humaines, il semble que celle-là doit avoir rapport à la fin dernière, qui commande à toutes les autres et les règle. Ainsi, c’est à la science nautique que l’art des constructions navales doit demander ses directives, parce que c’est à elle de régler l’usage du navire, qui est sa raison d’être. Tout pareillement, c’est la philosophie première, la métaphysique [ce texte a tout de même été rédigé au XIIIe siècle et l’on y parle déjà de métaphysique], qui domine les autres sciences spéculatives, puisque c’est elle qui leur fournit les principes qui les fondent, et à elle que se heurte quiconque nierait lesdits principes. Mais cette philosophie a pour fin dernière la connaissance de Dieu, d’où elle tire son nom de « science divine ». C’est donc à la connaissance de Dieu qu’aboutissent comme à leur fin toute science et toute activité.

En outre, dans une hiérarchie d’agents et de moteurs, la fin du premier agent et du premier moteur est nécessairement la fin dernière de tous les autres : ainsi le but que se propose le général est, en définitive, celui de quiconque lutte sous ses ordres. Or, dans la hiérarchie de nos facultés, le premier rang est à l’intelligence [on comprend, avec du recul, que la majorité vivante du XXIe siècle agit sans intelligence ni discernement, comme au temps des païens. Ceux qui sont à la tête de la civilisation du XXIe siècle contourneraient si possible les montagnes pour ne pas avoir à reconnaître qu’elles sont composées de roche. Tout comme ils rejettent Dieu et Son Fils pour ne pas avoir à reconnaître l’existence de Son Amour parfait.] ; c’est elle qui présente à la volonté l’objet qui la sollicite ; elle atteint ainsi, par le vouloir, toutes les sources d’activité que le vouloir commande : l’appétit sensitif avec toutes ses puissances, puis le corps et chacun de ses membres. De cette manière, l’intelligence aura dirigé vers sa fin propre toute l’activité humaine. Mais que recherche l’intelligence, sinon la vérité, et en dernière analyse, la vérité première ? [tout comme la non-intelligence recherche la négation de la vérité, c’est-à-dire le mensonge.] C’est donc à connaître la vérité première que tend l’homme tout entier, par chacune de ses actions, par chacun de ses désirs. Et la vérité première, c’est Dieu.

Enfin, nous sommes possédés du désir inné de connaître les causes de ce que nous voyons. Pour satisfaire ce désir, les hommes se sont mis à l’étude de la philosophie, retrouvant la paix de l’esprit à mesure que les pourquoi faisaient place à la connaissance des causes. Paix incomplète néanmoins, et qui n’arrête pas notre recherche, aussi longtemps que n’est pas atteinte la cause première du phénomène que nous admirons : alors mais alors seulement, nous jugeons notre science parfaite. Un mouvement naturel nous entraîne donc, comme vers notre fin, à la recherche de la cause première. Or, la cause qui est première, non dans un ordre ou dans un autre, mais absolument et au-dessus de tout ordre, c’est Dieu. Par conséquent, c’est dans la connaissance de Dieu que nous trouverons notre perfection et notre paix [en toute logique, c’est par la négation de Dieu que nous trouverons l’imperfection et la guerre].

C’est ce qui se trouve suggéré par ces paroles de l’Évangile : « Bienheureux les cœurs purs, parce qu’ils verront Dieu » ; et ailleurs : « La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu. » Aristote aussi rejoint cette doctrine, lui pour qui la plus haute félicité de l’homme c’est la contemplation de l’Objet souverain.

(Contre les Gentils, III, chap. 25.)

De la considération des créatures

La considération attentive des œuvres divines est un moyen nécessaire, pour établir dans notre âme la foi en Dieu qui les a créées. Elle nous révèle d’abord son infinie sagesse. De même que les œuvres humaines sont à l’image du génie d’où elles procèdent, de même, les créatures, filles de la Sagesse de Dieu, en gardent une certaine ressemblance et, à ceux qui les étudient, en fournissent une image où ils pourront la reconnaître. « Le Seigneur, dit l’Ecclésiastique, a répandu sa Sagesse sur tout ce qu’il a fait. » (I, ro.)

Et ce qu’on dit ainsi de la Sagesse est vrai aussi de la Puissance. L’ouvrier ne doit-il pas être supérieur aux œuvres de ses mains ? « Si les hommes admirent la puissance des agents de ce monde, qu’ils comprennent combien plus puissant est celui qui les a faits » (Sag. XIII, 4). « Les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres ». (Rom. I, 20). À coup sûr cette révélation ne sera point stérile, puisqu’elle engendrera dans nos cœurs le respect et la crainte de Dieu : « Vous êtes grand, o Jéhovah ! Votre nom est grand en puissance ! Qui ne vous craindrait, roi des nations ? » (Jérémie X, 6-7.)

Là pourtant ne s’arrêtera pas la connaissance du monde. Par elle nous comprendrons la bonté de Dieu et nous pourrons l’aimer. En effet, le bien et les perfections que nous voyons répandues et comme émiettées à travers le monde, toutes sont ramassées en Dieu comme dans leur source. Si donc la bonté des créatures, et leur beauté, et leur douceur ont pour nous de tels attraits, comment ne serions-nous pas enflammés d’amour lorsque de ces ruisselets nous remontons à la divine bonté d’où ils découlent ! Aussi David peut-il chanter : « Tu me réjouis, Jéhovah, par tes œuvres ; et je tressaille d’allégresse devant les ouvrages de tes mains. » (Psaume XCI, 5.)

En outre, la considération des créatures communique aux hommes une certaine ressemblance avec la perfection divine. N’avons-nous pas dit que Dieu, en se connaissant lui-même, connaît par là tout le reste ? Quand donc la foi chrétienne nous élève principalement à Dieu, puis, par la lumière de la révélation, nous renseigne sur les créatures, c’est bien une ressemblance de la divine Sagesse qui éclot ainsi dans l’homme. De là ces paroles de l’Apôtre : « Pour nous tous, à visage découvert, réfléchissant comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes comme transformés en la même image. » Il est donc manifeste que la connaissance des créatures a sa place dans l’édification de notre foi chrétienne : « Je me souviendrai de tes œuvres du Seigneur ; ce que j’ai vu, je le publierai. C’est à sa parole que ses œuvres ont vu le jour. » (Eccli.XV, 15.)

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Nécessaire pour établir la vérité chrétienne, la considération des créatures ne l’est pas moins pour éviter des erreurs ; car, mal connaître le monde peut nous conduire à mal connaître Dieu [c’est le cas des masses athées du XXIe siècle qui se sont détournées de la véritable sagesse pour se concentrer sur leurs pulsions charnelles et les joies terrestres]. Certains, ignorant la vraie nature des choses et ne jugeant réel que ce qui est visible, en arrivent à cette perversion intellectuelle de décerner le titre de cause première et de divinité à des êtres qui doivent nécessairement dépendre d’un autre. C’est à eux que fait allusion ce verset de la Sagesse : « Ils ont regardé le feu, le vent, l’air mobile, le cercle des étoiles, l’eau impétueuse et les flambeaux du ciel comme des dieux qui gouvernent l’univers. » (XIII, 2.)

Par ignorance aussi, on prête aux créatures ce qui ne peut convenir qu’à Dieu. Par ignorance, dis-je ; car si l’on connaît un être, comment lui attribuer des propriétés qui ne lui conviennent pas ? Comment connaître l’homme et affirmer de lui qu’il a trois pieds ? C’est pourtant ce que font à l’égard des créatures ceux qui les disent capables de créer, de connaître l’avenir, de faire des miracles.

C’est encore pour ignorer la nature de ce monde, que certains limitent l’action que Dieu exerce sur lui. Ainsi font erreur les partisans d’un double principe créateur ; ainsi ceux qui attribuent la création non pas à la libre volonté de Dieu, mais à une nécessité qui lui serait essentielle ; ainsi enfin ceux qui, s’en prenant à la Providence, soustraient à son gouvernement une partie, ou même la totalité de l’univers, ou bien encore lui refusent la puissance d’agir en dehors du cours ordinaire de la nature. « Ils disaient à Dieu : Retire-toi de nous ; et ils s’imaginaient le Tout-Puissant comme incapable d’agir. » (Job, XXII, 17). « Mais vous, ô Dieu, vous déployez votre force quand on met en doute la souveraineté de votre puissance, et vous réprimez l’audace de ceux qui vous méconnaissent. » (Sag. XII, 17.)

L’ignorance, enfin, peut nous faire dévier de cette route qui, à la lumière de la foi, nous conduit vers notre fin dernière. À cause d’elle, nous risquons de méconnaître notre place dans le monde et de nous juger inférieurs à des créatures auxquelles, en réalité, nous devons commander. Se trompent ainsi ceux qui soumettent au cours des astres la volonté des hommes [l’astrologie, en ce sens, est un fléau pour la véritable foi puisqu’elle résume la capacité d’action de l’homme à la fatalité céleste], qui s’imaginent que nos âmes sont créées par les anges ou qu’elles sont corruptibles, et tous ceux qui rabaissent en quelque manière notre dignité humaine [le XXIe siècle s’acharne à réduire l’homme à un animal charnel et idiot].

Toutes ces réflexions condamnent avec évidence ces gens pour qui l’on peut se faire du monde une idée quelconque, pourvu que l’on pense correctement de Dieu. Non ; l’erreur sur les créatures se développe en une erreur sur Dieu, éloigne de Lui les esprits que la foi veut Lui conduire et les soumet à des puissances illégitimes [ceux qui dirigent la civilisation du XXIe siècle, sont en ce sens, totalement illégitimes puisqu’ils s’acharnent à corrompre l’humanité]. Aussi l’Écriture englobe-t-elle dans les mêmes sévérités et les infidèles qui nient Dieu, et ceux qui méconnaissent la création. « Les méchants, dit le Psalmiste, ne prennent pas garde aux œuvres de Jéhovah, à l’ouvrage de ses mains ; il les détruira et ne les relèvera point. » (Psaume XXVII, 5.)

(Contre les Gentils, II, ch. 2 et 3.)

Nécessité d’un enseignement qui dépasse la raison

En toute hiérarchie, l’inférieur tient sa perfection de deux influences, dont l’une émane de sa propre nature et l’autre dérive en lui de quelque chose de supérieur. Or, dans la création, les natures raisonnables sont seules à être avec Dieu en relations immédiates ; les autres n’atteignent la bonté divine et n’y participent que sous la forme de biens particuliers : simple existence pour les choses inanimées, rudiments de vie pour les plantes, et, chez les animaux, connaissance, mais d’ordre exclusivement sensible. L’homme, grâce à la connaissance intellectuelle, s’élève jusqu’à la conception universelle du bien et de l’être, et ainsi jusqu’au principe même de tout ce qui est. Les ressources de sa nature ne sauraient donc suffire à réaliser sa perfection totale ; il lui faudra en outre participer surnaturellement à la bonté et à la perfection de Dieu. C’est pourquoi notre béatitude complète est impossible sans une certaine vision surnaturelle de Dieu.

Or, pour parvenir à cette vision, il faut se mettre à l’école de Dieu. « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient vers moi, » a dit le Christ. (Jean XI, 45) Il faut se mettre à cette école divine selon que l’exige notre nature, c’est-à-dire suivant une instruction progressive et, comme Aristote le réclame du disciple, en commençant par croire. Celui qui veut jouir de la parfaite vision de Dieu, qui est la béatitude, doit donc d’abord croire à la parole de Dieu, comme un élève à la parole de son maître.

(Somme Théol. II-II, Q. II, art. 3.)

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De ce qu’il appartient à la sagesse divine, de gouverner les êtres suivant leur nature, certains concluent qu’elle ne devrait pas imposer à notre foi des vérités qui dépassent la raison [c’est le cas des matérialistes du XXIe siècle qui refusent de croire au-delà de l’étroite raison humaine]. Nous voudrions ici leur montrer comme un tel enseignement, nous est au contraire indispensable.

Nous ne pouvons vouloir et recherche que ce qui, déjà, nous est connu. Mais les biens que la divine Providence nous réserve dépassent à l’infini tout ce que peut atteindre notre humaine faiblesse. Alors, comment désirerons-nous ces biens et comment ferons-nous effort pour les acquérir, si notre âme n’est pas élevée au-dessus des connaissances rationnelles que ce monde lui offre ? C’est à la religion chrétienne, dépositaire des promesses spirituelles et éternelles, qu’incombe la mission de nous diriger vers elles [à noter que l’Église catholique du XXIe siècle se contente de déverser un savoir horizontal, c’est-à-dire politique, écologique, désacralisé et, finalement, strictement humain.]. Il n’est donc pas surprenant que sa doctrine, souvent dépasse notre raison, tandis que la Loi ancienne, riche surtout de promesses temporelles, nous est plus accessible. Les philosophes païens eux-mêmes conduisaient les hommes à une vie plus parfaite en leur apprenant qu’il y a des biens supérieurs aux voluptés des sens et plus capables de combler de joie ceux qui pratiquent la vertu.

Grâce à la foi, nous avons de Dieu une idée plus exacte. Parce que l’être divin surpasse toute connaissance naturelle, nous ne sommes dans le vrai à son sujet que si nous le considérons comme supérieur à tout ce que nous pouvons penser de lui. Or, c’est un moyen de nous conduire à cette haute idée que de nous enseigner sur lui des vérités que nous ne pouvons comprendre.

La foi a l’avantage aussi de mater cette présomption d’où viennent tant d’erreurs [l’orgueil entraîne l’être humain dans ses propres voies, c’est-à-dire dans la temporalité, le plaisir des sens et, finalement, l’hérésie homicide.]. D’aucuns ont en soi une telle confiance, qu’ils mesurent à leur intelligence la nature même de Dieu et jugent du vrai et du faux d’après ce qui leur en semble. Afin que l’esprit humain délivré de ce vice, s’applique à une recherche modeste de la vérité, il était nécessaire que lui fût proposé par Dieu un enseignement qui le dépassât tout à fait.

Aristote, enfin, nous donne à entendre un autre bienfait de la foi. Simonide, cherchait à détourner quelqu’un de la connaissance de Dieu au profit des choses de ce monde : un homme, disait-il, doit se donner à ce qui est humain, un mortel à ce qui est mortel. Mais le Philosophe de lui répondre : Au contraire, l’homme doit monter aussi haut que possible vers les réalités immortelles et divines ; le peu que nous réussissons à en connaître est digne de plus d’amour et plus d’efforts que toute notre science du monde inférieur. Et, dans un autre ouvrage, il donne comme preuve de son dire la joie que nous éprouvons de la moindre réponse aux problèmes de l’astronomie.

Toutes ces considérations nous amènent à conclure que c’est à la connaissance des plus nobles réalités que notre âme devra sa plus grande perfection, et que, même si notre raison ne peut saisir pleinement des vérités qui la dépassent, la révélation qui lui en est faite et qu’elle accueille par la foi ne lui en sera pas moins très profitable.

(Contre les Gentils, I, ch. 5.)

***

Observons d’ailleurs soigneusement ceci. Bien que les vérités surnaturelles dépassent notre raison, ce n’est pourtant à la légère que nous leur accordons notre foi, comme s’il ne s’agissait que de « fables ingénieusement imaginées ». (II Petr. I, 16.)

La Sagesse, à qui rien n’échappe de tous ces mystères, a pris soin, en nous les révélant, de nous prouver, par des signes appropriés, et l’origine divine, et la véracité de l’enseignement qui nous était donné. Ses affirmations surnaturelles, elle les a confirmées par des œuvres surnaturelles : des malades miraculeusement guéris, des morts ressuscités, le cours des astres modifiés, et surtout des intelligences simples et ignorantes pénétrées du Saint-Esprit et emportées en un instant jusqu’aux plus hautes cimes de la sagesse et de l’éloquence. Subjugués par la puissance démonstrative de ces prodiges et non point par la violence des armes ou l’attrait des plaisirs, savants et ignorants, au mépris des plus cruelles persécutions, sont accourus en foule à la foi chrétienne, à cette foi qui enseigne des vérités inaccessibles et qui oblige à réprimer les passions, à mépriser tout ce que le monde estime [à ce propos, la société de consommation est la perversion de l’esprit chrétien puisque les marchandises sont mises en valeur au détriment de toute spiritualité authentique]. Que de simples mortels parviennent à ces hauteurs ; que, dédaigneux de tout ce qu’ils voient, ils n’aient plus de désirs pour ce qui leur est caché, c’est le plus grand des miracles et la plus indiscutable des œuvres de Dieu. D’autant plus que cette transformation n’a pas été accomplie inopinément et par hasard : depuis longtemps, Dieu l’avait prédite par des prophètes nombreux dont nous vénérons les écrits comme les témoins de notre foi. « Comment, dit saint Paul aux Hébreux, comment échapper aux châtiments si nous négligeons un si grand salut qui, annoncé d’abord par le Seigneur, nous a été fidèlement transmis par tous ceux qui l’ont entendu de lui, Dieu confirmant leur témoignage par des signes, des prodiges, et toutes sortes de miracles, ainsi que par les dons du Saint-Esprit répartis selon sa volonté. » (Hébreux, II, 3-4.)

De nos jours, les miracles ne sont plus nécessaires [c’était vrai au XIIIe siècle puisque la foi était bien ancrée dans les cœurs mais ça ne l’est plus aujourd’hui] ; ceux d’autrefois n’ont pas cessé de nous être présents par les résultats qu’ils ont produits, tout spécialement par cette conversion du monde qu’eux seuls peuvent expliquer et qui est de leur réalité la preuve la plus certaine. En effet, que des simples et des ignorants soient parvenus, sans aucun prodige, à entraîner le monde dans une foi aussi ardue [saint Thomas parle des Apôtres, bien évidemment], dans des œuvres aussi difficiles, vers des espérances aussi lointaines, un tel succès serait le plus grand ses prodiges. Néanmoins, même aujourd’hui, pour que notre foi ne faiblisse point, Dieu continue d’accomplir des miracles par l’intermédiaire des Saints.

De l’Islam

Tout opposée fut la voie que suivirent les messagers de l’erreur, Mahomet par exemple. Il a alléché les peuples par l’appât des plus grossiers plaisirs ; les commandements qu’il leur a donnés sont faciles à suivre, puisque, d’accord avec son idéal, il lâche les rênes à la concupiscence ; la vérité qu’il a enseignée est si commune que les plus médiocres esprits sont capables de la comprendre – et encore est-elle noyée dans des erreurs et des fables. Aucun de ces miracles qui prouvent l’invisible inspiration d’un Docteur de la vérité ; il prétend, lui, appuyer sa mission sur la force des armes, c’est-à-dire sur des arguments dignes des tyrans et même des brigands. Ses premiers disciples, que furent-ils ? Des Sages ? Non ; mais des hommes brutaux, étrangers à toute connaissance religieuse, et qui n’ont établi sa loi que par leur multitude [c’est le cas également des innombrables hérétiques du XXIe siècle, athées, francs-maçons, païens, etc…] et leur violence. Nul prophète n’a jamais parlé en faveur de Mahomet : les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, il les dénature par des racontars et des légendes, et pour n’être point convaincu de fausseté, il a notifié à ses disciples l’astucieuse défense de lire nos Livres Saints. Ainsi est-il manifeste que ceux qui croient à la légère sont ceux qui ajoutent foi à sa parole, et non à la parole chrétienne.

(Contre les Gentils, I, ch. 6.)

De la révélation des vérités rationnelles relatives à Dieu

Si les vérités rationnelles relatives à Dieu étaient abandonnées aux recherches de la seule raison, trois graves inconvénients ne manqueraient pas de s’ensuivre [conformément au XXIe siècle qui a suivi l’étroite voie de la raison]. Tout d’abord, peu d’hommes arriveraient à la connaissance de Dieu, car trois obstacles s’opposeraient au fruit de la recherche studieuse, qui est la possession du vrai [c’est tout à fait exact puisque le XXIe siècle, ère du mensonge, s’est détourné de Dieu]. Certains en seraient empêchés par le défaut de leur complexion intellectuelle ; car beaucoup sont de ce fait inaptes à la science, tellement que par aucune étude ils ne pourraient atteindre à ce sommet de l’humaine connaissance qui consiste à connaître Dieu.

D’autres en seraient empêchés par des soucis domestiques, car, parmi les hommes, il est nécessaire qu’un grand nombre soient appliqués à l’administration des choses temporelles, et ceux-là n’ont pas le loisir de consacrer aux recherches contemplatives tout le temps qui serait requis pour s’élever jusqu’à ce faîte de la recherche humaine qui est la connaissance de Dieu. D’autres enfin seraient empêchés ici par la paresse d’esprit et par la négligence. Quand il s’agit d’une recherche rationnelle de Dieu, une foule de connaissances préalables sont requises, vu que la philosophie presque tout entière oriente ses considérations vers Dieu, en raison de quoi la métaphysique, qui traite des choses divines, vient en dernier parmi les branches philosophiques du savoir. Ce n’est donc que par un long et studieux labeur qu’on peut obtenir la vérité dont on parle, labeur que bien peu consentent à subir par amour de la science, quoique Dieu en ait inséré le désir naturel dans l’esprit des hommes [ce n’est malheureusement plus vrai en ce début de XXIe siècle puisque Satan règne parmi la multitude].

Le second inconvénient est que ceux qui parviendraient à la connaissance ou à l’invention de ladite vérité n’y atteindraient qu’après un long temps, soit à cause de sa profondeur, que les esprits les plus doués ne peuvent saisir au moyen de la raison qu’après un long exercice, soit à cause des nombreuses connaissances pré-exigées, ainsi qu’on l’a dit, soit encore en raison de ceci que, pendant la jeunesse, l’âme agitée de passions flotte en divers sens et se trouve peu apte à découvrir une vérité si haute ; c’est seulement lorsqu’elle s’apaise qu’elle devient prudente et savante, comme il est dit dans Physique d’Aristote. Si donc les voies rationnelles étaient seules ouvertes à la connaissance de Dieu, le genre humain serait livré aux ténèbres d’une grande ignorance [ce qui se confirme aisément dans ce XXIe siècle mortifère], du fait que cette connaissance de Dieu, qui plus que toute autre rend les hommes parfaits et bons, ne serait accordée qu’à un petit nombre, et à ce petit nombre même, après un long temps.

Le troisième inconvénient est celui-ci. Les recherches de la raison humaine sont sujettes à beaucoup d’erreurs, soit à cause de la faiblesse de notre esprit dans l’acte du jugement, soit en raison des fantômes de l’imagination qui s’y introduisent. C’est pourquoi les choses les mieux démontrées demeurent en doute pour beaucoup, parce qu’ils en ignorent la preuve, et que, d’autre part, ils voient des hommes réputés savants enseigner des choses contraires. De plus, parmi les vérités obtenues par démonstration, des erreurs se glissent qui, elles, ne sont pas démontrées, mais passent pour telles à cause des raisons seulement plausibles ou entièrement sophistiques qu’on en donne. C’est pourquoi il a fallu que, par le moyen de la foi, la vérité touchant les choses divines fût procurée aux hommes avec une ferme certitude.

Concluons-le donc : la divine clémence a sagement disposé que les choses mêmes auxquelles notre raison peut atteindre fussent imposées à notre foi, de telle sorte que tous, facilement, puissent devenir participants de la connaissance divine, et cela à l’abri du doute et de l’erreur. C’est pourquoi il est dit dans l’Épître aux Éphésiens : « Ne vous conduisez pas désormais comme des païens qui suivent la vanité de leurs pensées et dont l’intelligence est dans les ténèbres. » Et dans Isaïe : « Tous tes fils seront disciples du Seigneur et grande sera leur paix. »

(Contre les Gentils, I, ch. 4.)

Le miracle

Puisque Dieu tient entre ses mains toute l’ordonnance et toutes les ressources des causes secondes, et puisque ses œuvres sont le fruit non d’une nécessité de sa nature, mais de sa libre volonté, son pouvoir, évidemment, n’est pas épuisé par de tels ouvrages ; il reste capable d’agir en dehors de l’ordre qu’il a fixé. C’est ainsi qu’il peut rendre lui-même la santé à des malades que la nature est impuissante à guérir. Et des interventions de ce genre, bien qu’étrangères à la marche coutumière des désordres, orientées qu’elles sont vers une fin très précise.

Ces œuvres particulières de Dieu, on les appelle des miracles, parce qu’on admire un événement dont on ignore la cause. Mais s’il s’agit d’un fait qui procède de Dieu sans le concours des causes secondes que nous connaissons, c’est un miracle au sens strict, parce que Dieu est pour nous une cause inconnaissable en elle-même ; mais s’il relève d’un phénomène ignoré des uns, connu des autres, l’événement est miracle seulement pour les premiers.

Les miracles proprement dits sont donc réservés à Dieu, puisque Dieu est seul à ne pas être enchaîné par l’ordre, que lui-même a imposé au monde. Par conséquent, si de simples créatures paraissent favorisées de la puissance thaumaturgique, ou leurs œuvres ne sont pas vraiment miraculeuses, mais sont le faits de causes naturelles que nous ignorons (comme les prodiges diaboliques et les sortilèges), ou c’est Dieu lui-même qui agit à la prière des serviteurs.

De ce que les miracles sont l’œuvre exclusive de Dieu, il est raisonnable de les considérer comme les preuves d’une foi qui ne s’appuie que sur Dieu, et comme la plus indiscutable garantie que puisse donner à une parole humaine l’autorité divine. En marge de l’ordre naturel, les miracles ne sont pas pour cela opposés à cet ordre ; il est de l’ordre que l’inférieur soit aux mains du supérieur. L’action des astres sur les corps terrestres, par exemple celle de la lune sur les marées ne viole pas la nature par le fait qu’elle contrarie quelques tendances particulières. De même, les miracles, bien qu’ils sortent du plan particulier des agents naturels, ne bouleversent point pour cela l’ordre universel.

(Résumé de Théol., ch. 136.)

Ajoutons ces deux remarques utiles. Quand nous disons du miracle qu’il est une œuvre ardue, nous ne considérons pas le poids de l’objet : Dieu peut faire des miracles sur des choses de peu de valeur, comme lorsqu’il changea l’eau en vin. Mais nous comparons la transformation accomplie avec les forces de la nature, qui, si grandes soient-elles, sont impuissantes à la réaliser.

(De Potentia, Q. VI, art. 2, 1ère réponse)

De même, lorsque nous définissons le miracle un phénomène inusité, nous ne prétendons pas qu’il soit nécessairement rare : la transsubstantiation reste un miracle, malgré qu’elle se renouvelle chaque jour et plusieurs fois par jour. Nous entendons affirmer seulement qu’il n’appartient jamais au cours habituel des choses.

(Ibid., 2e réponse.)

On distingue trois sortes de miracles : ceux qui sont en marge de la nature, ceux qui lui sont opposés, et ceux qui la dépassent. Les miracles qui dépassent la nature sont des œuvres que celle-ci ne peut en aucune façon réaliser, soit qu’elle n’ait pas le secret des perfections communiquées aux bénéficiaires du miracle, comme la glorification des corps bienheureux ou l’incarnation du Verbe ; soit que, disposant de la perfection en cause, elle demeure impuissante à la communiquer au sujet, qui, de fait, la reçoit : par exemple, la nature peut donner la vie, mais non pas à un cadavre. Dans les miracles qu’on dit opposés à la nature, les êtres sur qui Dieu agit n’en gardent pas moins leurs propriétés naturelles ; l’effet miraculeux se borne à empêcher que ces propriétés ne s’exercent : ainsi le feu auquel furent livrés les trois jeunes Hébreux les laissa complètement intacts sans avoir perdu pour cela sa puissance de brûler, et quand l’eau du Jourdain se dressa pour livrer passage au peuple d’Israël, elle ne fut pas déchargée de son poids.

Enfin, les miracles en marge de la nature sont des œuvres que la nature peut exécuter, mais que Dieu accomplit autrement qu’elle. Tantôt alors il néglige des moyens dont la nature ne peut se passer : ainsi il change aussitôt l’eau en vin, et la nature elle aussi pourrait faire ce changement, mais par l’organe de la vigne, nourrie d’une eau qui, au temps voulu, devient le suc du raisin. Tantôt il déploie dans son œuvre une profusion dont la nature n’est point coutumière. Tantôt enfin, c’est l’instantanéité qui caractérise le miracle, comme lorsque, à la prière d’un saint, une guérison est accomplie subitement, guérison que la nature eût pu produire, mais peu à peu et dans un temps plus favorable.

(Ibid., 3e réponse.)

Remarquons enfin que la création, celle du monde et celle des âmes raisonnables, n’est pas un miracle, vu que dans ces deux cas l’action créatrice est la seule manière naturelle de réaliser l’existence.

(Ibid., 5e réponse.)

Le Christ : l’incarnation était-elle nécessaire au salut du genre humain ?

Une chose peut être nécessaire à la réalisation d’une fin d’une double manière : elle peut être nécessaire absolument, comme la nourriture pour la conversation de la vie, et elle peut être nécessaire relativement, c’est-à-dire mieux adaptée et plus convenable que toute autre à l’obtention de la fin. En ce sens, on dit qu’un cheval est nécessaire au voyage. Ceci posé, on ne peut dire que l’incarnation fût nécessaire absolument au relèvement du genre humain. Dieu, en vertu de sa toute-puissance, pouvait restaurer notre nature de beaucoup d’autres manières. Mais dans le second sens du mot nécessaire, il est exact que Dieu devait s’incarner pour réparer le péché. De là cette parole de saint Augustin : « Nous ne prétendons pas que Dieu, à la puissance de qui toutes choses sont également soumises, n’avait pas d’autre moyen de nous sauver ; mais seulement qu’il n’y avait pas de mode plus convenable de guérir notre misère. »

C’est ce qu’on peut voir en se plaçant tout d’abord au point de vue de notre progrès et dans le bien. En premier lieu, du fait de l’incarnation, notre foi devient plus certaine, puisque le Dieu auquel elle adhère est Celui même qui lui parle. « Pour que l’homme, dit saint Augustin, marchât vers la vérité avec plus d’assurance, le Fils de Dieu, qui est la Vérité même, a constitué en se faisant homme les fondements de notre foi. En second lieu, notre espérance s’accroît. » « Rien n’était aussi nécessaire, écrit encore saint Augustin, pour accroître notre espérance, que de nous montrer à quel point Dieu nous aimait : or quel plus manifeste témoignage de cet amour que l’union du Fils de Dieu à la nature humaine ? » – Puis, notre charité est grandement enflammée par ce mystère : « Qu’a voulu Dieu, en venant parmi nous, sinon nous montrer son amour ? » dit le même saint Augustin. Et il ajoute : « Si jusqu’ici nous ne nous pressions pas de lui accorder l’amour, du moins ne tardons plus à lui rendre l’amour. » – L’incarnation nous donne encore un modèle dans la pratique de la vertu, car, comme le dit notre Docteur : « Nous ne pouvions pas suivre les traces de l’homme, qui se voit ; il fallait suivre Dieu, qui ne se voit pas. Afin donc de donner à l’homme un exemple visible et en même temps imitable, Dieu s’est fait homme. » – Enfin, l’incarnation était nécessaire à l’achèvement de notre bien par une pleine participation à la divinité, qui constitue notre béatitude et la fin de la vie humaine. C’est là ce qui nous est conféré par l’humanité du Christ, selon ce mot de saint Augustin : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme fût fait Dieu. »

Un second aspect de l’utilité de l’incarnation est l’éloignement du mal… Par ce mystère, qui nous révèle toute l’excellence de la nature humaine, nous comprenons qu’il ne faut pas la souiller par le péché. « Dieu nous a montré, dit toujours le même Docteur, en se faisant vraiment homme, quelle place de choix parmi les créatures occupait la nature humaine. » Et saint Léon, pape, s’exprime ainsi dans son sermon sur la Nativité du Seigneur : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, après avoir été associé à la nature divine, ne va pas, par une conduite indigne, retourner à ton ancienne abjection. » – L’incarnation concourt à détruire dans l’homme la présomption, car « la grâce de Dieu, dit saint Augustin, nous est montrée dans le Christ homme indépendante de tout mérite antérieur. » – Par ailleurs, « l’orgueil de l’homme, qui est le grand obstacle à notre union à Dieu, se trouve confondu et terrassé par tant d’humilité de la part de Dieu même. » – Enfin, l’incarnation libère l’homme de la servitude du péché : « Il a fallu que le démon fût vaincu par la justice de cet homme qui est Jésus-Christ », et cela s’est produit par le fait que le Christ a satisfait pour nous. Un homme simplement homme, en effet, ne pouvait pas satisfaire pour tout le genre humain ; Dieu, lui, ne devait pas satisfaire ; il fallait donc que Jésus-Christ fût à la fois Dieu et homme. C’est ce que remarque saint Léon, pape, « La puissance s’est revêtue d’infirmité, la grandeur d’humilité, car il fallait, pour nous guérir, qu’un seul et même médiateur de Dieu et des hommes pût d’une part mourir et d’autre part revivre. Vrai Dieu, il apportait le remède ; vrai homme, il nous offrait l’exemple. »

Il est encore beaucoup d’autres bienfaits produits par l’incarnation ; ses fruits dépassent la compréhension de l’homme.

(Somme Théol., III, Q.I, art. 2.)

Pour continuer la lecture de l’œuvre du grand saint Thomas d’Aquin

Cliquez ici pour télécharger le livre complet au format PDF (attention, ce livre est extérieur au blog) http://www.fichier-pdf.fr/2015/08/10/les-plus-belles-pages-de-saint-thomas-d-aquin/

BONUS : la somme théologique complète de saint Thomas d’Aquin (2281 pages) http://www.fichier-pdf.fr/2015/08/10/saint-thomas-d-aquin-somme-theologique/

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2015/08/10/je-crois-en-un-seul-dieu/

 

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16 commentaires pour Saint Thomas d’Aquin. Je crois en un seul Dieu

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  3. Séraphin de Marie dit :

    St Thomas d’Aquin dit : « Dans la création, les natures raisonnables sont seules à être avec Dieu en relations immédiates ; les autres n’atteignent la bonté divine et n’y participent que sous la forme de biens particuliers : simple existence pour les choses inanimées, rudiments de vie pour les plantes, et, chez les animaux, connaissance, mais d’ordre exclusivement sensible. L’homme, grâce à la connaissance intellectuelle, s’élève jusqu’à la conception universelle du bien et de l’être, et ainsi jusqu’au principe même de tout ce qui est. » Certes, mais j’ajouterais que l’homme de par son concept limité ne parviens à s’élever qu’à une conception limitée de la conception universelle et au principe de tout ce qui est. En clair, la foi est obligatoire à l’homme pour appréhender ce qui dépasse l’intelligence de sa propre nature. Ainsi par la foi qui est bonté de Dieu, le Créateur permet-il à notre humanité limitée dans sa nature d’avoir accès à des réalités qui dépassent ce que notre seule intelligence ne saurait appréhender. La foi en surpassant la nature est donc à notre intelligence, ce que le raisonnement est à l’intellect. Elle est l’intelligence de l’intelligence.

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  4. Séraphin de Marie dit :

    Saint Thomas d’Aquin dit : « Si donc les voies rationnelles étaient seules ouvertes à la connaissance de Dieu, le genre humain serait livré aux ténèbres d’une grande ignorance, du fait que cette connaissance de Dieu, qui plus que toute autre rend les hommes parfaits et bons, ne serait accordée qu’à un petit nombre, et à ce petit nombre même, après un long temps. » Je confirme que c’est tout à fait exact. Lorsque Dieu donne à une âme une nature rationnelle elle est alors comme l’archéologue qui doit déplacer des tonnes de terres avec un pinceau avant de toucher le trésor du doigt. Cela lui réclame une recherche importante dans de nombreux domaines au risque de l’erreur durant des dizaines d’années de fatigue pour trouver ce que d’autres saisissent en très peu de temps par la foi. Néanmoins ceux qui sont pourvus d’une âme rationaliste ne doivent point se décourager devant leur inutilité apparente dans le troupeau de Dieu. Car bien au contraire, la profondeur des connaissances acquises durant toutes ces années de travail vient soutenir solidement et servir de fondation ainsi que de preuves en confirmant la foi des premiers par la science du raisonnement. Ils deviennent en quelque sorte les gardiens et chevaliers des purs en terrassant par leur logique et l’étendue de leur science, tous les adversaires de la foi qui affirment que la foi est ignorance et que seul le rationalisme démontrerait l’inexistence de Dieu. Puisque par la source même de l’étendue de leur savoir, ils parviennent à en démontrer l’existence.

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  5. ptit'plum dit :

    Enorme,cet article, mais encore plus énorme est de nous donner le livre entier et énormissime le cadeau de la Somme Théologique! Grand merci donc, Stéphane. Je ne sais combien auront le courage d’en entreprendre la lecture, mais c’est très bien tenté tout de même.Et puis, et puis,qui n’essaie rien n’a rien, alors je vais m’y risquer , on verra bien.

    Excellent commentaire, Séraphin de Marie, j’abonde dans votre sens. Il y a là des arguments massus en renvoyer dans la face de tous les matérialistes qui croient détenir seuls la raison…De quoi faire taire les plus arrogants pour un petit moment et pourquoi pas, faire réfléchjr les moins endurcis.

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  6. Bonjour et Merci St Michel,

    Il y avait longtemps que je voulais relire la somme théologique de St Thomas, déjà que la première qualification des hommes dans les sociétés ne rassure plus grand monde dans les premières choses visibles. J’espère alors que tout le monde n’est pas cardiaque, si les choses devaient graduellement se gâter selon les premières promesses divines du Seigneur.

    Sinon bonne journée quand même.

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    • Bonjour Samuel,

      Hélas, la France est en train de plonger en direction de la géhenne : la destruction luciférienne des institutions est en cours… L’éducation ne fait plus son rôle, on relâche les criminels, on banalise le fait de conduire sans permis, on autorise tout et n’importe quoi à ceux qui ont envie de détruire notre nation.

      Satan parviendra à ses fins : il fera plonger la France dans le chaos, mais, à ce moment-là elle sera sauvé par un missionnaire de Jésus-Christ. La réalité est bien celle-ci. Le mal détruit tandis que le bien construit. Le mal, lorsqu’il est accompli, passe pour ce qu’il est : une monstruosité !

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  7. Je vous salue…
    Prier à temps et à contretemps.
    Notre Seigneur JESUS-CHRIST nous dit : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
    Du Pardon.
    Voilà la grande affaire du chrétien : LE PARDON !
    Beaucoup de nous ne traînerions pas une maladie chronique ou un ‘mal-être » permanent, ou même la mort, si ils avaient mis en pratique, dans leur Vie de tous les jours, le pardon à la moindre offense qu’on a pu leur causer.
    Ne remettez pas à demain le fait de pardonner à qui vous a offensés.
    D’ailleurs ne priez-vous pas avec le ‘NOTRE PERE ?’ Alors que vous dites : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! » N’oubliez pas que vous êtes parjure, si vous ne mettez pas en pratique ce que vous dîtes !
    Comment le Créateur de l’Univers pourrait-Il vous pardonner vos propres péchés, si vous-même ne le faîte pas avec vos semblables ? On ne se moque pas de DIEU !
    En ne pardonnant pas à notre prochain, nous nous faisons, non pas l’égal de DIEU mais, orgueil suprême : PLUS GRAND !
    Bien souvent, nous ne pardonnons pas parce que notre orgueil a été blessé. Nous voulons bien pardonner mais à certaines conditions : – Que l’offenseur nous demande pardon. – Que l’offenseur aie été ‘puni’ de l’offense. Ou qu’il est subi, lui-même, la même offense. Enfin, inconsciemment ou pas, nous voulons revenir à la loi du talion, alors que nous sommes dans la Loi de l’Amour ! Méditons : ‘Si l’on te frappe sur la joue gauche, tends encore la droite !’ Pas facile me direz-vous ! C’est vrai, de nous-mêmes, nous ne savons pas pardonner, ou nous pardonnons mal. Seul l’ESPRIT-SAINT peut venir au secours de notre faiblesse, pour pardonner le tort que l’on a pu nous faire.
    C’est ainsi que nous retrouverons la quiétude et la Joie de vivre !
    Le poids du péché est un boulet, attaché à notre cou, qui lentement, nous entraîne vers les profondeurs de la mort !
    Que la sainte Trinité vous bénisse et vous garde dans Sa Paix et Sa Joie !
    Merci !
    JFL

    Nota : Si vous le désirez, vous pouvez, ici, dire : Merci à DIEU par Son Fils, JESUS-CHRIST, Notre Seigneur et Maître. Celui-là même qui fût enfanté dans le sein de la Vierge Marie. Vous pouvez, ici, nous relater les merveilles, que l’ESPRIT-SAINT a faites, dans votre vie personnelle. Vous serez ainsi des missionnaires. Il vous suffit de cliquer sur le lien :
    http://prieratempsetacontretemps.wordpress.com
    Et n’oublions pas le huitième jour de la neuvaine, pour demander à DIEU, la guérison de Vincent LAMBERT!
    http://i.hozana.org/1MDvxyg prière pour Vincent LAMBERT

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    • Bonsoir,

      Votre propos n’est pas courant, mais vous devriez pas vous limiter qu’à la forme expressive de votre coté missionnaire. Prenons par exemple certaines maladies chroniques, ce n’est pas toujours le fait d’un manque de pardon, surtout avec le progrès, ou les maladies chroniques vont certainement s’intensifier, vu que le mal-être du tout modernisme est très perceptible et cela à tous les niveaux. Il est vrai que le pardon nous protège, etc, mais il ne nous protège pas toujours automatiquement du coté plus intéressé du monde. Vous avez certes méditer sur la question, vous en êtes conscient,
      et reconnaissez que beaucoup en sont hélas à la seule loi du talion, même ceux paradoxalement qui en connaîtraient un rayon sur la question chrétienne. Possible que cela ne soit plus la volonté du bon Dieu qu’ils veulent faire entendre, mais souvent la leur en matière de politique, et là croyez moi ce n’est pas qu’une histoire de pardon mais bien plus un péché contre la volonté du bon Dieu. Comme des loups habillés en brebis, en se servant par exemple des premiers écrits des Saints comme les premières Marthe pas moins matérialistes de l’histoire, vu que beaucoup n’acceptent plus le cours des choses. Pour en revenir au pardon, vous avez raison, il n’est pas évident de pardonner en cette fin de temps. Pardonne nous notre Père car nous ne savons pas ce que nous faisons pour tenter de mieux les rassurer. Dites plutôt à votre prochain, que vous en avez pas toujours la santé de missionner, car la bête recherche souvent à tuer en cette fin des temps le dernier témoignage de vie et non de mort des derniers témoins de l’évangile.

      Fraternellement,

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  8. Evelyne dit :

    Bonjour cher Stéphane,

    Ce qui me dérange c’est que ce docteur a hélas justifié la peine de mort des « hérétiques » pendant l’inquisition, mais il devait être convaincu du bien fondé car à cette époque, l’hérésie était considéré comme un fléau !! Mais Où sont la Compassion et la Miséricorde ?
    Et puis nous sommes loin, très loin du « Sermon sur la Montagne » !

    Amicalement.

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    • Bonjour Evelyne,

      Je ne le savais pas, cela pourrait s’expliquer par le fait que St Thomas d’Aquin a vécu au temps de l’inquisition, c’est-à-dire que ses écrits auraient pu être retouchés, après les dernières années de sa vie jusqu’à de nos jours. Si par exemple il aurait exprimé une opinion trop hors paradigme de la doxa de son temps. Il avait été surnommé « le Docteur Angélique » à cause de son traité sur les Anges, mais il ne croyait pas en l’existence d’autres mondes comme la terre, ou d’autres créatures possibles poilus ou pas d’ailleurs du bon Dieu. Pourtant St François d’Assises y croyait, lorsqu’il nous disait que les autres dans les mondes moins déchus n’avaient pas tant besoin de la rédemption. Je ne sais si mon propos est toujours Catholique lorsque je vous exprime cela, car je n’ai pas encore vu de disque volant, de nef volante ou de chariot de feu comme les premiers témoignages oubliés des temps anciens ? Je sais bien que la pensée moderniste du Vatican n’est pas toujours bonne à suivre, surtout à travers les premiers anges déchus de la Bible, là aussi beaucoup de catholiques pourraient me prendre pour un hérétique. A ce propos, que savons-nous réellement de la création première du Bon Dieu, lorsque le seul paradigme terrestre prend une telle place dans l’esprit des hommes et cela depuis Sodome et Gomorrhe. Jésus n’avait-il pas dit que son Royaume était plutôt d’en haut que d’en bas, il fut une époque ou le mot extraterrestre avait pourtant le sens de « spirituel », de « non matériel », de « céleste », mais quelque soit la formulation de la chose les hommes ont toujours été plein de contradition, que percevons-nous à travers le seul intellect de l’homme. Depuis toujours les hommes ont toujours eu peur de l’inconnu et cela quelque soit l’époque, possible qu’au temps de l’inquisition St Thomas n’est pas vécu à la meilleure époque pour s’en rendre compte.

      Amicalement,

      J'aime

  9. Evelyne dit :

    Bonjour Stéphane,
    J’espère ne pas vous avoir froissé avec mon commentaire qui concerne uniquement Thomas d’Aquin ! et ne remet pas du tout en cause votre admirable travail d’analyse et de synthèse.
    C’est vrai que j’aurais du être davantage explicite et je vous demande pardon..
    Fraternellement en Jésus Christ

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  11. Je vous salue…
    Prier à temps et à contretemps.
    Puis, (Notre Seigneur JESUS-CHRIST) les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
    Vous pouvez toujours essayer de dire « Effata » sur un sourd et muet, vous verrez bien ce qui se passera. Mais mis à par un miracle, je doute qu’il se passe quelque chose. Pourquoi ?
    Pour au moins deux raisons, notre prière est sans effet ‘apparent’, mais il se passe, toujours obligatoirement quelque chose, quelque chose d’invisible à l’œil, mais si vous pouviez allez chercher du côté du cœur, vous verriez la merveille.
    La Parole de DIEU nous dit :
    1 Thessaloniciens 3.10 – Saint Paul nous dit : « Nuit et jour, nous le prions avec une extrême ardeur de nous permettre de vous voir, et de compléter ce qui manque à votre foi. » Oui, notre foi est bien petite.

    Deuxièmement :

    Notre Seigneur JESUS-CHRIST ne nous dit-Il pas :
    Matthieu 16.4 : «Une génération méchante et adultère (c’est aussi la notre) demande un miracle; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui de Jonas. Puis Il les quitta, et s’en alla. »

    Il ne suffit pas seulement de notre Foi, qui est souvent bien petite d’ailleurs, mais de la Foi de celui qui demande notre prière.
    L’exemple type est dans :
    Actes 14.8-10
    8 A Lystre, se tenait assis un homme impotent des pieds, boiteux de naissance, et qui n’avait jamais marché.
    9 Il écoutait parler Paul. Et Paul, fixant les regards sur lui et voyant qu’il avait la foi pour être guéri,
    10 dit d’une voix forte: Lève-toi droit sur tes pieds. Et il se leva d’un bond et marcha. »

    Personnellement j’ai prié, deux fois, pour des aveugles ou mal voyants, et deux fois ce fût un échec apparent, je dis apparent car je ne les ai pas revus et je n’ai pas cherché à en savoir plus. Mais dans leur cœur il s’est passé obligatoirement quelque chose.

    Croyez que ce n’est pas pour autant que j’ai cessé de prier, au contraire, j’ai redoublé ma prière. DIEU nous exauce TOUJOURS, mais pas toujours dans le sens de notre demande.
    Il y a une prière qui est toujours exaucée, c’est la prière de Louange.

    Que la Sainte Trinité vous bénisse et vous garde dans Sa Paix et Sa Joie !

    Merci !
    JFL

    Nota : Si vous le désirez, vous pouvez, ici, dire : Merci à DIEU par Son Fils, JESUS-CHRIST, Notre Seigneur et Maître. Celui-là même qui fût enfanté dans le sein de la Vierge Marie. Vous pouvez, ici, nous relater les merveilles, que l’ESPRIT-SAINT a faites, dans votre vie personnelle. Vous serez ainsi des missionnaires. Il vous suffit de cliquer sur le lien : http://prieratempsetacontretemps.wordpress.com

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