Tends encore l’autre joue

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Nos contemporains ne comprennent plus, à tort, le sens des versets de l’Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu 5:38-39 « Vous avez appris qu’il a été dit œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. »

De nos jours, l’orgueil et la colère sont tellement développés que les hommes prennent ces paroles-là pour de la faiblesse alors qu’il s’agit, en réalité, d’une sagesse parfaite. Celui qui, sans riposter, est capable de supporter les médisances, les critiques, la méchanceté gratuite et les injures domine ses mauvais instincts. La colère est le symbole de Satan tandis que l’Amour est le symbole de Jésus-Christ.

L’authentique pensée chrétienne a été détruite par la fallacieuse doctrine matérialiste qui a accouché du modernisme. Ce qui a survécu, de nos jours, au long déclin qui a commencé au XIIe siècle, c’est-à-dire au temps des croisades, est un ersatz spirituel si l’on s’en réfère aux apophtegmes des Pères du désert.

Voici un de leurs adages qui reflète leur grande sagesse.

La colère naît de quatre causes. Quand on donne et on reçoit avec cupidité et avarice ; si l’on défend son point de vue par amour-propre ; si on veut être honoré ou si on veut prétendre être plus docte et plus sage que tous. D’autre part la colère aveugle les sens de quatre manières. Si on a de la haine pour son prochain, si on le considère comme rien, si on l’envie ou si on le calomnie. Il y a quatre façons de remédier à cette passion. Par le cœur, le visage, la langue et les actes. Si donc on peut porter le mal sans qu’il pénètre dans le cœur, il n’atteindra pas le visage. Si pourtant il vient au visage, que l’on garde sa langue pour ne pas en parler. Mais si l’on a parlé, veillons à ce que ce mal ne passe pas en actes et retranchons-le vite de notre cœur. Il y a en effet trois degrés dans la passion de la colère. Celui qui volontairement subit un dommage ou des injures et épargne son prochain, est conforme à la nature du Christ ; celui qui ne nuit à personne ni ne veut être lésé, celui-là est conforme à la nature d’Adam ; enfin celui qui lèse ou injurie le prochain, qui le calomnie ou exige un taux usuraire, celui-là est conforme à la nature du diable.

La pensée matérialiste qui régit actuellement notre civilisation est chargée d’une méchanceté inspirée de Satan. Les hommes sont de moins en moins enclins à donner de l’Amour. Le matérialisme a décuplé les passions au point de transformer l’agneau en loup. Si l’humanisme a saccagé l’homme, le transhumanisme, ultime perversion du matérialisme, l’anéantira.

Considérons encore cet apophtegme.

Un frère qui avait été maltraité par un autre, vint le rapporter à un ancien. Celui-ci lui répondit. « Persuade ta pensée que le frère ne veut pas te maltraiter mais que ce sont tes péchés qui l’incitent. En effet dans toute épreuve qui te survient par un homme, n’accuse pas celui-ci mais dis seulement : c’est à cause de mes péchés que cela m’est arrivé. »

De nos jours, l’homme lambda irait jusqu’à accuser son père si cela lui permettait de soulager sa conscience. Le nihilisme engendré par la décadence de notre civilisation est la cause des terribles maux à venir, comme nous l’avait annoncé notre Seigneur Jésus-Christ.

Un frère interrogea abba Sisoès en disant : « Je m’aperçois que le souvenir de Dieu demeure en moi. » Le vieillard lui dit : « Ce n’est pas grande chose que d’être avec Dieu dans la pensée ; mais c’en est une grande que de te voir toi-même inférieur à toute créature. Cela, en effet, joint à la peine corporelle, conduit à l’humilité. »

Nous remarquons que les vieillards ont une importance capitale chez les Anciens puisqu’ils incarnent la sagesse chrétienne. De nos jours, le fait que les vieillards soient écartés de notre civilisation est la preuve que la décadence est pratiquement parvenue à son apogée.

Ceux qui pensent que Jésus-Christ nous a simplement enseigné à tendre la joue après avoir reçu une gifle font preuve d’une grande naïveté. Jésus-Christ nous demande d’épurer nos pensées, de veiller à la pureté de notre âme et de chercher les vertus. Un homme qui ne connaît pas la sagesse est incapable de tendre la joue. Même s’il le faisait, ce ne serait qu’une mauvaise caricature de la pensée chrétienne. Pour être en mesure de tendre la joue, il faut déjà connaître la sagesse. L’individu lambda du XXIe siècle est tellement embourbé dans les hérésies qu’il est devenu imperméable à l’Amour, fondement de la sagesse chrétienne.

Si nous voulons faire la joie de Jésus-Christ, nous devons déjà chercher l’humilité. Ce n’est que lorsque nous sommes parvenus à un état de pureté spirituelle que nous sommes capables de supporter la méchanceté des uns et des autres. Voilà ce que l’on appelle tendre la joue. Par conséquent, plus qu’un acte, le fait de tendre l’autre joue est une valeur symbolique de la véritable sagesse. Qui osera s’en souvenir dans ces temps glauques ?

Abba Sisoès dit: « Deviens méprisé, rejette ta volonté et deviens sans inquiétude, et tu obtiendras le repos. »

On raconte ceci sur Jean le Petit. Un jour, il dit à son grand frère : « Je veux être sans souci, comme les anges. Ils ne travaillent pas, mais ils adorent Dieu sans arrêt ». Puis il enlève son manteau et part dans le désert.
Après une semaine, il revient chez son frère. Il frappe à la porte. Alors il entend son frère qui lui dit avant d’ouvrir : « Qui est-ce ? » Il répond : « Je suis Jean, ton frère ». Son grand frère lui dit :  » Jean est devenu un ange. Maintenant il n’est plus parmi les hommes ». Alors Jean le supplie et lui dit : « C’est moi ! » Mais son grand frère ne lui ouvre pas. Et il le laisse dans la tristesse jusqu’au matin.
Ensuite il lui ouvre la porte et il lui dit : « Tu es un homme et tu dois recommencer à travailler pour te nourrir ». Jean s’incline devant son frère et il lui dit : « Pardonne-moi ! »

Plusieurs moines qu’on appelle « priants » vont à l’Enaton, chez Abba Lucius. L’ancien leur demande : « Quel est le travail de vos mains ? ». Ils disent : « Nous ne travaillons pas de nos mains, mais comme l’Apôtre le commande, nous prions sans arrêt ». Abba Lucius leur demande : « Est-ce que vous ne mangez pas ?  » lls répondent : « Si ». Alors il leur dit : « Quand vous mangez, qui donc prie à votre place ? ». Il leur dit : « Quand vous dormez, qui donc prie à votre place ? ». Mais ils ne trouvent rien à répondre.
Alors Abba Lucius dit aux moines : « Excusez-moi, mais vous ne faites pas ce que vous dites. Moi, je vais vous montrer que je prie sans arrêt quand je travaille de mes mains. Je m’assois avec Dieu. Je mouille les joncs et je les tisse en cordes. Je dis en même temps : « Dieu, aie pitié de moi dans ta grande miséricorde. Dans ton immense bonté, efface mon péché » (Psaume 50, 2).
Abba Lucius demande aux moines : « Est-ce que ce n’est pas une prière ? ». Ils répondent : « Si ». Puis il leur dit : « Quand j’ai passé toute la journée à travailler et à prier, j’ai gagné à peu près seize pièces d’argent. J’en mets deux à ma porte et je mange avec le reste. Celui qui prend ces deux pièces d’argent prie pour moi quand je mange ou quand je dors. Ainsi, avec l’aide de Dieu, j’obéis au commandement de prier sans arrêt ».

Un frère dit à l’Abba Poémen : « J’ai fait un gros péché et je veux en faire pénitence durant trois ans ». Le vieillard lui dit : « C’est beaucoup !  » Et le frère lui dit : « Au moins une année !  » Le vieillard lui dit de nouveau : « C’est beaucoup ! « . Ceux qui étaient présents lui dirent : « Quarante jours !  » Il dit encore : « C’est beaucoup !  » Et il ajouta : « Moi, je vous dis que si un homme se repent de tout son cœur et ne recommence pas à commettre le péché, trois jours suffisent pour que Dieu l’accueille ! « 

Abba Ammon, de Rhaïtou, dit à Abba Sisoès : « Quand je lis la Bible, mon esprit a envie de préparer un beau discours. Alors je pourrai répondre si on m’interroge ». L’ancien lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. Essaie plutôt de garder ton esprit pur. Alors tu obtiendras, pour toi-même, d’être sans souci et d’avoir le don de la parole pour enseigner les autres ».

Abba Joseph de Thèbes dit : « Il y a trois actions qui ont du prix aux yeux du Seigneur :
1. Un homme est malade. Les tentations tombent sur lui. S’il les reçoit en disant merci, cette action plaît au Seigneur.
2. Quand on fait tout en présence de Dieu, avec un coeur pur, sans rien chercher pour soi, cette action plaît au Seigneur.
3. Quand on obéit continuellement à son père spirituel, quand on dit non à tous ses désirs égoïstes, cette action plaît au Seigneur et pour elle on reçoit une plus grande récompense.
Moi, je préfère la maladie ».

Si des mauvaises pensées te font la guerre, ne les cache pas, mais dis-les tout de suite à ton Abba. Plus on cache ses pensées, plus elles deviennent nombreuses et fortes. C’est comme un serpent : sorti de son trou, il s’enfuit aussitôt. Ainsi la mauvaise pensée s’en va dès qu’on la montre.
Mais si on la cache, c’est comme un ver dans le bois, elle détruit le cœur. Celui qui montre ses pensées est aussitôt guéri ; celui qui les cache se rend malade d’orgueil.

Abba Bané demanda un jour à Abba Abraham : « Est-ce qu’un homme qui est comme Adam dans le Paradis a encore besoin de prendre conseil ? » Et celui-ci lui dit : « Oui Bané, car si Adam avait demandé conseil aux anges : « Est-ce que je mange de l’arbre ? », ils lui auraient dit : « Non ! « .

Des frères ont des laïcs avec eux. Ils viennent trouver Abba Félix et ils le supplient : « Dis-nous une parole ». Mais l’ancien garde le silence. Ils le supplient longtemps.
Alors, Abba Félix leur dit : « Vous voulez entendre une parole ? ». Ils disent : « Oui, Abba ». L’ancien leur dit : « Maintenant il n’y a plus de parole. Avant les frères posaient des questions aux anciens et ils faisaient ce que les anciens disaient. À ce moment-là, Dieu montrait comment parler. Mais maintenant, ils posent des questions et ils ne font pas ce qu’ils entendent. Alors Dieu a enlevé aux anciens le don de la parole, et ils ne trouvent plus quoi dire, parce qu’il n’y a plus de travailleurs ».
En entendant ces paroles, les frères gémirent et ils lui dirent :  » Prie pour nous, Abba ! « 

Abba Joseph raconte : Abba Isaac dit :  » Un jour, j’étais assis à côté d’Abba Poémen et je le vis en extase. Comme j’étais très libre pour lui parler, je me prosternais et le suppliais, disant : « Dis-moi où tu étais ». Et lui, contraint, me dit : « Ma pensée était là où se trouve la sainte Marie, Mère de Dieu, qui pleurait sur la croix du Sauveur. Et pour moi, je voudrais tout le temps pleurer ainsi ». 

Un frère demande à un ancien :  » Dis-moi : Comment me sauver ? ». L’ancien lui répond :  » Si tu peux être injurié et le supporter, c’est une grande chose, plus grande que toutes les vertus ».

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2015/06/23/tends-encore-l-autre-joue/

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5 commentaires pour Tends encore l’autre joue

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  2. Souri7 dit :

    Merci Stéphane pour cet article si précieux.
    Que les âmes puissent s’en nourrir abondamment!

    Erreur de frappe?>>> « qu’il est devenu perméable à l’Amour »,
    n’est-ce pas plutôt « imperméable à l’Amour »?

    Ceci est excellent :
    « Ainsi la mauvaise pensée s’en va dès qu’on la montre.
    Mais si on la cache, c’est comme un ver dans le bois, elle détruit le cœur. Celui qui montre ses pensées est aussitôt guéri ; celui qui les cache se rend malade d’orgueil. »
    N’est-ce pas le drame d ‘Adam et Eve de s’être cachés au jardin d’Eden quand Dieu leur a parlé juste après la faute?

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  4. MA Guillermont dit :

    Chacun a le choix de son chemin , la vérité est donnée à tous et chacun l’exprime à son gré en toute liberté .
    Notre Seigneur nous aime et veut nous voir vivre en harmonie , je veux offrir mes prières en cette journée pour l’union des hommes et je confie tout particulièrement ceux et celles qui nous accompagnent sur ce blog , qui vivent cette atteinte à l’homme , cette blessure de la non – compréhension …
    Sourions à la vie et à nos frères en toute quiétude , profitons du temps qui est ,
    libérons -nous de tout , ouvrons notre coeur à l’humanité …
    A tous ceux qui illuminent ce blog et qui nous manquent

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