Jean et Théohile où l’Amour de la Vérité

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L’après-midi était ensoleillé en ce mois de mai 1880. Jean était assis devant son bureau. Le plumier attendait patiemment à côté de quelques feuilles de papier. Une bougie usagée, allumée la veille au soir, veillait sur le rebord du meuble. Jean lisait paisiblement la lettre que Théophile lui avait envoyée. Une sérénité régnait dans l’atmosphère. Les champs à perte de vue, le souffle délicat du vent, le ciel dégagé, donnaient un charme certain au monastère. À cette époque, on vivait au rythme des saisons. Dès que la nuit tombait, on pensait à se reposer ou à prier. Les véhicules de l’époque, tractés par des animaux, était un rempart contre la précipitation. La vitesse était perçue comme une source d’erreur, un danger comportemental. C’est pourquoi on la comparait souvent à une pluie torrentielle qui détruit les récoltes, sans nourrir le sol. Le bien vivre était encore une constante de l’époque bien que le progrès commençait déjà son sournois travail de sape.

Jean était frère de l’ordre bénédictin. Théophile, quant à lui, était un ancien officier, mis à la retraite suite à de sérieuses blessures de guerre. Il avait découvert la foi sur le champ de bataille. Il s’interrogeait, depuis, sur les questions religieuses afin de donner un sens à sa vie. Il avait choisi Jean comme père spirituel car il trouvait ce frère inspiré, humble et véritablement aimant en plus d’être un cousin éloigné de la famille.

Jean fixait le magnifique crucifix accroché, en face du bureau, sur le mur blanc. Jésus-Christ levait les yeux au ciel comme s’il disait « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ». En un instant, on pouvait ressentir sa détresse, son amour pour Dieu et les hommes. Son corps d’un blanc immaculé était taillé dans une pierre d’excellente qualité et reposait sur un socle, finement taillé, de bois vernis. Jésus-Christ illuminait la pièce et permettait de se souvenir, en permanence, de Sa divine présence invisible parmi les hommes.

Jean saisit sa plume pour commencer à répondre à son fils spirituel.

« Cher Théophile,

Je te remercie, mon fils, pour la confiance que tu me donnes. Ta souffrance découle du traumatisme engendré par les combats que tu as menés contre l’armée prussienne, il y a de cela quelques années déjà. Nous ne sommes pas égaux face à ces tragiques événements. La Providence a choisi de conduire tes troupes à la défaite et tu ne dois pas te morfondre pour cela. Si Dieu a choisi de te conduire vers la souffrance c’est pour que tu aides Son Fils à porter la Croix. Trouve la joie dans l’humilité. Cherche la vertu, lis les saints ouvrages pour que la paix emplisse ton âme. Veille à la prière, à la méditation, à la confession et à cueillir la sainte Eucharistie à genou afin de faire la joie parfaite de notre Sauveur. Une âme épurée œuvre autant pour le bien céleste que temporel.

Les guerres, inhérentes à une humanité qui n’a pas encore découvert la perfection de la Charité, annoncent une ère de grands chamboulements. Si, autrefois, il régnait une grande paix sur la France, c’est par la grâce de ces rois successifs qui veillaient, en tant que Lieutenant du Christ, à l’état de pureté des âmes. Tu dois, plus que jamais, prendre conscience, cher Théophile, que le péché est la cause de toutes les souffrances endurées par l’humanité. L’homme est capable du pire comme du meilleur. L’être humain est naturellement enclin au mal. C’est pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ nous demande de chercher la voie étroite de la Charité. Accepter les humiliations et les brimades, refuser les grossièretés, être obéissant pour consacrer notre esprit à l’amour de Dieu, tendre à la chasteté pour consacrer la pureté du corps à Son amour, et chercher la pauvreté pour consacrer nos biens à cette même perfection, mènent à la parfaite Charité.

Le jour, et je le sens proche, où les hommes se détourneront de la vertu, le monde s’assombrira car la civilisation deviendra légère, sournoise et excitée par l’esprit satanique. La société de ces funestes temps cultivera alors l’hypocrisie au lieu de la vérité. Les mauvaises herbes pousseront en même temps que ces nobles céréales à la fois tendres et fragiles. Les individus souilleront leur corps pour obtenir un plaisir immédiat et l’avidité deviendra la norme établie. Vois-tu, Théophile, les hommes de notre époque sont encore capables d’obéissance, de charité, de pureté, mais, je pressens, comme tu me l’as toi-même annoncé, la rupture du barrage de la foi qui retient, pour un peu de temps encore, l’ennemi. Lorsque les temps seront consommés, Satan veillera à détourner les âmes de la Miséricorde divine afin de les emporter vers le torrent de la Justice du Père.

Nos précieux crucifix sont, peu à peu, ôtés des murs des chaumières et des institutions par l’esprit satanique qui se cache derrière le masque grimaçant du modernisme. Vois-tu, Théophile, la progression de l’ennemi est subtile. Saint Augustin a connu les invasions barbares et la destruction de Rome. Les générations futures connaîtront le succès vénéneux de ce que les gens de salon appelleront l’« avenir ». L’ennemi ne sera plus extérieur à la nation. Il s’introduira, par tous les moyens, à l’intérieur de nos contrées, à la manière d’un serpent venimeux. C’est pourquoi il te faut défendre, avec ferveur, la sauvegarde des saints crucifix dans les chaumières afin d’y préserver, le plus longtemps possible, l’esprit de vérité.

Les guerres menées, depuis près d’un siècle, par la république française contribuent à l’affaiblissement général, partout où elles ont lieu, des nations chrétiennes. Lorsque la république renverse, par une terrible victoire, la royauté, celle-ci recule d’autant. Les républiques se répandront, comme des champignons, sur la planète. Si tu connaissais l’ampleur des douleurs que me procurent ces terribles visions, tu tomberais à genou devant la Sainte-Croix pour y verser des larmes de sang. Les plaies de notre Seigneur Jésus-Christ suintent un saint chrême au moment où je t’écris. Si Dieu permet au mal de se répandre de la sorte, c’est pour mieux préparer l’avènement de son Royaume. C’est pourquoi tu dois remplir ton âme de joie et faire pleinement confiance à la grâce du Saint-Esprit.

Prie le rosaire dès que tu as un moment de disponible. Médite sur la crucifixion et sur les indicibles souffrances de notre Seigneur Jésus-Christ. Imagine-le, affligé, dans le jardin des oliviers. Regarde-le en train de lever les yeux au ciel pendant que les apôtres dorment. Sa solitude était bien terrible et annonçait déjà les douleurs de la Croix. Son Père lui préparait un Calice ensanglanté. Notre Sauveur avait pleinement conscience des maux physiques et spirituels qui allaient être siens. C’est par cette terrible crucifixion qu’il allait semer les graines de la vertu dans une terre encore aride. C’est par la grâce du Saint-Esprit que des roses délicates allaient éclore de ces semences pour annoncer, trois jours plus tard, Sa précieuse résurrection. Voilà maintenant plus de dix-huit siècles que, de génération en génération, nos aïeux ont cultivé l’Amour Trinitaire. Sache, Théophile, que la foi est immortelle.

C’est pourquoi l’ennemi s’empresse de creuser des galeries sous nos terres chrétiennes. Chaque trou parvenant à la surface émet une infâme odeur de soufre. La foi est ôtée par la fourberie et la ruse. Chaque faux apprentissage renverse une Croix, quelque part, dans une chaumière. L’ennemi, si couard et grimaçant, s’emploie déjà à occulter la connaissance de l’Amour que notre Seigneur Jésus-Christ nourrit pour nous, pauvres pécheurs. C’est pourquoi le mensonge, l’hypocrisie et toutes les malversations seront les socles des générations futures puisque l’ennemi a fait le choix de la méthode sournoise.

Mais, Théophile, n’en sois pas affligé. Comme je te l’ai dit, Dieu permet la victoire temporaire de Satan afin de mieux préparer l’avènement glorieux de Son Fils. Il fallait que tu connaisses la vérité pour raffermir la foi, en ton âme, en celle de ton épouse ainsi qu’en celle de tes enfants. C’est la Vérité qui sauvera ton heureuse descendance. Conserve précieusement cette lettre même si je sais parfaitement que tu prends soin d’archiver nos correspondances. Peut-être qu’un jour viendra où l’un de tes petits-enfants lira ce courrier rédigé par ces mains épuisées. La Vérité triomphera nécessairement un jour ou l’autre. »

5 avril 2015, dimanche de Pâques. Émilie, trentenaire active, était assise sur une chaise abîmée par le temps. Elle avait trouvé cette missive dans un coffre poussiéreux caché dans le grenier de la maison de son arrière grand-mère. Après avoir lu, avec une tendre émotion, le courrier manuscrit sur lequel reposait une écriture délicate et arrondie, la lettre lui échappa des mains pour glisser sur le sol. Quelques larmes coulèrent sur le papier jauni par le temps pour former une croix parfaite. Émilie tomba à genou, profondément émue.

Une délicate odeur de rose emplit la pièce. Un frisson tiède parcouru le dos d’Émilie. Son regard tomba sur un crucifix immaculé qui reposait, à côté de la pile de lettres, dans le vieux coffre de bois. Jésus, crucifié, levait les yeux au ciel comme s’il disait « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ». Émilie sentait que des larmes d’amour coulaient le long de ses joues. Elle qui n’avait jamais vraiment entendu parler du Christianisme venait de prendre conscience de la sainte et douce Vérité. Une grande humilité, jusque-là inconnue, lui fit lever les yeux au ciel. À travers le velux, elle aperçut une colombe blanche qui marchait délicatement sur la vitre couverte de toiles d’araignées. Un rayon de soleil vint éclairer le courrier du vénérable Jean.

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2015/04/25/jean-et-theophile-ou-l-amour-de-la-verite/

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5 commentaires pour Jean et Théohile où l’Amour de la Vérité

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  2. Ping : Extrait de l’article diffusé sur le Blog de Saint Michel Archange* Jean et Théophile où l’Amour de la Vérité* J’ai pleuré en lisant cet article…Que l’amour traverse votre âme ! | *Avertissement-Messages-Prophéties*

  3. myriamir dit :

    Trésor de lecture que vous nous offrez-là..mon cher frère !
    Le coeur et l’âme sont immédiatement touché par l’Amour du Crucifié…Notre Jésus d’Amour !
    Grand merci ..
    Recevez toutes les bénédictions du Ciel ainsi que les vôtres !

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