Jean face à la vipère

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Jean quitta avec Antoine, son fils âgé de 13 ans, la maison familiale. De rares nuages blancs parcouraient la vaste étendue colorée du ciel. Le soleil étincelait comme s’il irradiait la planète d’un Amour intense. Une petite brise tiède soufflait de temps à autre pour caresser affectueusement les joues bronzées des deux hommes qui marchaient d’un pas assuré. Leur bâton frappait le sol d’un bruit amorti par la terre couverte d’herbe tendre et de fleurs variées.

Jean et Antoine respirait l’air avec une sensation de joie toujours renouvelée. Leur travail de berger les comblait d’une intense paix. L’époque était particulièrement favorable à Dieu et aux hommes. Jean souhaitait aux futures générations de connaître le bonheur tel que l’humanité de son temps le ressentait. Le calme des prairies, le silence des plaines et la simplicité leur assurait une vie paisible, raisonnée et proche de la sainteté. Jean considérait que la recherche de la vertu était essentielle pour la paix de l’âme, en complément, bien entendu de la Foi en Dieu, de l’Espérance et de la Charité.

Dans ces temps heureux, le vice était un terme méconnu grâce à la christianisation du monde selon la volonté des Apôtres. Le bonheur n’était pas une utopie mais une noble réalité que les hommes pouvaient pratiquement toucher, un peu comme s’ils caressaient le doigt de Dieu. Les hérésies ayant reculé de manière franche, la paix sociale avait pu s’installer progressivement. Les Évêques, ces nobles Pères de l’Église, instruisaient leurs fidèles grâce à de magnifiques sermons. Le monde était en ordre, Dieu le Père était honoré, le Fils était aimé et le Saint-Esprit vivait pleinement dans les âmes.

Jean et son fils arrivèrent à l’enclos des moutons qui ceinturait la grande bergerie. Antoine bascula un loquet de bois afin de déverrouiller la porte. Les animaux bêlèrent en voyant leurs bons pasteurs, c’était leur manière de les remercier pour leur attitude protectrice et fidèle. Jean caressa une vieille brebis en souriant, elle aimait s’approcher la première. Il l’avait surnommé Madeleine. Elle se souvenait parfaitement de son nom lorsque Jean ou Antoine l’appelait. Les moutons sont des animaux dociles et affectueux, détenteurs d’une intelligence évidente. Antoine prenait souvent dans ses bras le petit agneau au poil de coton qu’il avait surnommé « douceur blanche ». Sa mère, une jolie brebis au poil doux, le laissait faire en demandant toutefois quelques caresses en échange.

« Fils, je te laisse partir aux pâturages avec les moutons, dit Jean d’une voix douce. Je vais soigner, dans le calme, la patte de Madeleine. Sa blessure la fait boiter et je ne voudrais pas qu’elle s’infecte.
– Oui, papa. Nous t’attendrons là-haut, répondit Antoine en souriant.
– Prends soin de « douceur blanche » » lança-t-il d’un air heureux.

Antoine s’esclaffa parce que, habituellement, il passait la plupart de son temps à caresser affectueusement l’agneau devant l’œil amusé de son père. C’était une manière comme une autre de le taquiner gentiment.

Le troupeau suivait Antoine qui marchait d’un pas de berger malgré son jeune âge. Madeleine resta avec Jean comme si elle savait déjà que son maître allait soigner sa patte. Jean s’agenouilla, la brebis leva son membre blessé en bêlant légèrement. Une partie de l’onglon était légèrement entaillée ce qui avait créé une inflammation. Jean tailla le sabot avant d’appliquer précautionneusement du miel de thym sur la blessure. Il pansa la patte malade et fit une prière pour que le membre guérisse rapidement. Madeleine pouvait de nouveau marcher. Jean sourit en même temps qu’il caressait sa brebis fétiche.

Les deux amis se dirigèrent vers les pâturages. Madeleine avançait doucement, à son rythme, en bêlant de temps à autre pour rappeler Jean à l’ordre lorsque celui-ci avançait trop rapidement. Soudainement, le berger se figea sur place. Un homme tenant une vipère dans la main gauche se dressait là, devant lui. Ses iris étaient verts et fendus de haut en bas à la manière d’un serpent.

« Psssss, tu ne passeras pas, dit l’homme qui dégageait une aura négative.
– Bonjour, répondit Jean d’un ton posé. Je vous prie de bien vouloir vous écarter de mon chemin, je dois aller aux pâturages.
– Pourquoi ferai-je cela ? répondit l’homme au regard sombre.
– Pourquoi ne le feriez-vous pas ? lança Jean d’une voix ferme mais toujours aimable.
– Laïka va te mordre si tu forces le passage, répliqua le vil individu.
– Vous parlez de votre serpent ? demanda Jean d’un air étonné.
– Il s’agit d’une vipère aspic, l’ami, répliqua l’homme accoutré à la manière d’un chef de clan païen. Si elle te mord, tu seras à mon image car elle et moi ne faisons qu’un. Ainsi, tu seras rusé, intelligent, fier et fort.
– Ton serpent doit avoir mordu beaucoup de païens et d’arianistes si je considère tes propos, répliqua Jean en serrant légèrement son bâton.
– Les gens que tu as rencontrés ont du t’impressionner, toi le petit berger, lança l’homme en souriant de manière sournoise.
– La ruse est la caractéristique du serpent. L’intelligence dont tu me parles est chargée de vice. La fierté est une variante de l’orgueil et la force découle naturellement du désamour, répondit Jean en fixant les étranges yeux du chef de clan.
– Je suis l’esprit du monde et face à moi, tu ne fais pas le poids. Agenouille-toi et je te donnerai le privilège de gouverner mon clan, lança l’individu d’un air menaçant.
– Ne sais-tu donc pas que Jésus-Christ est venu sur terre pour révéler l’Amour du Père ? rétorqua Jean en priant intérieurement le Saint-Esprit. Je n’ai nullement besoin de pouvoir parce qu’il entraîne toujours l’orgueilleux vers la perdition. L’homme vaniteux finit toujours par méconnaître la vertu pour cultiver le vice comme s’il élevait un féroce prédateur. Ne vois-tu pas que ton reptile peut te mordre à tout moment ?
– J’aime être vénéré et ma vipère m’obéit au doigt et à l’œil, lança le sombre individu en bombant le torse.
– Le vice est comparable à un dangereux serpent guettant le bon moment pour saisir sa proie à la gorge tandis que la vertu ressemble à un mouton docile et affectueux. Ne cherche pas à me corrompre car Dieu est pour moi plus important que tout, répliqua Jean d’une voix assurée.
– Ton Dieu n’est rien et je suis tout. Adore-moi et je te donnerai des pierres précieuses et des diamants. Je suis celui qui distribue les richesses aux méritants. Il n’existe pas une seule vérité mais une quantité infinie de réalités que l’on découvre à travers chaque expérience individuelle menée librement, lança le chef de clan en ondulant nerveusement.
– Satan a tenté Jésus-Christ dans le désert et tu me fais penser à ce redoutable ennemi. Ta notion de vérité multiple est erronée parce qu’elle conduit toujours les individus vers des pensées dénuées d’Amour. Par conséquent, ton expérimentation individuelle conduit irrémédiablement à la perdition, seul un aveugle de naissance ne saurait le percevoir. La liberté dont tu parles transforme l’homme en un redoutable et cruel guerrier comparable à Caïn. J’ai un cœur et je n’ai nullement envie de le remplacer par une pierre, répondit Jean en rétractant légèrement les paupières.
– Face aux richesses du monde, ton Amour pour Dieu et pour les hommes est comparable à de la poussière du désert. Tu n’as qu’un mot à dire et je te rendrai heureux, lança l’homme d’un ton sec.
– Tu te trompes lourdement. L’Amour pour Dieu et pour les hommes est essentiel à chacun d’entre nous parce qu’il assure une cohésion sociale assimilée à un ordre parfait et je vais te dire pourquoi. Ceux qui cultivent l’Amour du Père agissent de manière mesurée, favorable à la paix, alors que ceux qui s’en détournent deviennent comparables à des vipères, à des loups ou encore à des lions affamés. Le chaos se nourrit de l’apostasie jusqu’à renverser la civilisation lorsqu’une majorité d’hommes se sont détournés de Dieu, répondit Jean d’une voix posée.
– Pssssss ! Un jour, j’imposerai Laïka sur le trône de la civilisation. Elle écartera l’influence de ta religion aux portes de la société afin que l’Amour de Dieu ne soit plus enseigné aux hommes. À ce moment-là, je régnerai triomphalement grâce à l’aveuglement d’une majorité de la population !
– Je te garantis, Satan, que ton règne sera de courte durée. Ton désamour pour Dieu et pour les hommes rend le monde invivable. Ta haine de l’humanité résonne à travers les bruits de guerre. C’est à cause de ta cruelle influence que la violence, la rancœur et les vices rampent dans les rues à la manière de serpents venimeux. C’est par la faute de ton exhalation moribonde que les hommes se transforment en loups pour les autres citoyens. Ils rôdent la nuit comme la hyène pour dévorer les faibles. Dieu mettra rapidement un terme à ta méchanceté, crois-moi. Avant d’exécuter la Justice, le Père préviendra la population de manière subtile afin de ne pas troubler les esprits fatigués, répondit Jean d’un ton assuré en faisant un signe de croix dans les airs.
– Psssss ! J’influencerai mes sbires afin qu’ils rédigent des théories chargées de détourner les hommes de Dieu. Je tromperai l’humanité en faisant croire que le Christianisme est une mauvaise religion afin que les hommes maudissent l’Amour. Ils haïront ton Dieu, Jésus-Christ, la Vierge Marie, Saint Michel Archange et tous les Saints ! lança l’homme qui semblait de plus en plus excité, à la limite de l’hystérie compulsive.
– Je te l’annonce Satan, lorsque tu croiras gouverner définitivement, ton règne s’achèvera. Dieu éveillera la Foi et tu seras vaincu dans le cœur et l’esprit des hommes. Ceux qui méconnaissaient le Seigneur se repentiront et vivront pleinement l’Amour de Dieu à travers le nom du seul et unique Rédempteur. Vive le Père, vive Jésus-Christ, vive l’Immaculée Conception, vive Saint-Michel et la Milice Céleste ! Maintenant, recule Satan… » lança Jean d’une voix douce mais particulièrement autoritaire en même temps qu’il jetait son bras droit sur le côté comme pour mettre son ordre à exécution.

Le démon disparut comme il était venu en laissant derrière lui une odeur nauséabonde. Jean repris son chemin sans se retourner en remerciant le Seigneur de lui avoir donné la force de ne pas céder à la tentation. Jean connaissait les ruses de l’ennemi. Il avait longuement étudié la Bible et les enseignements des Pères de l’Église.

Madeleine retrouva une marche aisée. Désormais, une douce odeur de végétaux imprégnait l’air. Le vent caressait amoureusement le visage de Jean pendant qu’il gravissait le haut de la pente qui menait aux verts pâturages. Jean frappait vaillamment son bâton sur le sol afin d’accéder aux champs. Il aperçut Antoine qui se tenait assis en caressant tendrement « douceur blanche ». Le bon berger leva la tête au ciel et sourit tendrement pour remercier Dieu. La vie était belle et l’Amour régnait dans toute sa splendeur. La Paix du Christ était dans le cœur des hommes.

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6 commentaires pour Jean face à la vipère

  1. Samuel dit :

    Bonjour à vous,

    Ce que vous décrivez dans l’un des passages de votre écrit du jour, est suffisament clair ou frappant, en d’autres termes plus techniques ou moins moraux; de nos jours dans les temps « nouveaux » les gens s’imaginent voir plus loin que nos anciens. Sauf que voilà lorsque le grand nombre préfère surtout fonctionner selon des forces bien peu divines, ou choses qui sollicitent, séduisent, captivent et possédent bien plus les premiers sens exarcerbés de la multitude, comment donc pourrait-il y avoir moins grande perdition de l’homme ? Or toutes les premières choses nocturnes ne délivrent aucunement les Ames, en vérité les « philosophes » des lumières en ont conduit un très grand nombre dans l’obscurantisme de s’en apercevoir tant sur le plan individuel que collectif, mais certains que commencent déjà à s’en mordre les doigts.

    Bref hier comme aujourd’hui, c’est toujours bien la même philosophie du serpent qui en entraîne un grand nombre vers le bas que le haut, vers le déni de la foule que le salut du Père dans la verticalité. D’ailleurs il semblerait que plus d’austérité infernale sans les premières vertus théologales ne solutionne jamais rien sur le fond, cette plus folle rigueur matérialiste qu’ils prêchent tant pour les petits mais aucunement envers eux-mêmes les premiers, c’est bien tout un monde de faux hommes et femmes dans leur principal enseignement mensonger.

    Sinon bonne journée à vous,

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    • Bonjour Samuel,

      Vous avez tout à fait raison sur votre analyse. D’ailleurs on retrouve ces versets édifiants dans l’Apocalypse des Églises :
      – « Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche. »
      –  » En effet, tu dis : je suis riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien, et tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu. »

      Nous allons certainement vivre une période de transition particulièrement importante. C’est pour cela que nous devons nous préparer.

      Excellente journée à vous,

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      • Samuel dit :

        Oh vous savez, je ne sais si j’en fais bonne analyse, surtout en ce moment, mais ce sont des choses qui peuvent se vérifier. On sous estime grandement dans les temps  » nouveaux  » ces choses là, et ces paroles que vous nous citez de l’Apocalypse, nous montre bien que de nos jours, nous nous croyons souvent en mesure de pouvoir y échapper en comptant par exemple que sur nos seules forces. Or sans l’Esprit Saint, une sincère pratique de la prière, de la charité, du pardon ou d’un réel lâcher-prise, rien ne pourrait être plus terrible pour tous ceux et celles préférant mieux faire revers de main sur toute l’écriture Biblique, c’est en cela que le tout modernisme en illusionne et aveugle plus d’un, je pense par exemple à l’évangile de prospérité.
        Mais ce que je lis dans votre relatement des choses, c’est ce coté perdu de notre histoire, ou la vie était plus proche de celle d’Abel que de Caïn qui n’aimait pas en vérité être le gardien de son frère, car lorsqu’il n’y a plus souci d’autrui, de fraternité et de réelle charité au coeur où va principalement le monde ? Vous vous rendez compte certains se sentent tellement plus qualifiés dans les choses, qu’ils n’ont en réalité plus besoin que le bon Dieu leur verse d’autres grâçes et vertus. Mais comme il est dit, ils se prétendent riches ou alors plus savants mais en poussent plus d’un à se sentir mal dans le manque, or il suffit parfois de peu pour moins se faire du mal. En réalité nous aurons toujours besoin de l’assistance de Dieu et de ses anges, car si l’homme devait totalement se couper du Père, comment donc pourrait-il mieux rester en vie. Et puis les plus misérables ne sont pas forcément ceux qui possédent peu de choses matérielles, car n’est-ce pas souvent les premières choses visibles qui accaparent constamment l’esprit des hommes, on devrait pas toujours se sentir plus enrichi par ceux préférant mieux les valeurs du monde ou de la mondanité.

        Je préfère encore entendre des gens plus froid ou bouillant, au moins ils en entraînent moins dans une plus grande mascarade partagée, car à mon avis trop de fausse tradition moderniste ne rend pas meilleur témoignage à l’évangile premier.

        Bonne soirée à vous,

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      • Samuel,

        Nous sommes véritablement sur la même longueur d’onde.
        Je suis en train de rédiger un nouvel article sur le fait d’être chaud ou froid et de baisser les masques afin que les gens montrent leur véritable visage. Le temps de l’hypocrisie sociale est bientôt terminée par la volonté de Dieu. Il est temps que les Justes se lèvent et que les mauvais continuent ouvertement de faire le mal.

        Bonne soirée, cher Samuel

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  2. Ricquet dit :

    En plus d’être une parabole métaphorique de notre histoire : C’est un très joli conte !
    (à proposer dans un club de littérature ?)
    Peut-être que cette histoire entraînerait des questionnements pour ceux qui de sont égarés dans leur discernement restreint par des œillères ?
    Bravo pour l’aptitude littéraire…
    Raconter ainsi, le dogme par nature théologique a des allures pastorales et vivifiantes.
    (je vais le proposer en lecture pour une école …) 😉
    @+

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