Jehan, messager à pié du Sire Beraud de Beaujeu

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Les poules caquetaient devant la maison de village traditionnelle du Comté de Beaujeu, en ce 25 mai de l’an de grâce 962. Plusieurs gallinacées se chamaillaient pour quelques miettes de pain. Barberine, la petite dernière de la famille Sauveterre, les observait d’un œil espiègle pendant que certains de ses frères et sœurs, plus âgés qu’elle, se poursuivaient les uns les autres avec de fines branches allongées aux bords arrondis. L’ambiance du village était chaleureuse en ce jour ensoleillé. De jeunes femmes déambulaient avec un panier d’osier recouvert de tissu blanc pour empêcher la poussière de se déposer sur les légumes fraîchement cueillis. Quelques cavaliers portant d’épais hauberts de cuir et armés d’épées forgées s’éloignaient du village. Un rottweiler, appartenant à un riche seigneur, jappait devant l’atelier du forgeron qui frappait le métal rougissant d’un glaive. De fins nuages blancs parcouraient rapidement le ciel comme s’ils souhaitaient éviter le soleil afin que sa lumière étincelante puisse se diffuser, sans interruption, sur la bonne terre arable. Le fief était composé de nombreuses maisons. La seigneurie de Beaujeu attirait de nombreux vassaux qui pouvaient élever leur famille sur une terre fertile et accueillante.

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Jehan Sauveterre, trente-six ans et père d’une famille de sept enfants, était le messager du Sire Beraud de Beaujeu. De nombreuses années plus tôt, un proche du comte avait égaré une missive importante sur un grand chemin. Guidé par la Providence, Jehan l’avait trouvé en revenant du sud de la ville. Après avoir reconnu l’empreinte du blason de la Seigneurie formée par le cachet de cire, Jehan rapporta la lettre. Sans trop savoir comment et bien qu’il ne sache pas lire, le jeune homme devint rapidement le « messager à pié » de son suzerain en contrepartie d’une maison bâtie sur le fief. Jehan fut rapidement marié à une jeune fille nommée Bradamante. Le couple, heureux d’une belle fertilité, fonda une ravissante famille. Alors que beaucoup d’hommes, après avoir juré allégeance à leur suzerain, devaient travailler aux champs, Jehan avait le privilège de marcher sur les routes du pays. Le fait de vaquer aux missives de Sire Beraud lui procurait une magnifique liberté dont il avait pleinement conscience. La simplicité de sa vie illuminait son visage d’une belle étincelle de vie. Alors que sa famille prospérait, son quatrième enfant, Théobald, âgé de dix ans, était sans contester le plus turbulent de tous. Jehan attendait le moment propice pour l’emmener avec lui en mission afin de l’éduquer en tête à tête. Par chance, le moment était venu en ce beau mois consacré à la Vierge Marie. Sire Beraud de Beaujeu venait de lui confier une nouvelle tâche. Jehan devait apporter une missive à l’évêque Godescalc du Puy-en-Velay pour une affaire patrimoniale concernant la restauration d’une abbaye. Le trajet représentait, au total, six jours de marche en comptant l’aller et le retour. Il fallait emprunter une ancienne voie romaine sur laquelle se trouvaient, éparpillés, quelques rares fiefs.

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Alors que Jehan s’apprêtait à partir, Théobald courait toujours avec son bâton, mais, cette fois-ci, plutôt que de taquiner ses frères et sœurs, le jeune garçon faisait peur aux poules. Jehan, exaspéré par le comportement de son fils, souffla doucement en secouant la tête en même temps qu’il le suivait de son regard bienveillant. Il misait sur la douceur et la fermeté pour faire mûrir son jeune fils plutôt que sur les cris d’une hypothétique fureur. Bradamante et quelques voisines revenaient de la rivière avec leur panier d’osier rempli de linge fraîchement essoré. Elle lui fit un petit signe de main en remontant la pente joliment fleurie. Son visage s’éclaira d’un magnifique sourire. Jehan le lui rendit instantanément avant de diriger son regard sur leurs enfants, le temps que sa femme ne parvienne jusqu’à lui. Les deux parents s’étreignirent aussi tendrement que pudiquement alors que quelques gamins leur tournoyaient autour. Les aînés de Théobald, revenus des champs, auraient aimé suivre leur père dans sa mission mais ils étaient tous amenés à travailler parce qu’ils avaient atteint l’âge nécessaire pour le faire. Dès l’âge de onze ans, on était apte pour cultiver la terre d’autant plus que le fief avait besoin de toutes les mains disponibles pour assurer une récolte suffisante. De toute façon, Jehan n’avait jamais habitué ses fils à venir avec lui en mission. S’il amenait Théobald cette fois-ci, c’était seulement pour lui donner une chance de s’assagir. Bien que la discipline appliquée au sein du village fut particulièrement stricte, Théobald ne parvenait pas encore à se canaliser. Du haut de ses dix ans, il était toujours à l’affût de la moindre sottise.

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Bradamante accompagna Jehan jusqu’à leur chaumière avant de repartir avec ses amies pour étendre le linge au grand air. Après avoir envoyé un baiser d’adieu à sa femme, Jehan rentra dans la pièce principale de la maison familiale. Le sol terreux et les murs de pierre donnaient à l’endroit une atmosphère paisible et saine. Une lucarne, protégée par un large volet de bois amovible, laissait passer les rayons de soleil, ce qui donnait une forte luminosité à la pièce. La table, constituée d’une planche reposant sur des tréteaux, reflétait partiellement la chaleur solaire. En dessous de celle-ci, deux grands bancs, placés l’un en face de l’autre, s’observaient patiemment. Une crédence, dans laquelle se tenait les couverts et la rare vaisselle, reposait paisiblement contre le mur de pierres situé en face de la porte. Un chaudron, suspendu à la crémaillère de la cheminée rustique, contenait un brodium encore chaud. C’était un potage mijoté, à base de viande, d’oignons et d’épices, diffusant ses délicieux arômes dans la pièce. Jehan récupéra les affaires nécessaires à son voyage dans un imposant coffre de bois. Après avoir enfilé une tunique blanche, Jehan plaça sur son épaule un sac de cuir rempli d’une saine nourriture constituée de pommes de terre et de pain de seigle. Il passa la sangle de l’outre contenant l’eau du puits du village par-dessus l’autre épaule. Jehan plia soigneusement la missive avant de la ranger à l’intérieur d’une grande poche cousue sur son habit de corps. Le messager portait le sceau de son suzerain afin d’être en mesure de prouver son identité en cas de nécessité. Jehan était fin prêt à partir. Il jeta un rapide coup d’œil par la petite fenêtre. Théobald était perdu dans son insouciance. Le garçon cherchait vainement à attraper l’une des poules du village mais celle-ci caquetait et s’envolait vaillamment pour échapper aux griffes de son agresseur. L’enfant s’excitait davantage alors que quelques habitants, excédés par son attitude, s’apprêtaient à le sermonner vertement. Jehan le héla en secouant le bras, de gauche à droite, en même temps qu’il tendait l’index en direction du ciel. Théobald stoppa net avant de baisser la tête pour regarder ses pieds, les bras ballants. Jehan vérifia une dernière fois son équipement avant de sortir pour rejoindre son fils.
« Fillot, ma poule risque de fair’ de mals œufs maint’nant qu’tu l’as fait peur, lança une mère de famille excédée par l’attitude de l’enfant turbulent.
– Je suis désolé ma dame Milesende, répondit Théobald d’un air penaud.
– Je m’excuse pour l’attitude de mon fils, lança Jehan en direction de la femme au visage buriné avant de s’agenouiller en face de son petit garçon pour lui parler.
– C’est pas si grave qu’ça M’sieur Jehan mais qu’est-ce que j’vais y donner à mes mômes si y’a pas d’œufs pour les faire ripailler ? répondit-elle avant de s’en aller.
– Théobald, je vais t’apprendre à te servir de ton esprit. Tu es un petit garçon trop dissipé. Ce voyage te fera du bien, tu peux me croire, expliqua Jehan en frottant affectueusement les bras de son fils.
– Je ne sais pas ce qui me prend, papa, mais je n’arrive pas à me calmer » répondit l’enfant avant d’enlacer son père.
Jehan se releva silencieusement. Il était temps de quitter les lieux avant que le soleil n’atteigne son apogée. Il fallait compter huit heures de marche pour atteindre la première étape du parcours. Théobald risquait de les ralentir, c’est pourquoi il était nécessaire de partir aussitôt.

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Jehan conduisit son fils jusqu’au sud du village. Ils sortirent du fief en laissant derrière eux l’enceinte de bois fortifiée. La voie romaine était praticable, bien qu’endommagée par le temps. Jehan se dirigea vers un arbre de bonne taille. À ses côtés, sur l’herbe bien verte, se trouvaient de grosses branches mortes. Le bon père de famille ramassa deux morceaux de bois avant de tendre le plus petit d’entre eux à son fils.
« Tiens, Théobald, ce bâton te permettra de marcher sans trop te fatiguer, dit Jehan en souriant.
– Je n’en ai pas besoin, papa, je n’ai pas mal aux jambes, répondit l’enfant sur un ton désinvolte.
– Tu ne diras pas ça d’ici quelques heures lorsque nous aurons enquillé plusieurs kilomètres. Je le garde avec moi pour te le donner par la suite, rétorqua Jehan en plaçant le morceau de bois sous son aisselle.
– Comme tu voudras, p’pa » lança l’enfant en soulevant les épaules.

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Jehan accélérait le pas, depuis une bonne demi-heure déjà, de manière à ce que son fils soit obligé de marcher à un bon rythme.
« Pourquoi marches-tu aussi rapidement, papa ? demanda l’enfant en augmentant la cadence de sa respiration.
– Si nous voulons arriver, ce soir, au prochain village, nous devons marcher à cette allure. Cela nous laisse le temps de regarder le paysage tout en gagnant du temps. Sache qu’habituellement, je marche beaucoup plus vite. Je me suis plus ou moins adapté à ta vitesse de pointe, de manière à ce que tu n’aies pas trop mal aux pieds, répondit Jehan en posant sa main sur la tête de l’enfant.
– Papa, j’aimerai retourner au village. Je vais te gêner dans ta mission car je ne pourrai jamais aller aussi vite que toi, rétorqua Théobald en regardant derrière lui.
– Non, fiston, je souhaite que tu viennes avec moi. Tu es suffisamment grand pour me suivre. Tiens, prends le morceau de bois que je t’ai préparé tout à l’heure » répondit Jehan en tendant la canne improvisée à son fils.
Théobald prit l’objet et imita son père afin de l’utiliser de la meilleure manière qu’il soit.
« Papa, c’est vrai que cette branche est utile, finalement, dit Théobald en hochant légèrement la tête.
– Tu pensais réellement que tes jambes allaient te suffire ? rétorqua Jehan en regardant les arbres bordant la voie romaine. C’est ta jeunesse qui t’a illusionné en te faisant croire cela. Tu comprendras rapidement qu’il est bon d’écouter ceux qui ont de l’expérience. »
Théobald hocha silencieusement la tête. Son bâton frappait le sol à la même cadence que celui de son père, ainsi, les deux marcheurs étaient parfaitement synchrones.

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« Théobald, lança Jehan.
– Oui, papa ? demanda l’enfant en tournant la tête dans sa direction.
– Qu’aperçois-tu ? questionna le père d’une voix plus grave que d’habitude.
– Où ça ? demanda l’enfant d’un air étonné.
– Devant toi, sourit Jehan en secouant légèrement la tête.
– Je vois un chemin à perte de vue, répondit l’enfant d’un air dépité.
– Nous ne voyons pas la même chose, alors, rétorqua Jehan avant de reprendre son souffle. Pour ma part, je vois de magnifiques arbres qui bordent la route, un ciel aussi bleu que le plus beau des saphirs, de petits oiseaux qui volent habilement de branches en branches, de l’herbe aussi verte qu’une émeraude soigneusement polie.
– Pourquoi me dis-tu cela, p’pa ? demanda l’enfant en observant le ciel.
– Tu dois apprendre à regarder le paysage. Tu es habitué à faire ton coquin au village. Tu passes ton temps à taquiner les pauvres animaux. Tu cours dans tous les sens. Tu es aussi excité parce que tu ne prends pas le temps d’observer ce qui t’entoure. Si je t’ai amené avec moi, c’est pour t’apprendre à te comporter comme un homme, répondit Jehan.
– Je ne suis qu’un enfant, papa, rétorqua Théobald du tac au tac.
– Oui, tu es encore un minot mais d’ici quelques années tu devras travailler pour un suzerain, prendre des responsabilités, épouser une femme, avoir des enfants, expliqua Jehan sur un ton doux. Cela ne s’improvise pas, cela s’apprend, Théobald. »
L’enfant acquiesça silencieusement. On n’entendait plus que le bruit des bâtons qui foulaient le sol.

Quelque temps plus tard, le regard de Théobald s’illumina.
– Papa, je viens de voir des grenouilles au bord de la rivière. J’entends même leurs croassements, lança l’enfant en désignant le petit cours d’eau qui courait un peu plus loin sur la droite.
– Je vois que tu commences à comprendre, mon fils. Je suis fier de toi » répondit Jehan en hochant la tête de manière professorale.
La bise caressa le visage de l’enfant comme si elle souhaitait le récompenser pour son observation. Théobald était heureux de marcher à côté de son père à la manière d’un pèlerin. Il inspira profondément avant de laisser s’installer en lui une sensation de bien-être. Il se rapprocha de son père pour déposer tendrement la tête sur ce bras protecteur. Jehan caressa le visage de son fils pendant qu’ils marchaient côte à côte. L’après-midi était magnifique.

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Plusieurs heures venaient de passer dans un silence complice.
« Papa, j’ai faim et j’ai soif, dit Théobald en fixant tendrement son père dans les yeux.
– Nous allons faire une halte. Allez, viens par là » répondit Jehan en désignant un joli carré d’herbe.
Jehan déposa ses affaires sur le sol, à côté d’une touffe de pissenlits. Il releva soigneusement sa tunique immaculée avant de s’asseoir. Théobald l’imita après avoir déposé son bâton. Jehan lui tendit l’outre. L’enfant but quelques gorgées avant de reprendre sa respiration tout en s’essuyant la bouche d’un geste machinal. Théobald sortit du sac de cuir le linge contenant la nourriture préparée par sa douce femme, Bradamante.
« Tiens, prends la cuillère et mange un peu de pommes de terre, lança Jehan en souriant.
– Merci, papa, répondit l’enfant avant de porter la délicieuse nourriture à la bouche. Qu’est-ce que c’est bon de manger après avoir autant marché !
– Oui, surtout lorsque l’on a une maman qui sait aussi bien cuisiner, répondit Jehan en lançant un clin d’œil.
– Sais-tu à quelle heure nous allons arriver au village ? demanda Théobald. Je commence à fatiguer un peu.
– Tu es déjà éreinté alors que tu es beaucoup plus jeune que moi ? » répondit Jehan sur un ton légèrement moqueur.
L’enfant rigola de bon cœur, il venait de prendre conscience de cette vérité.
« Nous allons arriver d’ici deux heures, fiston, répondit Jehan après avoir avalé une dernière bouchée de pain.
– Comment le sais-tu, papa ? demanda Théobald d’un air interrogateur.
– Il faut regarder la position du soleil puis l’ombre de ton corps qui se reporte sur le sol. En sachant cela, arrange-toi pour retrouver le nord. Tu as de la chance, tu sais que nous nous dirigeons vers le sud. Par rapport au déplacement graduel de notre ombre sur le sol, je peux te dire que nous avons pratiquement marché six heures. À force de voyager à pied, je me suis habitué à calculer l’heure grâce à ce bon vieil astre lumineux » sourit Jehan en levant la main vers le ciel.
Théobald leva la tête avant de regarder ses pieds. Il avait du mal à assimiler ce que lui avait expliqué son père. Ses mimiques firent s’esclaffer Jehan.
« Allons-y, fiston. Reprenons la route » lança son père après s’être relevé.
Après avoir soigneusement rangé leurs affaires, les deux hommes continuèrent leur chemin sans se retourner.

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Les deux marcheurs pénétrèrent dans l’enceinte du fief. Jehan salua les habitants qui vaquaient à leurs tâches quotidiennes. Il se dirigea vers une immense et solide bâtisse. Une épaisse porte de bois en protégeait l’accès. Jehan leva le loquet et poussa devant lui. À l’intérieur de la grande pièce régnait une odeur de vin mélangé à des épices. Un homme râblé se tenait derrière un grand comptoir en bois. Après avoir levé les yeux, ce dernier sourit.
« Salut Jehan ! Cela fait un bail, messager, lança l’albergeur.
– Bonsoir, Herchambaut. Je te présente mon fils, Théobald » répondit Jehan.
L’enfant hocha timidement la tête avant de regarder autour de lui d’un air impressionné.
« Le gîte et le couvert, comme d’habitude ? demanda Herchambaut.
– Oui, bien sûr, répondit Jehan. Il commence à faire faim. Aurais-tu une chambre avec paillasse double ?
– Tu as de la chance, mon vieux, il m’en reste une. Alors, une nuitée pour deux avec deux repas, cela te fera trois sous » lança Herchambaut après s’être gratté la tête.
Jehan sortit une petite bourse de l’une de ses nombreuses poches. Il en tira trois petites pièces de cuivre qu’il donna au tavernier.
« Peux-tu nous lever juste après le chant du coq car nous avons beaucoup de route à effectuer, dit Jehan en fixant dans les yeux le petit homme aux larges épaules.
– Pas de problème, c’est Savari qui vous réveillera. » conclut Herchambaut après avoir hoché la tête.

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Jehan et Théobald s’assirent à l’unique grande tablée de l’auberge. L’ambiance était très conviviale d’autant plus que quelques lampes à huile distillaient une lumière tamisée. Un large chandelier métallique était suspendu au plafond, ses nombreuses chandelles apportaient un éclairage vivifiant. Quelques voyageurs ripaillaient à côté dans une ambiance joyeuse ponctuée de rires. Une jeune fille apporta une soupière en faïence contenant une potée recouverte de quelques tranches de lard. Peu après, elle disposa sur la table, en guise d’assiettes, deux grandes tranches de pain rassi ainsi qu’une petite panière d’osier contenant quelques morceaux de pain frais pour accompagner le repas. La jeune servante revint une dernière fois pour déposer deux grandes chopes de bière brune, l’eau étant potentiellement vecteur de maladies.
« Bénissons ce repas » lança solennellement Jehan, juste avant de fermer les yeux.
Théobald imita son père jusqu’à la fin de la bénédiction. Quelques minutes plus tard, le garçon mâchait lentement la délicieuse nourriture afin de mieux la déguster pendant que son père buvait à petites gorgées la boisson sirupeuse.
Après avoir terminé leur repas, les deux hommes quittèrent la salle pour rejoindre leur chambrée située à l’étage. Les escaliers étaient éclairés par quelques lampes à huiles incorporées dans les murs.
« Théobald, je te laisse dormir sur la paillasse du bas, dit Jehan en embrassant tendrement son fils sur le front.
– Bonne nuit, papa » répondit l’enfant en s’allongeant aussitôt sur la couche de paille.

Le lendemain matin, un jeune homme entra dans la chambre pour les réveiller. Les deux hommes s’assirent sur leur paillasse, le temps d’émerger de ce sommeil réparateur. Le jour commençait tout juste à poindre lorsqu’ils reprirent la route.
« Si tu as faim, je peux te donner quelques pommes de terre, dit Jehan en regardant son fils d’un air encore ensommeillé.
– Ça va aller, papa. Je vais faire comme toi, je ne vais pas rompre le jeûne aussi facilement » répondit Théobald d’une voix légèrement éraillée.

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Beaucoup plus tard, le soleil diffusait sa belle lumière sur la campagne. Un papillon blanc voletait autour des deux marcheurs. Jehan leva l’index comme s’il souhaitait que l’insecte vienne s’y poser. Le petit lépidoptère tournoya quelques instants avant d’atterrir délicatement sur le doigt tendu. Théobald regardait la scène avec des yeux pétillants d’émerveillement.
« Tu vois fiston, si ce petit papillon est venu se poser sur mon doigt, c’est que j’ai suffisamment d’Amour en moi. Ces insectes sont sensibles aux choses que nous ne voyons pas.
– Comment fait-on pour ressentir l’amour dont tu parles, papa ? demanda l’enfant en regardant le joli petit animal immaculé.
– Le secret c’est d’aimer Dieu de tout son cœur, vois-tu, expliqua Jehan en continuant de marcher d’un pas leste.
– Comment fait-on cela, papa ? demanda Théobald comme s’il venait de découvrir un trésor.
– Je t’expliquerai cela plus tard, lorsque nous ferons une pause » répondit Jehan en souriant largement.
Le petit insecte blanc secoua délicatement ses ailes pour reprendre son envol. Il tournoya autour de la tête de Jehan avant de s’éloigner définitivement vers d’autres cieux.
« Vole petit papillon, vole » dit Jehan en le suivant du regard.
Théobald tourna la tête pour espérer trouver un insecte qui veuille bien venir sur sa main. Une libellule passa sur la gauche sans s’arrêter, quelques abeilles butinaient un tilleul en fleurs mais les papillons avaient pris la poudre d’escampette. Déçu, l’enfant se tut et marcha au rythme de son bâton.

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Quelques heures plus tard, les marcheurs croisèrent une statue de la Vierge Marie enchâssée dans un mur. Jehan s’arrêta devant le lieu Sacré avant de s’y agenouiller précautionneusement.
« Que-fais tu là, papa ? » demanda Théobald.
En guise de réponse, Jehan ferma les yeux. Théobald finit par l’imiter. L’enfant s’agenouilla à côté de lui et pria pendant quelques minutes jusqu’à ce que son père se relève.
« Théobald, je dois te parler de Dieu, dit Jehan en le regardant d’un air grave.
– D’accord, papa, répondit l’enfant en fixant son père dans les yeux.
– Dieu est invisible. Nous ne pouvons ni le voir ni le sentir mais il doit toujours être présent dans notre cœur. Dieu sait quand nous pensons à lui avec sincérité, expliqua Jehan d’une voix douce.
– Maman me parle souvent de notre Seigneur Jésus-Christ, répondit Théobald en souriant aux anges.
– Maintenant, je vais t’expliquer quelle est la différence entre un idolâtre et un homme de Dieu, expliqua Jehan en regardant attentivement son fils. Nous pouvons facilement tomber dans le piège tendu par l’ennemi. Au premier abord, tu aurais pu croire que j’adorais, à la manière d’un idolâtre, une simple statue parce que je me suis agenouillé devant celle-ci. En réalité, je priais non pas la statue de pierre mais la Vierge Marie elle-même, celle qui est dans les Cieux. Lorsque nous prions, nos pensées doivent s’envoler vers Dieu. Tandis qu’un idolâtre vénère un objet, nous autres, adorons, non pas cet objet, mais sa représentation céleste. La matière ne doit être qu’un support pour nous faire penser à Dieu. As-tu bien compris ?
– Oui, papa. Je ne dois pas aimer un objet pour ce qu’il est sinon je deviens idolâtre. Je dois seulement adorer Dieu dans mon cœur, c’est bien ça ? demanda Théobald en ne quittant pas son père des yeux.
– Oui, répondit Jehan en hochant la tête avant d’embrasser son fils sur le front.
– Dis-moi, papa. Tout à l’heure, tu m’as dit qu’en aimant Dieu de tout mon cœur, je parviendrai à connaître l’Amour. Est-ce que les papillons viendront se poser sur mon doigt lorsque j’y serai arrivé ? demanda Théobald d’une voix qui trahissait une certaine angoisse.
– L’Amour que tu portes pour Dieu, dans ton cœur, dit Jehan en posant doucement la paume de sa main sur la poitrine de son fils, se transporte ensuite sur les hommes et les êtres vivants que Dieu a lui-même crée. Tu vois, c’est un Amour qui grandit de jour en jour, sans jamais s’arrêter. C’est comme la Lumière du soleil qui illumine la terre, elle réchauffe et donne de la joie. Tu ne dois pas avoir peur de cela parce que Dieu est bon. Dieu est Amour.
– Je vais aimer Dieu, papa, je te le promets, répondit Théobald en enlaçant tendrement son père.
– Je ne suis pas inquiet, mon fils. Tu y es déjà parvenu, sans le savoir, dit Jehan en le serrant contre lui. Maintenant, reprenons la route. Nous avons encore du chemin.
– Oui, papa » répondit Théobald en portant ses yeux sur la jolie statue de la Vierge Marie.

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L’après-midi était déjà bien entamée. Les deux hommes marchaient depuis une huitaine d’heures. Un grand chemin coupait en diagonale l’ancienne voie romaine. La terre battue permettait aux charrues de circuler sans trop de difficultés. Deux cavaliers en armure, portant chacun une épée, c’était certainement de petits seigneurs, coupèrent brusquement la route aux voyageurs alors qu’ils hurlaient pour motiver leurs montures. Jehan repoussa aussitôt son fils vers l’arrière afin de le protéger d’éventuelles éclaboussures. Les deux soldats semblaient poursuivre quelques malandrins.
« Que se passe-t-il, papa ? demanda Théobald en s’accrochant aux habits de son père.
– Ce n’est rien, n’aie pas peur, fiston. Continuons notre chemin, la voie romaine reprend un peu plus loin » répondit Jehan en lui prenant doucement la main pour l’inciter à le suivre.
Grâce à la bonne cadence des marcheurs, la terre battue du grand chemin céda rapidement la place aux pierres de l’ancienne voie romaine. Un sifflement, sur la gauche, attira le regard de Jehan.
« Hé ! Vous, là-bas ! s’écria un individu bizarrement accoutré.
– Continuons notre chemin, Théobald, dit Jehan en regardant devant lui.
– Venez voir ! J’ai quelque chose à vous offrir » lança l’individu qui se mit à courir d’un pas rapide en plaquant sur la tête, d’une seule main, son large chapeau noir.
Trois hommes à l’apparence crapuleuse apparurent soudainement sur la voie romaine pour barrer la route aux voyageurs à pied.
« Alors, mes mignons, on ne s’arrête pas ? Se moqua le brigand situé le plus à gauche.
– Bonjour, messieurs, répondit Jehan en souriant.
– Papa, j’ai peur, souffla Théobald d’une voix tremblotante.
– Fais-moi confiance, répondit son père aussi doucement que possible.
– Notre ami marchand souhaite vous vendre quelques babioles, dit l’individu au visage rougeâtre en désignant du doigt l’homme qui courait dans leur direction.
– Je n’ai malheureusement pas assez d’argent pour acheter quoi que ce soit. Je suis sincèrement navré, répondit Jehan d’une voix douce.
– Tu le lui diras toi-même, l’ami » répliqua le brigand avant de s’esclaffer lourdement.
Le marchand parvint rapidement à hauteur du groupe nouvellement formé. Il s’arrêta brutalement avant de poser les mains sur ses cuisses pour reprendre sa respiration.
« Messieurs, je vous prie d’acquérir une véritable coquille provenant de Saint-Jacques-de-Compostelle, pour une dizaine de sous, dit l’homme moustachu au visage allongé.
– Bonjour, monsieur. Comme je viens de le dire à vos amis, je n’ai malheureusement pas de quoi acheter vos objets. Je dois nourrir mon fils dans le prochain fief, répliqua Jehan d’une voix bienveillante.
– Allons, l’ami, tu ne vas pas faire la fine bouche. Donne-moi quelques sous, dit le marchand au sourire amer.
– Je suis prêt à partager notre repas avec vous si vous le voulez bien, répondit Jehan en prenant le sac de cuir contenant la nourriture. Je peux vous donner quelques sous si vous le souhaitez vraiment. Tout ce que je vous demanderai c’est de me laisser assez d’argent pour pouvoir nourrir mon fils.
– Tu ne me sembles pas apeuré, l’ami. Les autres voyageurs nous suppliaient de les laisser partir, mais toi, tu nous proposes de partager ton repas. Qui es-tu ? Serais-tu prêtre ? demanda le marchand d’un air intrigué.
– Je ne suis qu’un humble voyageur qui instruit son fils afin d’en faire un homme dont je puisse être fier, répondit Jehan en posant délicatement la main sur le cuir chevelu de Théobald.
– Tu veux dire par là que nous ne serions pas digne de ta confiance ? répliqua le marchand alors que les autres brigands se mirent à ricaner.
– Je ne vous connais pas, messieurs, rétorqua Jehan en portant un regard amical sur les quatre individus. Jamais je ne me permettrai de juger qui que ce soit. Seul Dieu est décideur et maître. Sachez que vous méritez respect et considération au titre de votre humanité. Je vous propose de faire connaissance en partageant notre repas. Je vous donnerai un sou chacun si vous le souhaitez mais je ne pourrai pas vous en donner davantage.
– Cessez de rire, lança le marchand aux trois individus mal fagotés. Ne voyez-vous pas que cet homme n’est pas comme les autres ? Il nous a fait la charité alors que nous allions le voler. Laissez-le passer car celui-ci est plus grand que vous, bougres d’ânes !
– Il s’agit certainement d’un envoyé du Seigneur, lança l’un des trois individus d’une voix tremblante. Nous allons être maudits par la Providence ! »
Les trois hommes s’écartèrent en s’inclinant légèrement.
Jehan sortit quatre sous de sa bourse et les donna au marchand tout en continuant de porter un regard amical sur celui-ci.
« Non, Monsieur. Je ne veux pas de votre argent. Gardez-le pour nourrir votre enfant, répondit le marchand en inclinant légèrement la tête.
– Je me dis que si vous êtes dans les bois, c’est que vous avez faim. J’ai mangé hier soir. Vous êtes certainement plus malheureux que moi. Prenez cet argent, rétorqua Jehan en posant les pièces dans la main poisseuse de l’individu.
– Merci, vous êtes véritablement digne du Seigneur, répondit l’homme en faisant un geste aux trois hommes afin qu’ils se poussent davantage. Si vous rencontrez d’autres brigands, dites-leur que vous connaissez Enguerrand Meynard. Ainsi, vous ne serez plus jamais importunés. Comment vous appelez-vous ?
– Je m’appelle Jehan Sauveterre et voici mon fils Théobald.
– Soyez bénis, lança le marchand.
– Que le Seigneur soit avec vous » conclut Jehan.
Les deux hommes reprirent la route. Théobald regarda longuement son père d’un air admiratif.

Le soir venu, les deux marcheurs arrivèrent dans le prochain fief. Après s’être attablés dans une auberge, Jehan regardait manger son fils. Il se contentait d’un verre de bière et d’un vieux morceau de pain rassi. Théobald fixait son père avec admiration pendant qu’il dévorait son repas.
« Mange, fiston. Tu en as bien besoin, dit Jehan en souriant tendrement. Je me nourrirai mieux demain. Il ne nous reste plus que treize heures de marche et il y a encore quelques pommes de terre dans la besace.
– Papa, mange un peu de ma nourriture parce que tu l’as bien mérité. Sans ton intervention, je n’aurai pas pu dîner ce soir car les bandits nous auraient détroussé, répondit le garçon sur un ton trahissant un sentiment de fatigue.
– Je t’assure que ça va aller, Théobald » sourit Jehan en passant délicatement la main sur la joue de son fils pendant que celui-ci mâchait encore.

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Le lendemain matin, après le chant du coq, Jehan et Théobald reprirent la route. Le ciel était toujours aussi clair. La journée promettait d’être belle.
Ils suivirent, pendant toute la journée, la voie romaine qui menait au Puy-en-Velay. Jehan connaissait bien le chemin suite à ses nombreuses pérégrinations. En fin d’après-midi, les deux marcheurs entamèrent la pente qui menait au château. Une fois arrivés en haut de la côte, Jehan présenta aux gardes le sceau du Comté de Beaujeu afin que ces derniers le laissent entrer dans la ville fortifiée. Sans plus tarder, Jehan fut conduit, accompagné de son fils, jusqu’à l’évêque Godescalc. Jehan s’approcha du prélat avant de s’agenouiller devant la sainte bague pour l’embrasser du bout des lèvres. Avant de se relever, il sortit la missive de sa grande poche afin de la tendre au saint homme. Après avoir décacheté et lu, avec attention, le message rédigé sur un parchemin de grande qualité, l’évêque Godescalc remercia chaleureusement Jehan qui se tenait gracieusement devant lui. Un prêtre s’approcha pour lui tendre une bourse contenant dix sous. Cette paie couvrait très largement les frais de retour. Jehan et son fils furent reconduits, quelque temps plus tard, jusqu’à la porte du palais épiscopal.

Jehan, affamé, emmena son fils dans la meilleure auberge du Puy-en-Velay. Après avoir réservé au comptoir deux paillasses pour la nuitée, les deux hommes s’attablèrent l’un en face de l’autre. Parmi les nombreuses personnes qui soupaient, un vieil homme, situé sur leur droite, jeta un rapide coup d’œil aux deux individus qui mangeaient avec appétit.
« Jehan ! Comment vas-tu ? demanda le vieillard à la barbe aussi blanche que fournie.
– Sigismon, ça alors ! Cela me fait plaisir de te voir, répondit Jehan avec un sourire lumineux à la bouche. Joins-toi à nous. »
Le vieil homme s’assit, la chope à la main, à la droite de son ami.
« Voilà un beau jeune homme. Je suppose qu’il s’agit de l’un de tes enfants, dit Sigismon en dévisageant le garçon.
– Oui, celui-ci s’appelle Théobald, rétorqua Jehan en passant rapidement ses doigts dans les cheveux de son fils.
– Bonsoir, Monsieur. J’ai dix ans, dit l’enfant en regardant attentivement le vieillard au visage sympathique.
– Tu es grand, alors. Je vais t’offrir quelque chose qui te sera très utile, répondit le vieillard en fouillant les poches de son ample vêtement. Tiens, voilà une Sainte Bible que j’ai recopiée de ma propre main.
– Merci, Monsieur Sigismon mais je ne sais pas lire, rétorqua l’enfant en plissant légèrement la bouche pour signifier sa déception.
– Ton papa ne t’a pas dit que je lui avais appris à lire et à écrire ? demanda d’un air étonné le vieillard.
– Tu sais vraiment faire cela, p’pa ? s’enquit le garçon.
– Oui, Théobald. Sigismon m’a vraiment appris à lire, répondit Jehan en regardant son fils dans les yeux.
– Tu pourrais m’apprendre, alors ? demanda l’enfant en se pinçant les lèvres.
– Bien sûr, rétorqua Jehan d’un air amusé. À chaque fois que je voulais t’enseigner quelque chose, tu t’empressais de sortir pour ennuyer les poules. Tu ne t’en rappelles probablement pas, mais tes frères et sœurs, eux, s’en souviennent parfaitement.
– Oui, c’est vrai, papa. Mais tu sais, j’ai plus appris avec toi en trois jours qu’en dix ans à la maison, répondit Théobald en fixant le pain rassi qui reposait devant lui.
– C’est seulement que nous avons eu l’occasion de nous retrouver en tête à tête, dit Jehan en opinant du chef. Ce moment privilégié t’a permis de prendre conscience de certaines choses. Ce n’est pas en restant au village que tu aurais pu grandir.
– Tu verras, Théobald, dit le vieillard en tapotant le doigt sur sa tempe, la Sainte Bible te fera beaucoup voyager en esprit. Tu vas découvrir la magnifique histoire de notre Seigneur Jésus-Christ.
– Oui, je n’y manquerai pas, répondit l’enfant en buvant les paroles de Sigismon. Si dans le passé j’étais dissipé, maintenant, je saurai être un bon garçon.
– Jehan, tu peux me croire, ton fils a de l’avenir, dit Sigismon en tournant la tête vers son ami.
– Je n’en doute pas un seul instant » répondit Jehan en tapotant les épaules de son fils.
Après le repas, Sigismon rentra dans son humble demeure située à quelques pas de l’auberge. Jehan et Théobald rejoignirent leurs paillasses pour dormir du sommeil du juste.

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Le lendemain matin, avant de prendre le chemin du retour, Jehan emmena Théobald à l’église du Puy. L’évêque Godescalc était bon et se dévouait avec une sollicitude toute paternelle pour procurer à ses habitants ce qui était nécessaire tant à la santé de leurs âmes qu’à celle de leurs corps. Jehan et Théobald participèrent aux laudes matinales. Les magnifiques chants qui s’élevaient émurent profondément l’enfant de dix ans qui n’avait jamais eu la chance d’assister à cette sainte cérémonie. Il caressa plusieurs fois de suite la couverture de la Sainte Bible que Sigismon lui avait offerte pendant que le prêtre, face à la Sainte Croix du Christ, officiait en latin. Théobald ferma les yeux pendant une bonne partie de l’office pour se concentrer sur Jésus-Christ afin de connaître cet Amour dont lui avait tant parlé, pendant le voyage, son père. Après avoir versé l’obole, Jehan fit une longue prière silencieuse avant de se rendre au confessionnal. Jehan souhaitait s’épurer de ses péchés devant Dieu, non seulement pour son âme, mais aussi pour montrer le bon exemple à son fils parce que son activité de messager l’avait empêché de passer, jusqu’à présent, du temps avec lui.

Jehan et Théobald passèrent une bonne partie du retour à méditer silencieusement sur ce qui s’était passé pendant ces quelques jours. Leur relation père et fils s’en était grandement améliorée. Tandis que Théobald s’était véritablement assagi, Jehan avait retrouvé une profonde sérénité parce qu’il savait, maintenant, que son garçon prendrait le bon chemin. Alors que de jolies vignes défilaient lentement au rythme de leurs pas cadencés, Théobald se tourna vers son père.
« Papa, j’espère qu’un jour je serai, comme toi, un raisin suffisamment mûr pour être digne d’être moissonné » dit-il en le regardant tendrement.
En guise de réponse, Jehan lui tapota l’épaule pendant que leurs bâtons foulaient le sol de manière synchrone. Le soleil brillait dans un ciel magnifique. Le souffle tiède d’une bise caressait doucement les arbres. Une odeur de campagne profonde accompagnait les deux voyageurs sur leur chemin du retour. Ce qui faisait la beauté de l’époque, c’était la simplicité qui se mêlait quotidiennement à la population. Tandis que les oiseaux chantaient, les deux hommes marchaient d’un pas heureux sur cette noble terre.

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