Saint Michel Archange, l’enfant et le trône

saint_michel_archange

Cette nuit-là, je fis un rêve tellement intense qu’il me fit me réveiller en sueur.

Je vis un enfant vêtu de blanc entrer dans une immense salle au centre de laquelle siégeait un majestueux Trône. Le mot « Justice » était gravé, en lettres à la fois blanches et incandescentes, au-dessus du siège. Un Archange, d’une magnificence inouïe, était assis sur le fauteuil royal. Ses mains d’une blancheur éclatante reposaient paisiblement sur le morceau d’ivoire taillé, représentant d’un côté un glaive et de l’autre une balance, en prolongation des accoudoirs. Le visage de l’ange était détendu, son visage était souriant, son regard était à la fois tendre et sévère. Un silence régnait dans l’immense salle pendant que l’enfant avançait à pas cadencés jusqu’aux pieds de l’Archange. L’enfant jeta un rapide regard sur l’être qui se tenait devant lui avant de s’agenouiller en inclinant la tête.

« Maître, me voici, dit l’enfant à la voix aiguë.
– Te sens-tu prêt, Coronado ? rétorqua l’Archange Saint Michel.
– J’aimerai que vous m’expliquiez de quoi il s’agit exactement. Je ne suis encore qu’un Chérubin en devenir et je ne sais pas si je saurai être à la hauteur de ce que vous attendez de moi, répondit l’enfant pendant que l’Archange écoutait patiemment.
– Coronado, sache que la mission d’un ange n’est jamais facile surtout lorsque celui-ci est envoyé sur Terre.
– Seigneur Michel, si je partais sur Terre, je risquerai de devenir un ange déchu, répliqua l’enfant.
– Non, Coronado. Un ange n’a pas besoin de s’en aller pour se faire corrompre par l’ennemi. C’est le cœur, et non les déplacements, qui, comme un Tabernacle, contient l’Amour que l’on a pour Dieu.
– Oui, Maître, veuillez m’excuser pour mon irrévérence, répliqua Coronado d’un air troublé.
– Ne soit pas si peiné. Si je t’ai choisi c’est que tu as les capacités pour y parvenir, répondit Michel d’une voix douce mais sur un ton plutôt ferme.
– Maître, je suis faible, sensible, affligé, doux. Ces qualités ne me semblent pas très adaptées pour un séjour sur la Terre. D’autres anges, beaucoup plus vaillants que moi, feraient votre bonheur, lança Coronado en baissant davantage la tête pour montrer sa dévotion.
– Tu possèdes ce que les anges combatifs ne peuvent pas avoir, répondit l’Archange Michel. Tu possèdes le don de discernement.
– Je ne suis qu’un apprenti qui se forme à la science de l’ennemi, c’est d’ailleurs terrible d’être doué pour cette chose-là, lança timidement l’enfant.
– Détrompe-toi, Coronado. Sans ce don très particulier, tu ne saurais remplir la mission que nous souhaitons te confier, répliqua Michel.
– Oh, Maître, rétorqua l’enfant en fermant les yeux. Vous voulez dire que vous avez parlé de moi au Seigneur Jésus ?
– Coronado, je suis un Archange au service de Dieu, répondit Michel d’une voix puissante, je ne saurai agir de mon propre chef.
– Oui, bien sûr, Seigneur Michel, lança l’enfant en relevant légèrement la tête.
– D’autres anges seraient prêts pour partir à ta place mais nous avons décidé qu’il fallait que ce soit toi, rétorqua Michel.
– Pourquoi moi, Maître ? demanda l’enfant d’une voix gênée.
– Tu es le plus jeune Séraphin détenant le don de discernement. Ta jeunesse, caractérisée par ta naïveté, te protégera pendant ces longues années que tu auras à passer sur Terre.
– Quelle serait cette mission, Seigneur Michel ? demanda timidement l’enfant au visage lumineux.
– Pendant la moitié de ta vie terrestre, tu connaîtras la souffrance, la peur, la colère. Tu seras instable, changeant, angoissé, apeuré. Tu seras comme perdu, aveuglé, répondit gravement l’Archange Michel.
– J’imagine que je ne dois pas être assez pur, alors, rétorqua tristement l’enfant.
– Non, ce n’est pas ce que tu imagines. La vie terrestre est très difficile pour nous autres, esprits de Dieu, parce que la planète est contaminée par l’esprit du malin. Cette souffrance quotidienne sera ta protection. Grâce à cette douleur, tu rendras hommage à la Sainte Trinité et personne ne se doutera de ta véritable personnalité. Tu seras, à chaque fois et de partout, considéré comme le dernier, répondit Michel en fixant l’enfant droit dans les yeux.
– Je devrai porter une infime partie de la Sainte Croix si j’ai bien compris, osa l’enfant sur un ton particulièrement doux.
– Oui, Coronado. Tu connaîtras le péché et tu y seras confronté. Les tentations envahiront ton esprit mais tu sauras résister à une majeure partie d’entre elles. Le malin te rendra la vie infernale. Satan te terrorisera. Tu seras la proie de phénomènes paranormaux. Tu te sentiras seul, exclu, rejeté. De nombreuses personnes se moqueront de toi et te jetteront la première pierre. Tu seras un sujet d’opprobre, continua l’Archange Michel d’une voix sereine.
– Connaîtrai-je réellement une telle souffrance ? demanda timidement l’enfant.
– Tu t’identifieras à la douleur, mon bon Coronado, rétorqua l’Archange Michel.
– Bien, Maître. Ai-je le droit de connaître ce qu’il se passera dans la seconde partie de ma vie ? demanda l’enfant en contractant légèrement les paupières.
– À compter de ta trente-huitième année, tu connaîtras un réveil brutal, ta nature angélique te sera lentement révélée. Cela créera des phénomènes préternaturels qui te feront passer pour un fou aux yeux de beaucoup. Ton don de discernement te sera rapidement révélé. Tu auras soif d’apprendre sans pouvoir t’arrêter, pendant quelques années. Pendant que la civilisation s’enténébrera, je t’élèverai en direction du Père pour que tu reçoives ses lumières divines, répondit l’Archange Michel.
– Que se passera-t-il par la suite ? demanda l’enfant d’un ton confiant.
– Sache que quand tu te transformeras, tu auras à souffrir de ton passé parce que tu auras peiné tes proches et tes amis par la faute de ton enracinement dans les ténèbres, rétorqua calmement Saint Michel.
– Je ne souhaite scandaliser personne, Maître, répondit doucement l’enfant en baissant les yeux.
– Tu devras être confronté à ce passé douloureux. Sans cela, ta nature angélique ne pourrait pas t’être révélée, dit l’Archange Michel en dodelinant doucement de la tête.
– La souffrance est nécessaire pour que je puisse la dépasser. Je comprends, Maître, répondit l’enfant sur un ton rempli de douceur.
– Je dois t’avertir de plusieurs choses. Pendant la moitié de ta vie, les gens te jugeront avec fermeté et jetteront l’opprobre sur toi parce qu’ils auront conscience du bien et du mal, continua Saint Michel en fixant tendrement le petit ange. Par contre, lorsque tu auras atteint la moitié de ta vie, les gens perdront leur capacité de jugement. Le malin les aveuglera avec ses mirages et ses prodiges issus de la science humaine. Ni tu ne les jugeras, ni tu ne les condamneras pour les choses qu’ils pourront faire. L’Amour provenant de ta nature angélique te transformera en Bon Berger. Tu connaîtras tes Brebis. Tu les conduiras là où le pâturage est verdoyant.
– J’imagine, Maître, que si je dois devenir ce Bon Berger, c’est que les humains auront à souffrir, répondit l’enfant d’une voix tremblotante.
– Ils connaîtront l’enfer sur terre. Les démons, déchaînés, les rendront fous de douleur et les feront se combattre les uns avec les autres. Ceux qui n’auront point de discernement se laisseront emporter par une vague de colère inimaginable, rétorqua l’Archange Michel en soufflant d’exaspération.
– Pourquoi devraient-ils autant souffrir, Maître ? demanda l’enfant qui semblait au bord des larmes.
– Les hommes auront perdu toute Foi en Dieu. Ils erreront sans avoir conscience du monde qui les entoure. Ils obtiendront des objets contre le versement d’une partie d’un salaire issu de leur travail, de leur rente ou de leur fraude. La plupart ne sera plus capable de s’émouvoir devant la douleur des autres. Une grande partie d’entre eux confondront le bien et le mal.Pendant que les humains s’enfonceront dans les ténèbres, tu te souviendras d’un temps où les hommes chantaient les louanges au Père. Cela te fera souffrir parce que tu verras leur magnificence. Tu te souviendras des Pères de l’Église Catholique Romaine qui honoraient Jésus-Christ à travers de saints Rituels liturgiques ainsi que de leurs magnifiques chants adressés au Ciel. Tu vivras en prière la beauté de la Sainte Messe. Tu verseras des larmes de douleur face à cette solitude spirituelle. Personne ne te comprendra, sauf quelques rares amis qui te verront changer au fil des mois, répondit lentement Saint Michel Archange d’une voix chargée de tristesse.
– Maître, que pourrai-je faire pour remédier à cela ? demanda l’enfant en relevant la tête pour fixer l’Archange dans les yeux.
– Tu ne pourras rien faire. Tu n’auras ni pouvoir, ni capacité d’action. Tu seras seul face au déclin du monde. Ce n’est que lorsque les tourments débuteront que le Père t’épaulera de son doigt. Je serai également présent, au-dessus de toi, à t’épauler, te guider, te protéger pour anéantir les obstacles qui pourraient freiner ta route. Les ennemis qui essayeront de te persécuter seront sévèrement punis de ma propre main. Tu n’auras rien à faire si ce n’est de prier pour leur âme. C’est vêtu de blanc que tu guideras humblement tes brebis jusqu’aux verts pâturages. Tu seras roi selon la Loi de Jésus-Christ, répondit Saint Michel en souriant.
– Cette royauté n’appartient pas au monde des hommes, déclara l’enfant en secouant légèrement la tête.
– Les humains s’attendront à voir un roi fort, politiquement habile pour mener leur pays d’une main de fer. Ils s’attendront à voir arriver un homme vêtu d’un costume et parlant devant les foules, répondit Saint Michel en levant l’index d’une manière professorale. Cela ne saurait être. Un tel roi serait du côté de l’ennemi. Au contraire, tu seras doux de cœur et humble. Tu ressembleras plus à un païen converti à la religion Catholique qu’à un roi fier et arrogant. Le jour venu, tu t’agenouilleras devant le Saint Sacrement pour montrer la voie du salut à tes brebis. C’est dans un silence parfait que des larmes couleront le long de tes joues.
– Que se sera-t-il passé auparavant pour que les humains se retrouvent frappés d’une telle stupeur ? demanda l’enfant d’une voix douce.
– Ils auront connu les châtiments du Père, continua Saint Michel en hochant péniblement la tête. Lui, si lent à la colère sera terriblement triste de devoir frapper encore et encore jusqu’à ce que les humains se dépouillent de leurs oripeaux. C’est pourtant dans la souffrance la plus absolue qu’ils reconnaîtront leur Dieu. Peu avant le châtiment, ils rigolaient à voix haute et prenaient tout à la légère. Dieu était absent de leur vie, comme effacé. La terre était un vaste champ de bataille pour certains et un lieu d’amusement pour d’autres. Les uns souffraient pendant que les autres méconnaissaient l’attitude arrogante de ceux qui dirigeaient la planète. Le monde était sens dessus dessous, divisé, parsemé d’hérésies de toutes sortes.
– Je devrai conduire mes brebis vers une clairière lumineuse, là où elles pourraient simultanément paître tranquillement et connaître Dieu ? demanda l’enfant.
– Pour faire cela, tu seras humainement solitaire, acquiesça Saint Michel. Les humains ne connaîtront plus l’existence du monde invisible. Ils te prendraient pour un fou si tu leur révélais ce que tu sais. Tu seras muré dans le silence de ta solitude bien que tu sois entouré de monde.
– Quelles terribles épreuves, répondit l’enfant en versant de chaudes larmes.
– Ne pleure pas, Coronado, ne pleure pas. Il est déjà l’heure pour toi de t’en aller. Lève-toi et va vers ton destin. Tu naîtras de parents pauvres. Tu seras inconnu. C’est de manière étrange que tu échapperas de nombreuses fois à une mort plus que certaine. Tu connaîtras la douleur, le froid et les peines. Va, Coronado, fais-le pour ton peuple. Endors-toi joli petit ange, l’heure de ta naissance est proche » conclut l’Archange Michel.

Les cris de nombreux enfants emplirent la salle de maternité. L’infirmière surveillait consciencieusement les nourrissons. Il restait encore un quart de siècle avant que le XXe ne soit achevé. Personne ne se doutait que l’un de ces petits êtres sauverait le monde, et pourtant.

Je me réveillai en sueur. Mon cœur battait la chamade. Au loin, l’orage grondait. Le ciel était lourd, pesant. De gros nuages noirs s’amoncelaient au-dessus de la France. Le chaos régnait en maître absolu. Ce matin-là, mon rêve semblait étrangement réel. Je m’habillai rapidement avant de m’en aller. Je regardai en souriant le magnifique portrait de Saint Michel Archange qui était là, peint sur cette toile de maître. Je claquai la porte sans me retourner. Les temps étaient proches.

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2014/07/04/saint-michel-l-enfant-et-le-trone/

Publicités
Cet article, publié dans Article, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Saint Michel Archange, l’enfant et le trône

  1. Barbançon Michel dit :

    Bonjour,
    J’aimerai savoir par curiosité d’où vient ce récit ?
    Merci pour votre site que je viens de découvrir par l’intermédiaire du
    « Grand réveil » de Dalencourt.

    J'aime

  2. Barbançon Michel dit :

    Merci Saint-Michel-Archange
    Dieu vous bénisse aussi.

    Aimé par 3 people

  3. Sir Kendu dit :

    Comme c’est étrange, il me parle, ce petit garçon Angelot. Je crois que je l’ai reconnu. Je vois-même tout à fait qui c’est. 🙂 C’est tout à fait le Genre de Personnage qui pourrait incarner une moitié de roman à lui tout seul 😉 PAS DE DOUTE que je ne me suis pas trompé quand cette inspiration m’est venue de te parler d’un roman co-écrit… Tout y est ! J’hallucine !

    Aimé par 1 personne

  4. louischiren dit :

    Le processus de création est-il lié à un esprit supérieur ?
    Nous autres catholiques le croyons pour les sujets liés au sacré.
    Du moins quand l’auteur se laisse guider par la prière et l’exigence qu’impose son art.
    L’inspiration le guide, l’Esprit Saint est souvent là.
    Le regard et le cœur de ceux qui découvrent ces œuvres, s’unissent ou pas.
    Bien des secrets de « fabrication », de la souffrance ou de la facilité habitent ces dernières.
    C’est un véritable engendrement sorti de l’âme.
    Pour ma part j’ai découvert ce texte en juillet 2014.
    J’ai été bousculé, bouleversé, ébahi, interloqué, captivé….
    Je ne vois pas comment vous avez pu sortir un tel texte, du reste votre production en compte d’autres.
    Pardonnez ces louanges qui peuvent paraître excessives, je sais que vous pratiquez l’humilité.
    Mon cœur parle au naturel !
    Bien à vous, la beauté nous rassemble dans les cœurs de Jésus et de Marie et c’est là l’essentiel.
    Louis

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s